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  • : Communistes Libertaires de la CGT
  • : Les communistes libertaires sont un des courants fondateurs de la Cgt, sur une base anticapitaliste et révolutionnaire. Nous entendons renouveler ce combat, en intégrant les évolutions de la société d'aujourd'hui.
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QUI SOMMES NOUS ?

Ce blog est l’outil d’expression de communistes libertaires qui militent à la CGT, où ils défendent une perspective de renouveau du syndicalisme révolutionnaire, mouvement fondateur de notre confédération, et l’unification d’un syndicalisme de lutte et de transformation sociale. 

Nous combattons l'orientation confédérale actuelle de la CGT et agissons pour qu'une alternative à cette orientation émerge. Nous ne nous revendiquons d’aucune tendance ou fraction formalisée au sein du mouvement syndical. 

Pour autant, le tournant pris par notre confédération ces dernières années vers un syndicalisme d’accompagnement, voire de cogestion, nous incite à constituer un front syndical commun avec tous et toutes celles qui se réclament et pratiquent la lutte de classe, professionnelle et interprofessionnelle, autour des revendications et la lutte pour les faire aboutir. 

Attachés à la démocratie syndicale et au fédéralisme qui restent de mise au sein de la Cgt, respectueux du mandat donné par les adhérents et adhérentes des structures auxquelles ils et elles participent, les communistes libertaires relèvent d’un courant fondateur et constituant de la Cgt. 

Les syndicats, forme première d’organisation d’une résistance ouvrière, ont un caractère double et contradictoire. 

Organisations de masse ayant vocation à regrouper tous les exploités autour de leurs revendications immédiates, elles restent soumises à la domination politique d’un patronat qui les pousse à une plus grande intégration à l’appareil d’Etat. 

Dans cette bataille qui n’est pas qu’idéologique, nous ne partageons pas l’idée qu’il y aurait de mauvaises directions corrompues face à une base adhérente dont la « pureté » n’égalerait que la volonté d’en découdre. 

Bien au contraire, il existe à tous les niveaux de nos organisations une contradiction entre un syndicalisme de classe dont l’objectif est de mettre fin à l’exploitation capitaliste et un syndicalisme d’accompagnement dont la finalité réside dans l’adaptation du monde ouvrier qui produit les richesses à l’économie de marché globalisée qu’on voudrait faire paraître indépassable. 

C'est pourquoi nous n'entendons pas oeuvrer en simple opposition à nos directions actuelles mais en alternative à celles-ci, pour l'unité du mouvement social. 

Pour tout contact avec les communistes libertaires de la CGT : 

          communisteslibertairescgt@gmail.com

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 14:10

Nous publions ci-dessous 2 articles parus dans la revue intersyndicale de l’Education Nationale, L’émancipation syndicale et pédagogique.

 

Ces deux articles sur le courant politique de ce que l’on appellera par la suite l’Allemanisme (du nom d’un de ses dirigeants, Jean Allemane) rappellent ce que les socialistes révolutionnaires anti-parlementaires ont apporté tant dans les pratiques d’unité des tendances révolutionnaires que dans le contenu (grève générale et action directe).

 

Certes, nous ne nous revendiquons pas explicitement de l’Allemanisme mais ce courant politique méconnu a contribué pour une large part de par l’action de ses militants fournissant de nombreux cadres à la construction d’une confédération générale des travailleurs d’orientation révolutionnaire. Les liens qui pouvaient unir les syndicalistes d’origine anarchiste et les allemanistes portaient autour de la nécessité pour le prolétariat de se libérer, s’émanciper de l’idéologie dominante dans le cadre même de la société capitaliste et bourgeoise, c’est-à-dire se cultiver pour être capables de diriger la société une fois le communisme advenu (on était à l’époque dans le romantisme et le goût de l’insurrection, après on verrait…).

 

 




Le POSR et le syndicalisme révolutionnaire (partie 1)

Quand un parti influence et structure le syndicalisme révolutionnaire :

Le POSR (Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire) dans la France de la Belle époque (1890-1906)

Les 25 et 26 novembre 2006, s’est tenu à Nérac un colloque sur le centenaire de la "Charte d’Amiens". Notre camarade David Hamelin en a parlé dans le numéro 5 de notre revue. Nous publions ci-dessous la première partie de son intervention consacrée au rôle du courant "allemaniste" dans la formation du syndicalisme révolutionnaire. L’ensemble des interventions de ce riche colloque fera l’objet d’une publication, dont nous nous ferons l’écho bien entendu.

La CGT de la Belle Époque, le poids de la mouvance libertaire et la Charte d’Amiens ont généré une multitude de travaux de qualité et aux interprétations les plus diverses.
Cette période, à première vue bien travaillée par l’histoire sociale a néanmoins laissé durant de très nombreuses années des zones d’ombre. L’historiographie a reflété avec une certaine force les clivages politiques du XXème siècle.

