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  • : Communistes Libertaires de la CGT
  • Communistes Libertaires de la CGT
  • : Les communistes libertaires sont un des courants fondateurs de la Cgt, sur une base anticapitaliste et révolutionnaire. Nous entendons renouveler ce combat, en intégrant les évolutions de la société d'aujourd'hui.
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QUI SOMMES NOUS ?

Ce blog est l’outil d’expression de communistes libertaires qui militent à la CGT, où ils défendent une perspective de renouveau du syndicalisme révolutionnaire, mouvement fondateur de notre confédération, et l’unification d’un syndicalisme de lutte et de transformation sociale. 

Nous combattons l'orientation confédérale actuelle de la CGT et agissons pour qu'une alternative à cette orientation émerge. Nous ne nous revendiquons d’aucune tendance ou fraction formalisée au sein du mouvement syndical. 

Pour autant, le tournant pris par notre confédération ces dernières années vers un syndicalisme d’accompagnement, voire de cogestion, nous incite à constituer un front syndical commun avec tous et toutes celles qui se réclament et pratiquent la lutte de classe, professionnelle et interprofessionnelle, autour des revendications et la lutte pour les faire aboutir. 

Attachés à la démocratie syndicale et au fédéralisme qui restent de mise au sein de la Cgt, respectueux du mandat donné par les adhérents et adhérentes des structures auxquelles ils et elles participent, les communistes libertaires relèvent d’un courant fondateur et constituant de la Cgt. 

Les syndicats, forme première d’organisation d’une résistance ouvrière, ont un caractère double et contradictoire. 

Organisations de masse ayant vocation à regrouper tous les exploités autour de leurs revendications immédiates, elles restent soumises à la domination politique d’un patronat qui les pousse à une plus grande intégration à l’appareil d’Etat. 

Dans cette bataille qui n’est pas qu’idéologique, nous ne partageons pas l’idée qu’il y aurait de mauvaises directions corrompues face à une base adhérente dont la « pureté » n’égalerait que la volonté d’en découdre. 

Bien au contraire, il existe à tous les niveaux de nos organisations une contradiction entre un syndicalisme de classe dont l’objectif est de mettre fin à l’exploitation capitaliste et un syndicalisme d’accompagnement dont la finalité réside dans l’adaptation du monde ouvrier qui produit les richesses à l’économie de marché globalisée qu’on voudrait faire paraître indépassable. 

C'est pourquoi nous n'entendons pas oeuvrer en simple opposition à nos directions actuelles mais en alternative à celles-ci, pour l'unité du mouvement social. 

Pour tout contact avec les communistes libertaires de la CGT : 

          communisteslibertairescgt@gmail.com

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 09:40

Le 16 octobre les négociations reprennent sur l'avenir des caisses de retraites complémentaires AGIRC-ARRCO des salariés du privé. Rappelons que la part versée par ces organismes peut représenter jusqu'à 50% de la pension globale. Nous publions ici un extrait de l'interview de Berger, secrétaire général de la CFDT dans le journal Les Echos :

" dès le départ, le patronat a sorti des propositions très dures qu’il utilise comme un cheval de Troie pour repousser l’âge de la retraite à 64 ou 65 ans, avec des abattements inacceptables. Sans aucun effort des entreprises, alors qu’une partie des difficultés vient d’elles.
Comment redresser la situation sans toucher à l’âge de départ ?
Notre proposition s’articule en trois temps : les mesures urgentes avant 2019, le retour à l’équilibre jusqu’en 2024, puis au-delà. Tout le monde doit faire des efforts, pas seulement les salariés et les retraités. À court terme, nous sommes prêts à décaler la revalorisation des pensions complémentaires d’avril à octobre, pour faire des économies, en s’alignant sur le régime général. On peut jouer aussi sur le taux de rendement du point de retraite, en restant au-dessus de 6%. Nous sommes prêts également à discuter de la poursuite, pendant trois ans, de la sous-indexation des pensions, en les revalorisant de 1 point de moins que l’inflation et non pas 1,5 point comme le réclame le patronat. Evidemment en épargnant les retraites modestes qui sont exonérées totalement ou partiellement de CSG. Il faut enfin mutualiser les réserves de l’Agirc et de l’Arrco dès 2017.
La fusion Agirc-Arrco fait peur aux cadres, qui craignent de perdre leur spécificité…
Il ne pourra y avoir une fusion qu’à condition de mener en parallèle des négociations dans les branches sur le statut de cadre. Le mal-être des cadres est davantage lié au fait qu’ils ne sont reconnus comme tel qu’en raison de leur rattachement à une caisse de retraite. Mieux vaudrait reconnaître leur compétence, leur responsabilité.
Que proposez-vous au-delà de ces mesures d’urgence ?
Sur la période 2019-2024, nous proposons d’abord, dans la foulée de la fusion des réserves, la mise en place d’un nouveau régime unifié de retraites complémentaires pour tous les salariés. Un régime fondé sur le niveau de la rémunération et non le statut, avec une seule valeur du point. Pour le conforter financièrement, des efforts devront être demandés aux entreprises : une hausse des cotisations de 0,1% par an de 2019 à 2021, ainsi qu’une contribution patronale en cas de séparation d’un salarié au-delà de 50 ans. Les employeurs continuent de ne pas jouer le jeu en licenciant les seniors.
Quels efforts côté salariés ?
Nous prenons nos responsabilités en proposant une contribution de solidarité intergénérationnelle assumée par les salariés partant à la retraite. Cette contribution serait limitée en montant et serait versée pendant deux ans."