Les "allemanistes", un courant socialiste longtemps ignoré
Pour schématiser, on pourrait dire qu’il existe deux grands courants historiographiques : l’un antimarxiste et/ou libertaire survalorisant d’une part, et du coup déformant la réalité de la place des anarchistes et des syndicalistes révolutionnaires, et d’autre part dévaluant la place du courant Guesdiste ou étatiste au sein de cette confédération syndicale et laissant de côté certaines tendances médianes, ou autrement dit des groupes intermédiaires à l’image des Allemanistes, structurant le mouvement syndical naissant. L’autre grand courant est d’essence marxiste et a contribué à déformer gravement, selon nous, la réalité de l’époque, caricaturant ou grossissant le trait démontrant une CGT prompt à l’insurrectionalisme, et du coup délégitimant l’intérêt que l’on pourrait porter à la période (1).
L’affaiblissement de ces clivages ces dernières années a permis de faire émerger de nouveaux travaux et de nouvelles problématiques. Les récents travaux sur l’histoire du courant socialiste en témoignent.
Jusqu’au travail de Didier Bigorgne sur l’Allemanisme (2) peu de recherches s’étaient spécifiquement centrées sur ce courant du socialisme. On peut citer les travaux de Michel Winock qui fit part de ses investigations avec trois articles sur le sujet de l’Allemanisme au début des années 1970 dans la revue Le Mouvement Social . On dispose également de quelques biographies de militants du POSR, telle que celle de Jean-Baptiste Clément - plus connu pour ses chansons passées à la postérité - conçue par Didier Bigorgne mais aussi par Georges Renault. Eugène Guerard a quant à lui bénéficié d’une thèse en 1969 sous la plume d’Elie Fruit et bien entendu celle relative à Jean Allemane qui donnera son nom à ce courant, rédigée par Sian Reynolds en 1981.
À proprement parler les filiations directes avec l’allemanisme ne sont guère revendiquées dans le socialisme français à l’exception de quelques militants. Les récentes publications à l’occasion du centenaire du Parti Socialiste (3) mais aussi celles concernant le phénomène syndical et notamment celles initiées dans le cadre de la célébration du centenaire de la Charte d’Amiens n’ont pas considéré opportun d’actualiser nos connaissances sur ce sujet.
Le parcours d’un certain nombre des principaux leaders de ce courant après la première guerre mondiale a sans doute participé à la décrédibilisation de l’Allemanisme. Jean Allemane lui-même rejoint Gustave Hervé et Alexandre Zevaès dans le Parti socialiste national créé en 1919, regroupant les socialistes ralliés au nationalisme et dont certains évolueront vers le fascisme.
Pour saisir pleinement l’apport de l’allemanisme au mouvement syndical naissant il est utile d’effectuer un rapide historique de ce courant dans la France des années 1890.

Quelques rappels sur l’allemanisme
Les Allemanistes ne viennent pas de nulle part. Ils sont issus du "possibilisme", courant socialiste ayant une solide assise dans l’Ouest de la France des années 1880, organisé dans la Fédération des Travailleurs Socialistes de France (FTSF) mais au sein de laquelle les frictions se transforment en conflit ouvert notamment entre Jean Allemane et Paul Brousse au sujet des alliances électorales de plus en plus nombreuses avec les radicaux, ce qui n’est pas du goût du premier et de ses partisans.
Le groupe allemaniste après le congrès de Châtellerault de 1890 qui se solde par une scission ne tarde pas à se mettre en ordre de bataille. Ce nouveau groupement prend le nom de Parti Ouvrier Socialiste Révolutionaire (POSR). Ils modifieront le préambule de leur programme stipulant dès lors que l’action électorale n’était qu’un moyen d’agitation révolutionnaire et que la Révolution pouvait "seulement résulter des ouvriers eux-mêmes". Les premières assises du parti se tinrent au mois de juin 1891 à Paris.
Au cours de ses quatorze années d’existence on peut décrire brièvement les principales caractéristiques du POSR : c’est un parti qui a un recrutement essentiellement ouvrier et urbain. Les principaux leaders du mouvement sont fréquemment d’anciens communards, étant eux-mêmes ouvriers de profession. Le POSR a fait le choix d’une organisation interne souple avec un secrétariat dont sont exclus les patrons et les élus afin, je cite, de lutter "contre la reconstitution possible d’une puissance oligarchique quelconque". De ce fait et par le choix d’imposer le mandat impératif, le POSR n’hésitera pas à se séparer de nombre de militants. L’Union fédérative du Centre, la plus grosse sur le plan numérique, suite à un conflit en 1896 sur le fonctionnement interne et les questions financières, se sépare de deux de ses Députés.
Enfin ils obtiennent au cours des années 1890 1900 une très forte assise et une légitimité ouvrière du fait que ce parti agrège en son sein des chambres syndicales et des cercles idéologiques.

Les problématiques de la Charte d’Amiens
Comme le rappelle Miguel Chueca qui a mené un travail original sur la Charte d’Amiens (4), il n’est pas certain que le débat autour de la proposition du syndicat du textile et la motion proposée alors par Victor Griffuelhes ai été perçu par les acteurs de l’époque comme un acte fondateur. Après tout, la première apparition du terme de Charte date en effet de 1912 sous la plume de Griffuelhes et Jouhaux dans un article du 22 août 1912 de La Bataille Syndicaliste . Ce n’est qu’après guerre que la notion de Charte d’Amiens sera popularisée tant d’ailleurs par ses détracteurs que ses admirateurs (5).
Il existe de très nombreuses interprétations et appropriations intellectuelles de cette Charte , et la célébration du centenaire de celle-ci ne semble pas avoir aidé à s’entendre sur l’une d’entre elles. Peut être peut on s’accorder sur le fait que cette Charte délimite deux périmètres, celui du syndical et celui du parti politique. Dans cette perspective je m’interrogerai ici sur la manière dont les allemanistes participent sur le plan théorique et pratique à construire cette frontière qui ne se réduit pas à la simple question de l’indépendance mais à deux façons en définitive d’envisager la transformation de la société.

Un corpus idéologique dépassant la dualité réforme/révolution
Les Allemanistes ont été accusés sûrement à tort de ne pas être de bons théoriciens à la différence des guesdistes, des vaillantistes, des anarchistes qui produisent à la fin du 19ème siècle de très nombreuses publications dans lesquelles fut précisé et affiné leur corpus idéologique. Lucien Herr (6) tentera sans vraiment de succès de sensibliser son camp à l’impérieuse nécessité d’un minimum de théorie ou d’économie politique. Pour autant, et malgré les apparences, ils se dotent -et lègueront au mouvement syndical naissant - d’un ensemble de valeurs tout à la fois pratiques et théoriques (7).
Pour eux, les réformes en tant que telles ne peuvent suffire à elles mêmes sans projet sociétaire. Elles ne peuvent avoir un caractère que provisoire et constituent un simple palliatif.
Ils réalisent une distinction entre réformes arrachées par le mouvement ouvrier qui sont salutaires et nécessaires, et celles émanant de la seule bourgeoisie dont il faut se méfier. Tout comme la CGT, ils s’opposeront par exemple au projet de réformes des retraites ouvrières sous le motif que les ouvriers allaient être obligés d’apporter une contribution à ce nouveau système, salué par ailleurs par nombre de socialistes. Il en sera de même au sujet de la loi sur les accidents du travail d’avril 1898 qui porte pour eux un caractère de classe avantageant indéniablement le patronat.
Aussi face à ces réformes qui viennent du haut, ils portent leur préférence sur les luttes revendicatives de petite dimension parfois censées porter des aspirations authentiques et de réelles problématiques. Ils participeront ou encourageront nombre de conflits collectifs tels que celui des Verriers de Carmaux de 1895.
Très rapidement, après leur départ de la FTSF, les allemanistes vont théoriser de manière originale le fait révolutionnaire. Ils considèrent en effet comme inséparables l’action politique et l’action économique, tout en subordonnant la première à la seconde.
Les allemanistes condamnent durement le syndicalisme réformisme strict et plus largement toutes les entraves à la lutte des classes, qui condamnent selon eux les travailleurs à associer en définitive le capital et le travail. Critiquant le Musée Social, Lavaud dénonce avec force en 1898 devant une assemblée de marins-pêcheurs, la propagande de cette institution philantropique créée quatre ans plus tôt. A la tribune, il déclare que "La Fédération des Bourses du Travail met en garde les Bourses du Travail contre l’oeuvre démobilisatrice du Musée Social qui a surtout pour objet la conciliation du capital et du travail, alors que l’objectif socialiste est la suppression du salariat".