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23 juin 2014 1 23 /06 /juin /2014 14:01

logo-cnt-so.jpgNous reproduisons ci-dessous un entretien réalisé en décembre dernier par la CNT-Solidarité Ouvrière d'un ancien camarade de la Cgt Disneyland Paris qui explique les raisons de son départ de la Cgt. Intéressant de par le milieu syndical et professionnel dans lequel le camarade a et continue d'évoluer.

On notera une fois de plus les dégâts que causent certains "syndicalistes" de la fédération du commerce Cgt, comme un écho à ce que nous avions publié il y a un mois de cela concernant les tentatives de non reconnaissance par cette même direction nationale de la fédé du commerce Cgt du syndicat du commerce parisien.

 


 

Cyril LAZARO est représentant de la section syndicale CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris

 


Bonjour Cyril. L’actualité est toujours riche à Disneyland Paris, alors où en est-on après la divulgation du rapport de l’Institut du Travail sur les organisations syndicales de l’entreprise, rapport qui reléguait les représentants syndicaux de l’entreprise au rang d’ "analphabètes", selon les dires de la responsable CFDT de l’entreprise ?

- Cyril. C’est un bien triste constat, mais c’est un constat réaliste. Le faible niveau des organisations syndicales de l’entreprise a été façonné au fil du temps par la Direction de l’entreprise, et l’on pourrait faire fi de ce bilan si les luttes syndicales nécessaires étaient menées avec le cœur et dans l’intérêt des salariés. Malheureusement, le bilan de l’Institut supérieur du Travail mentionne aussi les querelles intestines, le culte du chef, et si l’on rajoute à cela les malversations du Comité d’Entreprise, il est évident que les salariés n’ont plus grand chose à attendre de leurs représentants et de leurs organisations syndicales.


Tu as milité ces dernières années à la CGT, tout d’abord pourquoi, et quel enseignement en tires-tu ?

- Après avoir analysé le fonctionnement de l’entreprise, il me semblait évident que le changement ne pouvait se faire qu’en changeant la représentation CGT de Disney, empêtrée dans le scandale des malversations du Comité d’Entreprise, et dont l’avocat de la CFDT avait déclaré qu’elle était devenue le supplétif de la Direction, ce en quoi il avait parfaitement raison. J’ai donc essayé de changer les choses de l’intérieur, soutenu par de nombreux camarades à l’extérieur que je salue, mais le fonctionnement structurel de la CGT n’a pas permis d’aboutir. Lorsque vous avez une Fédération du Commerce dont dépend le syndicat de Disney qui prend fait et cause en faveur des représentants de Disney (qui sont eux mêmes élus à la Fédération du Commerce), il n’y a pas de possibilité de changement. C’est une façon de verrouiller les choses qui me semble illogique, mais je crois que ce n’est plus le bon sens qui détermine le paysage syndical actuel, et on n’est plus à un non sens près.


Tu as donc décidé de créer la CNT Solidarité Ouvrière à Disneyland Paris...

- Tout à fait. Nous sommes à un an des élections professionnelles dans l’entreprise, et je crois que les salariés sont en droit d’avoir une représentation syndicale plus conforme à leurs intérêts.


Pourquoi penses-tu que la création d’une nouvelle section syndicale puisse changer les choses ?