Des républicains convaincus
Si aujourd’hui le discours révolutionnaire peut apparaître anti-républicain et est perçu souvent comme tel, il n’est pas possible d’apposer cette image sur le courant allemaniste.
Au cours des années 1890, les Allemanistes s’illustreront à plusieurs reprises sur le terrain de la défense républicaine. C’est bien entendu le cas durant la crise Boulangiste et ses succédanés mais aussi lors de l’opposition anti-républicaine de 1893 qui exploitait les mécontentements liés au scandale de Panama, ou encore lors de l’affaire Dreyfus.
Au nom de la défense Républicaine, ils iront même jusqu’à soutenir Alexandre Millerand en juin 1899 lors de son entrée dans un gouvernement Waldeck Rousseau qualifié de "bourgeois", alors même que celui-ci comporte en son sein le général Gallifet, un ancien Versaillais appelé le "bourreau de Paris".
Cette attitude constante paraît au premier abord difficile à comprendre. Pourquoi, alors qu’ils critiquent sévèrement les institutions républicaines, s’en font-ils les premiers défenseurs lorsque celles-ci sont menacées ? Dans l’esprit des Allemanistes - et ils le démontrent dans différents contextes - dans toute situation, de périls qui plus est, il y a des priorités. Dans leur ensemble, critiques à l’égard de l’État bourgeois et du parlementarisme, les Allemanistes considèrent que la République ne constitue pas seulement une idéologie et un ensemble d’institutions, mais aussi un ensemble de valeurs telles que la liberté ou l’égalité que partagent amplement les Allemanistes.
Pour eux, le socialisme apparaît comme un stade ultime du républicanisme. Le Jura socialiste le 31 août 1897 ne précise-t-il pas que "Le socialisme est l’expression nette et la plus avancée de l’idée Républicaine" ?
De même le régime Républicain, malgré ses tares, apparaît comme un moindre mal par rapport aux régimes autoritaires d’essence monarchique ou impériale, car il permet une possibilité d’expression publique et la lutte des classes.

Un outil le syndicat, un moyen la grève générale
Les allemanistes n’inventent pas le concept de grève générale. Cette notion est publicisée par la Première Internationale et par différents promoteurs anarchistes entre autres. L’idée est remise au goût du jour à la fin des années 1880, et les congrès ouvriers de cette période discutent de ce moyen spécifique d’action.
L’originalité des Allemanistes c’est d’avoir été le premier parti ouvrier français à intégrer ce moyen d’action dans son programme. Dans son congrès constitutif, le POSR affirme avec force qu’ "il est nécessaire d’envisager l’éventualité d’une immense levée des travailleurs, qui, par la grève générale et internationale donneront une sanction aux grèves partielles et affirmeront ainsi plus énergiquement leur droit à la vie". Cette même grève générale "doit être décrétée, et pourra peut-être précisément précipiter le dénouement pour la Révolution sociale, but de nos efforts" (8).
Dans un souci protagoniste le POSR se dote lors de son 14ème congrès d’un Comité de grève générale qui sera composé de onze membres adhérents par ailleurs à des syndicats. Ce comité sera entre autre animé par Henri Girard, lui même secrétaire du Comité de la grève générale de la CGT. Ce dernier écrira notamment avec Pelloutier l’ouvrage désormais connu Qu’est ce que la grève générale ? (9).
Les Allemanistes produiront de nombreux articles et conférences publiques sur cet outil révolutionnaire avec un ton passionné. Bien entendu dans l’argumentaire allemaniste la grève générale ne peut se décréter mais elle peut en revanche se préparer. D’ailleurs les multiples conflits du travail qui se développent au tournant du siècle constituent autant de preuves pour eux de l’appropriation de la grève comme moyen de lutte et d’éducation prolétarienne.
Les formes que pourraient prendre cette grève générale ne permettent pas de consensus. Alors que certains estiment que cette grève peut se dérouler pacifiquement, certains rappellent que les risques de violences de la part de la bourgeoisie semblent inéluctables comme a pu le prouver quelques décennies plus tôt l’expérience de la Commune de Paris. Pour beaucoup, la grève générale constitue le meilleur moyen d’assurer efficacement la révolution sociale.
Corollaire de la grève générale, le syndicat semble être le seul outil capable de mener à bien cette besogne.
Nous le verrons plus loin, le dévouement de nombre d’Allemanistes à la cause syndicale amène ceux ci à ne pas vouloir édicter la manière de réaliser le changement de société tant espéré.
La plupart des congrès allemanistes évoquent le rôle décisif des syndicats dans la lutte révolutionnaire. Il ne s’agit pas cependant pour eux de soutenir n’importe quel syndicalisme. Ils rejettent deux formes de syndicalisme : celui de type Guesdiste condamnant le syndicalisme à une expression purement économique et subordonnée au parti, mais aussi la variante réformiste du syndicalisme considérée comme favorisant l’association capital-travail.
Mais comment considèrent-ils leur place dans une conception qui fait du syndicalisme le promoteur essentiel du changement social ? Ils assignent aux syndicats et aux Bourses du travail un rôle crucial dans la transition révolutionnaire. Pour Fribourg s’exprimant dans le journal le Parti Ouvrier : "Les bourses du Travail doivent être l’endroit où s’étudieront les formules qui aideront à la transformation de la Société, l’arsenal où se forgeront les armes morales nécessaires à la lutte ; elles doivent aussi être le point de ralliement où viennent gronder toutes les justes colères, où se regroupent toutes les énergies populaires. Ce sont les foyers centralisateurs où s’allume le flambeau de la révolte".

Un véritable modèle de société
Les allemanistes, enfin, évoquent régulièrement ce que pourraient être les bases d’une nouvelle société. Pour eux, la révolution n’est possible qu’en préparant au présent les structures qui permettront l’émergence d’institutions nouvelles. Dans cette optique, le syndicat constitue la cellule de base de la future société communiste. Ainsi le syndicat doit prendre en charge la production en gérant les entreprises par les travailleurs associés entre eux. Par la suite le syndicat est chargé de répartir le travail et d’assurer les salaires.
La commune quant à elle constituerait l’organisation de base territoriale. Pour les allemanistes, la possibilité de se débarrasser de l’État passe par la constitution d’une fédération de communes libres et souveraines.

(A suivre…)

David HAMELIN
(article publié dans le n°8 d’avril 2007 de la revue L’Emancipation)

(1) Un des effets de ce poids de la vision léniniste du syndicalisme est le faible intérêt des chercheurs pour les Bourses du Travail. La publication de la CGT à l’occasion des 80 ans de la Charte et les différentes contributions de cet ouvrage, sauf d’heureuses exceptions participe de cette vision marxisante : Le congrès de la Charte d’Amiens, comptes rendus intégraux et sept études de Jean Maitron [et al.] ; présentation de Georges Séguy, Paris : Institut C.G.T. d’Histoire sociale, 1983, 494p.
(2) Didier Bigorgne, Les allemanistes (1882-1905), Itinéraires, place et rôle dans le mouvement socialiste français , Thèse de doctorat sous la dir. de Jacques Girault, Université de Paris XIII, 2001, 3 vol., 793p.
(3) Sur l’actualité des publications sur le socialisme nous renvoyons le lecteur sur le site de l’Office Universitaire de Recherche sur le Socialisme (L’OURS) : http://www.lours.org/ainsi que sur celui de la fondation Jean Jaurès :http://jean-jaures.org
(4) Miguel Chueca et Émile Pouget, 1906, le Congrès syndicaliste d’Amiens , Paris, Ed. CNT-Région parisienne, 143p.
(5) On peut néanmoins renvoyer aux communications de Danièle Tartakowsky intitulé Les usages de la Charte autour de 1936 ainsi qu’à celle de Denis Barbet et Sophie Béroud Regards croisés sur les commémorations et usages de la Charte au cours du siècle lors de la journée d’étude et de débat organisée par l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT le 26 septembre dernier, consacrée au centenaire de la Charte et dont les actes nous l’espérons paraîtront prochainement. (6) Sur la vie de Lucien Herr, nous conseillons la lecture d’un ouvrage déjà ancien de Daniel Lindenberg,et Pierre-André Meyer, Lucien Herr, le socialisme et son destin , Paris : Calmann-Lévy, 1977, 318p.
(7) On peut cependant mentionner plusieurs publications d’Allemanistes au sein desquelles ils font part au public de leur regard sur l’actualité, mais aussi de leur conception du changement de société : Louis Arces-Sacré, Lois du socialisme , Paris : A. Fayard, 1892-1894, Partie I : 160p., Partie II : 160p., Partie III : 160p. ; Maurice Charmay, Législation directe et parlementarisme , Paris : Bibliothèque socialiste, 1895, 40p.
(8) Compte-rendu du Xème Congrès national du POSR tenu à Châtellerault du 9 au 15 octobre 1890.
(9) Louis Girard et Fernand Pelloutier, Qu’est ce que la grève générale ? , Paris : Librairie Socialiste, 1901.
(10) Dans Le Jura Socialiste du 1er décembre 1899, Ponard définit ainsi le rôle des communes : "Politiquement, la commune individuelle faisant ses lois, économiquement maîtresse de ses actes, propriétaire des moyens de consommation, de productions, des maisons (...), l’État ne sera plus qu’une agglomération fédérée de communes ayant une simple mission administrative des grands services publics".

 

 

Le POSR et le syndicalisme révolutionnaire (partie 2)
Quand un parti influence et structure le syndicalisme révolutionnaire :

Le POSR dans la France de la Belle époque (1890-1906)

Notre camarade David Hamelin poursuit la présentation de l’allemanisme, un courant du mouvement ouvrier français du début du 20esiècle aussi important que méconnu (voir la première partie dans le numéro précédent de note revue). Après avoir étudié la genèse et les principales caractéristiques idéologiques de ce courant, il en étudie maintenant les pratiques politiques, et surtout leur rôle dans la constitution de la CGT syndicaliste révolutionnaire. Au final, il semble bien que le succès des allemanistes dans cette dernière soit très paradoxal, puisqu’il s’accompagne de l’effacement de l’allemanisme dans le mouvement socialiste...