- Je ne le pense pas, je l’espère, ce qui est très différent. La création de la CNT Solidarité ouvrière va offrir aux salariés de Disneyland Paris la possibilité de se positionner différemment, et de ne pas être dans l’obligation de reconduire une fois de plus les mêmes pour les représenter. La CNT Solidarité Ouvrière a l’avantage de ne porter aucune casserole, de pouvoir se construire sur des bases saines, et de jouer un vrai rôle dans les mois à venir sur le plan des revendications.


Comment la Direction de Disney va-t-elle percevoir la venue de ce nouveau syndicat dans le paysage déjà chargé en termes d’organisations syndicales ?

- La Direction le prendra comme elle veut. Je ne m’attends pas à ce que nous soyons accueillis à bras ouverts. La Direction a pris son rythme de croisière avec des organisations syndicales qui ne sont pas au niveau, la création de la CNT Solidarité Ouvrière ne peut donc que la déranger, mais au-delà du bon vouloir de l’employeur, il y a tout de même l’intérêt des salariés qui reste la priorité, même si nombre d’organisations syndicales de l’entreprise l’ont oublié. La CNT sera là pour le rappeler, et que l’employeur le veuille ou non, il ne pourra pas s’opposer à la création de ce nouveau syndicat dans l’entreprise, surtout dans le climat actuel. Vouloir faire barrage à la création de la CNT Solidarité Ouvrière reviendrait à confirmer que l’employeur entend choisir ses "partenaires sociaux", et vu le bilan de cette collaboration, il vaudrait sans doute mieux ne pas l’étaler une fois de plus devant les tribunaux et la presse.


Que pensent les camarades qui t’accompagnent dans cette aventure ?

- Certains ont déjà eu une expérience syndicale au sein de l’entreprise, d’autres découvrent cet univers, mais ils en ont tous marre de se faire spolier par des accords qui font que depuis une dizaine d’année la régression est constante pour les salariés en termes de flexibilité, de polyvalence, de reconnaissance salariale... Tous les accords vont uniquement dans le sens de l’employeur et nous faisons tous le même constat, sur le terrain les salariés n’en peuvent plus et aspirent à retrouver un équilibre qui leur permette au minimum de pouvoir organiser leur vie familiale sainement. Les changements d’horaires, de shifts, de locations, de jobs, Disney ne respecte plus rien. L’optimisation du temps de travail prônée par l’employeur se transforme peu à peu en esclavage pour les salariés, et ceux qui osent dire non se retrouvent mis au rang des salariés indésirables et sont poussés vers la porte. Cela ne peut plus durer ainsi, et puisque les organisations syndicales peuplées de permanents déconnectés de la réalité du terrain ne disent rien, la CNT Solidarité Ouvrière le dira haut et fort. On verra bien si les salariés adhèreront à ce projet de changement qui vise à leur redonner un droit de parole au sein de l’entreprise.


Cela s’annonce donc très compliqué en apparence...

- Oui et non. Les grands changements surviennent toujours de la volonté d’un petit nombre à le provoquer. Si les salariés retrouvent une petite lueur d’espoir, la Direction de l’entreprise devra en tenir compte. Si tel n’est pas le cas, Disney continuera à mener une politique du tout pour les uns, rien pour les autres.


À titre individuel, qu’est-ce que cela va t’apporter ?

- Du travail supplémentaire. Cela fait des années que je milite et ce ne sera qu’un combat de plus. Les camarades de la CNT Solidarité Ouvrière me semblent très motivés pour m’accompagner dans cette nouvelle lutte, et aujourd’hui, il semble normal que les salariés se tournent vers un syndicalisme pus combatif, plus radical aussi, car en face de nous le patronat ne cesse de grignoter nos acquis, et les grosses structures syndicales ne jouent plus le même rôle qu’auparavant, à croire que le fait qu’il y ait un gouvernement de gauche les inhibe. Il appartient donc aux travailleurs de se tourner vers d’autres formes de militantisme et d’essayer d’apporter de nouvelles solutions à cette "crise" qui est très loin d’être finie puisque toutes les mesures qui sont prises sur le plan national vont nous entraîner pendant des dizaines d’années sur la voie du recul social, et que les mesures qui seront prises demain enfonceront le clou davantage...