La participation aux institutions démocratiques ne va pas de soi dans la famille socialiste au tournant du siècle. Si les Guesdistes, les Vaillantistes les Socialistes Indépendants participent aux différents scrutins et obtiennent en fonction de leurs implantations respectives de bons résultats, les raisons et finalités de cette participation font débat d’autant que la démocratie parlementaire n’a pas résolu à cette époque la question sociale.
Les pratiques allemanistes : défiance face au parlementarismeLes Allemanistes accordent peu de vertus au suffrage universel. Pour eux, les institutions politiques en l’état et sans redéfinition des rapports de force ne peuvent reproduire que les intérêts de la bourgeoisie. Jean Allemane lui même déclare que "Le bon sens, le devoir nous imposent de rechercher le moyen de mettre un terme à cette ignoble duperie, (...) qu’est le suffrage universel" (1).
Ce rejet du suffrage universel nourrit naturellement l’antiparlementarisme. Dès qu’une initiative socialiste semble représenter un tremplin électoraliste, les allemanistes tendent à quitter celle-ci.
Ils quitteront par exemple la Ligue d’Action Révolutionnaire pour la conquête de la République fondée en janvier 1893, qui regroupe en son sein les socialistes parisiens, et qui est perçue au fil des semaines comme un simple tremplin électoral pour les échéances municipales et législatives.
Comment dépasser, dans ces conditions, le parlementarisme ? Pour les Allemanistes, par la législation directe du peuple. C’est une idée, un concept qu’ils défendront notamment au Congrès International de Zurich en août 1893 par le dépôt d’une motion signée par Langevin membre du POSR et secrétaire du Cercle typographique d’études sociales de Paris. Ce projet préconise la suppression des corps légiférants (Chambre, Sénat ou Conseil d’État) et leur remplacement par un législatif décentralisé jusqu’à la commune, la section et le citoyen.
Les allemanistes justifient leur participation aux élections, y compris législatives, par le fait qu’elles constituent une occasion pour la prise de conscience des travailleurs, un moyen efficace de propagande pour faire connaître leur doctrine et leur programme social.
Ils tiennent cependant à faire la distinction entre, d’une part les élections législatives, et d’autre part les élections municipales, la commune constituant selon eux un moyen efficace de lutter contre l’État centralisateur.
Quel rapport aux institutions ? La question de la conquête des pouvoirs publics fait évidement débat dans les rangs des Allemanistes entre partisans de l’abandon pur et simple de cette stratégie et les partisans propagandistes. Chaque scrutin mais aussi chaque revers électoral, nombreux notamment dans les années 1896-1897, ramènent dans le champ de la discussion ces interrogations.
Parmi ces débats, la place du socialisme municipal prend une place prépondérante. A l’image des autres courants socialistes les Allemanistes portent un vif intérêt aux élections communales et surtout aux réalisations municipales rendues possibles par la victoire d’une majorité socialiste. Au sein des quelques municipalités gagnées par les militants du POSR, surtout dans les régions où ils bénéficient de bases solides à l’image des Ardennes et du Dijonais, ils ne tardent pas à mettre en oeuvre un certain nombre de réformes inscrites dans leur programme. L’instauration de l’assistance médicale gratuite, la distribution des vêtements aux indigents, l’aide à la constitution des Bourses du Travail et l’appui aux mouvements grévistes par la distribution entre autres de vivres, sont autant de réalisations qui confortent ces militants dans leur choix de privilégier cette échelle territoriale et qui assoit une certaine légitimité populaire.
Parée de toutes les vertus, la commune constitue un excellent outil de propagande et d’agitation contre l’État. Certains élus allemanistes se plaisent à montrer les exemples de municipalité étant parvenu à faire plier l’État incarné localement par le préfet.
La conquête des municipalités devient donc une priorité. C’est dans cette perspective que des rapprochements et alliances sont possibles avec notamment les vaillantistes. Ils gagneront ensemble des communes de Saint-Ouen et de Saint-Denis en banlieue parisienne. Des élus de ces deux courants seront également à l’origine de la Fédération des communes socialistes de France au sein de laquelle ils ne tarderont d’ailleurs pas à être supplantés par des socialistes réformistes ou indépendants.

Un rôle important dans la fondation de la CGT
En son temps, la FTSF avait mis beaucoup d’énergie dans la construction d’un mouvement syndical en France, le POSR en fera une priorité.
On retrouve les allemanistes au sein de la Chevalerie du travail, cette "société secrète", "franc maçonnerie" ouvrière comme on a pu également la dénommer, fondée en 1893 et qui a été remarquablement étudiée par Maurice Dommanget (1) ; il convient de rappeler que ce creuset de militants ayant pour points communs un antiparlementarisme et la promotion des idées grève-généralistes fut également porté par nombre d’Allemanistes.
Cette société joua un grand rôle dans la constitution et l’animation de la fédération des Bourses du Travail. Autour de Fernand Pelloutier, on retrouve, outre des personnalités qui joueront un rôle important dans les années qui suivent, à l’image d’Alexandre Millerand de nombreux Allemanistes à commencer par Guérard ou Lhermite.
La naissance de la fédération nationale des Bourses du Travail lors du congrès de Saint-Étienne des 7 et 8 février 1892 est saluée par les allemanistes qui voient dans ce nouvel organisme un moyen d’affaiblir l’influence de leurs rivaux socialistes, à savoir les Guesdistes, mais aussi de regrouper dans un organisme unique les organisations ouvrières. Ils jouent d’ailleurs un rôle crucial dans la tenue, l’organisation et la réussite de ce congrès.
Les congrès de 1893 à Paris, et 1894 à Nantes, permettent aux Allemanistes venus à chaque fois en nombre et avec une stratégie définie de se débarrasser des militants Guesdistes qui gardent malgré tout dans certaines localités telles que Saint-Étienne ou certains secteurs professionnels tel que celui du textile une influence non négligeable.
Ils contribuent également à l’élection de Fernand Pelloutier au poste de secrétaire de cette Fédération. Pelloutier d’ailleurs s’appuiera autant que ces derniers s’appuieront sur lui, pour doter la Fédération des bourses du travail et la CGT d’un corpus idéologique.
Ses affinités et ses liens avec les allemanistes lui assureront d’ailleurs des critiques répétées qui lui reprochent de privilégier les allemanistes qualifiés d’ "allemanarchistes" par leurs détracteurs.
Le congrès fondateur de la CGT consolide cette coalition. On ne reviendra pas ici sur le processus qui aboutit à la constitution de cette confédération syndicale. Il est néanmoins important de noter que ce congrès est l’occasion une nouvelle fois pour les socialistes en général et les allemanistes en particulier de s’assurer de la conformité de cette nouvelle structure à leur vue. Tous les leaders allemanistes sont présents à Limoges. Ils sont un certain nombre à avoir une légitimité déjà importante dans le mouvement syndical à l’image de Besombes de la Bourse du Travail de Paris, ou Georges Lhermite du syndicat national des chemins de fer et secrétaire de la Bourse du Travail de Paris...
Pour assurer leur présence une chasse aux mandats en amont a été soigneusement menée afin d’assurer un nombre suffisant de militants pour cette occasion.
Girard parviendra à imposer l’intégration statutaire du Comité de la grève générale dans le conseil national de la CGT. La domiciliation de confédération à la Bourse du Travail de Paris, Bourse au sein de laquelle ils sont particulièrement influents, témoigne de leur relative emprise sur cette CGT naissante.

L’investissement dans le mouvement syndical
Durant les dix premières années de la vie de la CGT les militants allemanistes vont participer activement à la vie de la confédération, durant les congrès bien sûr mais également sur le terrain.
Ils fourniront de nombreux cadres aux Bourses du travail qui se structurent alors, mais aussi aux fédérations professionnelles.
Sur le plan confédéral la place des allemanistes est indéniable. Quelques chiffres éclaireront notre propos : entre 1895 et 1900 plus de dix Allemanistes siègent au conseil national de la CGT.
Eugène Guérard secrétaire général du syndicat des chemins de fer sera le secrétaire général de la CGT d’avril à novembre 1901 avant de laisser sa place à Griffuelhes, et Albert Lévy sera Trésorier de la CGT de 1902 à 1908.
"Fusionner mais pas absorber", telle pourrait être la devise des Allemanistes qui ne parviennent pas malgré leur poids, ou peut être d’ailleurs à cause de celui-ci, à avoir une unité de vue entre l’interpénétraton des sphères syndicales et politiques, ainsi que sur les liens entre la CGT et la Fédération des Bourses du Travail.
C’est l’occasion ici de comprendre comment les allemanistes essaient de se positionner au regard de l’indépendance syndicale, eux-mêmes ne se considérant pas malgré leur attache au POSR comme subordonnant la CGT à leur propre fin. Pour Eugène Guérard, le syndiqué "(...) ne doit pas, en matière économique, subir l’influence de son parti et tenter d’introduire par ordre dans son syndicat l’opinion de son parti pour ou contre une méthode (…) Nous (la CGT) estimons qu’en ce qui concerne l’émancipation des travailleurs, ce sont les syndicats, qui influençant les partis politiques, doivent indiquer en premier lieu les réformes qu’ils entendent et les moyens de les obtenir" (3).
A de nombreuses reprises aux côtés des militants anarchistes ralliés au syndicalisme, ils se font les défenseurs acharnés de l’indépendance syndicale quand certains socialistes ou syndicalistes évoquent telle ou telle possibilité pour les syndicats de proposer leur programme aux candidats socialistes ou de faire du lobbying.