Je te remercie Cyril pour ton analyse de la situation sans langue de bois, et bonne chance pour l’avenir

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19 janvier 2014 7 19 /01 /janvier /2014 19:37

Nous publions ce courrier de Solidaires adressé à la direction confédérale parce qu'il pose en des termes intéressants la question de l'unité syndicale. A quelques jours de la journée d'action du 6 février, Solidaires s'étonne de ne pas être invité à s'associer à cette journée. Voilà qui est plus qu'étonnant, consternant ! Nous attendons avec impatience la réponse du Bureau confédérale en espérant une réponse ouverte et positive.

 

 

 

Zone de Texte: 144 boulevard de La Villette 75019 Paris Téléphone : (33) 1 58 39 30 20 Télécopie : (33) 1 43 67 62 14 contact@solidaires.org - www.solidaires.org

 


A Thierry LEPAON

secrétaire général de la CGT

 

 

Le 15 janvier 2014,

 

 

Cher camarade,

 

Dans le prolongement des débats de notre récent Comité national, nos fédérations, syndicats nationaux professionnels et unions départementales interprofessionnelles ont souhaité que nous nous adressions à la CGT, au vu de la situation sociale et syndicale.

 

Nous ne nous étendrons pas ici sur le contexte, sur ce que vivent les salarié-es, les chômeurs-ses, les jeunes en formation, les retraité-es. Le système capitaliste organise un partage de plus en plus inégalitaire des richesses, la confiscation par le patronat et les actionnaires d’une part de plus en plus importante de la rémunération due aux salarié-es, le chômage et la précarité, la destruction de la protection sociale, des services publics et des droits sociaux.

 

L’Union syndicale Solidaires considère que nous devons à la fois organiser, soutenir et renforcer les luttes locales ou sectorielles qui permettent de résister aux prétentions patronales, et construire les conditions d’une rupture avec ce système. Nous notons de fortes similitudes avec des orientations défendues par la CGT, notamment ce que porte votre actuelle campagne sur le coût du capital.

 

L’unité syndicale est souhaitée par les salarié-es, et elle est nécessaire pour construire les meilleurs rapports de force face au patronat et au gouvernement. Aussi, lorsque CFDT et CGT ont conjointement convoqué une réunion intersyndicale, fin 2013, nous y avons participé, contrairement à FO et CGC. Un texte engageant les organisations syndicales à travailler ensemble sur différents sujets (emploi, investissement, justice fiscale, pouvoir d’achat, services publics) a été élaboré. L’Union syndicale Solidaires a dit son accord pour participer à ce travail.

 

Mais une plate-forme revendicative n’a d’intérêt que si nous prenons les moyens de voir satisfaites ses revendications. Nous avons demandé que le débat sur les mobilisations à organiser soit posé dans l’intersyndicale … et ceci a été refusé. Le blocage rencontré à ce propos limite considérablement l’intérêt d’une déclaration qui, finalement, laisse croire qu’il sera possible d’imposer nos revendications au gouvernement et aux patrons, sans agir collectivement, sans peser sur le rapport de forces. C’est la conception habituelle d’organisations comme la CFDT, la CFTC ou l’UNSA, mais nous ne comprenons pas que la CGT ait accepté de laisser de côté, le débat sur les nécessaires mobilisations.

 

De même, nous nous interrogeons sur la décision de nous exclure des réunions intersyndicales nationales ultérieures. Nous ne pensons pas que l’unité choisie au niveau confédéral (CGT – CFDT – UNSA – FSU) correspondent à ce qui se passent en matière revendicative dans les entreprises, les services, les localités. Les dernières déclarations confédérales dans le cadre unitaire que vous avez choisi sont, inévitablement, marqué par le fait qu’une moitié des organisations signataires était favorables, par exemple, à la signature de l’accord pour l’(in)sécurisation de l’emploi et à la contre-réforme des retraites.

 

Concernant la journée d’action interprofessionnelle que vous avez annoncé pour le 6 février, nous notons que dans plusieurs rencontres interfédérales sectorielles très récentes (finances publiques, cheminots, douanes), les fédérations CGT n’ont pas du tout cité cette échéance, voire n’ont pas souhaité en discuter lorsque nos camarades de fédérations Solidaires proposaient d’examiner comment s’y inscrire. Dans les départements, les situations sont variables mais nous constatons une forte tendance à ne pas nous associer, à l’exemple de l’Ile-de-France puisqu’une manifestation régionale interprofessionnelle CGT est annoncée sans le moindre contact avec nos camarades de Solidaires en Ile-de-France.