Une audience en repli
Dans les premières années du vingtième siècle le POSR perd certains de ses places fortes. Plusieurs fédérations, notamment celles de l’Yonne, de la Nièvre, du Doubs et de l’Ain, favorables à l’Unité socialiste, veulent s’émanciper de la tutelle parisienne. Après l’échec de constitution d’une troisième force - face au PSG et au PSDF (4) - avec certaines fédérations autonomes, le POSR continue son repli et ne participe plus aux congrès socialistes. Cette position se solde par des reculs électoraux à Paris, place traditionnelle de l’allemanisme. Un dernier sursaut intervient avant l’absorption par la SFIO avec la création d’une Fédération socialiste de Gascogne et un regain électoral dans plusieurs arrondissements parisiens et en banlieue.
Durant ces années, on observe une réelle dispersion militante. Au moment de la réunification, le Parti ne pèse plus grand chose avec moins de 2 700 adhérents, essentiellement dans la Fédération du Centre. A la SFIO, le porte-parole du syndicalisme révolutionnaire n’est plus Jean Allemane, mais Hubert Lagardelle ou Gustave Hervé.

L’émergence d’un conflit générationnel
Un clivage apparaît entre jeunes et militants plus anciens. Si des allemanistes accèdent à des postes de responsabilité au sein de la jeune SFIO, force est de constater qu’un malaise profond s’installe. Le développement du parlementarisme et l’émergence d’un parti hiérarchisé et ordonné, ne satisfont pas des militants de tendance anti-autoritaire et sensible à l’antiparlementarisme. Beaucoup se consacrent désormais au syndicalisme, d’autres optent pour le mouvement coopératif.
Au lendemain du Congrès d’Amiens, le vote de la motion Griffuelhes et de plusieurs autres motions interpelle les socialistes. Certains l’interprètent comme un revers de la SFIO. Au congrès SFIO de Limoges, les guesdistes s’opposent à la motion du Tarn qui reconnaît l’indépendance syndicale, cependant que Jaurès ouvre les colonnes de L’Humanité aux cégétistes. Quelques-uns parlent même d’"inféodation" à la CGT.

Un succès paradoxal
L’héritage allemaniste est assez difficile à appréhender. Son influence sur les premières années de la CGT et sur une partie du mouvement socialiste français est indéniable. La motion d’Amiens n’est pas sans résonances avec les positions et écrits du POSR. L’articulation réforme-révolution ; la prépondérance de la lutte économique sur les luttes politiques, le thème de la grève générale... sont familiers aux amis d’Allemane. La littérature savante a présenté une image parfois déformée du courant allemaniste, privilégiant le recensement des positions acquises dans les organisations syndicales au détriment de son apport intellectuel, sensible dans la Charte d’Amiens.
Ironie du sort, le texte présenté comme le point d’orgue du syndicalisme révolutionnaire intervient au moment même ou l’allemanisme a cessé d’être une force politique autonome. En un sens, le texte marque la fin du courant. Le succès du syndicalisme révolutionnaire et de la CGT, que les allemanistes ont largement contribué à construire, offre la perspective d’un autre socialisme, à côté ou en conflit avec le modèle qu’incarne dorénavant la SFIO. Avec un syndicalisme solidement ancré dans la société, l’allemanisme perd sa raison d’être.

David Hamelin
(article publié dans le n°10 de la revue L’Emancipation)

(1) Le Parti Ouvrier du 17-18 janvier 1893.
(2) Maurice Dommanget, La Chevalerie du Travail française 1893-1911, Contribution à l’histoire du socialisme et du mouvement ouvrier , Lausanne : Éditions Rencontre, 1967, 564p.
(3) VIIIe Congrès corporatif tenu à Tours du 14 au 19 septembre 1896.
(4) Le Parti Socialiste Français (P.S.F.) est constitué lors du Congrès de Tours au mois de mai 1902 et regroupe les Socialistes indépendants, la Fédération des Travailleurs Socialistes, et des fédérations autonomes. Quelques mois après, en Septembre 1902 au Congrès de Commentry, intervient la constitution du Parti Socialiste de France (P.S.D.F.) regroupant le Parti Ouvrier Français de Guesde, le Parti Socialiste Révolutionnaire et l’Alliance communiste. Ces deux partis avec les fédérations restées autonomes et le POSR seront à l’origine de la création en 1905 de la SFIO.

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