 

Toutes ces difficultés affaiblissent le camp de ceux et celles que nous représentons. Nous pensons toutefois que l’échange direct permet de gommer des incompréhensions. Aussi, nous vous proposons une rencontre entre nos organisations nationales afin de discuter des conditions dans lesquelles l’unité syndicale est possible, souhaitable et recherchée.

 

L’initiative contre l’extrême-droite du 29 janvier, que nous préparons ensemble (CGT – Solidaires – FSU) depuis la fin de l’année 2013, illustre les possibilités de travail commun, qui plus est sur un sujet essentiel. Mais, en lien avec la lutte antifasciste et aussi au-delà de celle-ci, la nécessité de l’unité syndicale sur des bases revendicatives offensives, l’unité syndicale pour construire des mobilisations de masse, l’unité syndicale contre les prétentions patronales, nous parait déterminante et c’est aussi un élément de réponse à la montée de l’extrême-droite.

 

L’annonce du « pacte de responsabilité » s’inscrit dans le paysage social décrit plus haut. Le patronat paiera moins de cotisations sociales et les salarié-es règleront la facture au travers de la baisse des dépenses publiques, la dégradation de la redistribution sociale (dont la sécurité sociale) et des services publics. Parler de contreparties à ces largesses est une plaisanterie. Voilà des décennies que les gouvernements successifs multiplient les exonérations de cotisations sociales pour le patronat et que le chômage ne cesse d’augmenter. Ce pacte d’impunité patronale et la manière dont il est commenté par les différentes organisations syndicales confortent, nous semble-t-il, l’analyse précédemment développée.

 

Souhaitant que vous donniez suite à notre proposition, nous nous rendrons disponibles à la date que vous fixerez pour une rencontre entre nos deux organisations.

 

Reçois cher camarade nos salutations syndicalistes.

 

Pour l’Union syndicale Solidaires :

Annick Coupé, porte-parole nationale

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 16:36

autre-futur.pngNous reproduisons un article de réflexion de Autre Futur (espace d'échanges entre syndicalistes révolutionnaires et anarcho-syndicalistes. le camarade rédacteur revient propose une lecture singulière de l'évolution du droit du travail en France depuis 1982 en analysant notamment le couple CFDT/Medef.

Il conclut aisni son article: "Pour que l’on se libère de ces dominations économiques, juridiques et idéologiques, il faut que les syndiqués de la CFDT empêchent la poursuite de la rédaction, par leur centrale et le Medef, de la nouvelle Charte du travail, modèle pour une société corporatiste. Le veulent-ils ? Il faut que les syndiqués de la CGT jettent par-dessus bord cette absurdité de « syndicalisme rassemblé » vide de sens, pour revenir au syndicalisme de lutte des classes, au syndicalisme révolutionnaire. Le peuvent-ils ? Seuls les travailleurs organisés sont en mesure de stopper la fuite en avant de l’alliance du patronat et des sociaux-libéraux, de subvertir la passivité des bureaucraties syndicales par la grève générale."

 

La loi du 14 juin 2013 sur la sécurisation de l’emploi a été validée pour l’essentiel par le Conseil constitutionnel. La loi est une reprise, sans modification majeure, de l’accord national interprofessionnel du 11 janvier 2013. Signé entre le patronat d’un côté, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC de l’autre, cet accord, pour scélérat qu’il soit, ne tombe pas du ciel. Il s’inscrit dans une longue marche visant à réformer le droit du travail pour l’adapter aux contraintes d’une économie mondialisée.

 

Le droit du travail est le reflet de la lutte des classes. Quand les travailleurs avancent l’État et le patronat concèdent des améliorations aux conditions de travail. Quand ils reculent, parce que les conditions économiques sont peu favorables et les syndicats peu combatifs, les employeurs reprennent ce qu’ils avaient lâché.

 

Jusqu’en 1981, globalement, le droit du travail s’était amélioré, fruit d’un siècle de luttes ouvrières. Avec l’arrivée au pouvoir des socialistes, et dans un contexte de « crises » économiques, les choses vont changer. En la personne de la CFDT, patronat et sociaux-libéraux vont trouver un partenaire syndical qui accepte de collaborer pour construire un autre modèle de société qui n’est pas sans rappeler les systèmes corporatistes ou, si l’on veut être moderne, une version possible de projet libertarien. Patronat et syndicats réformistes adaptent le droit du travail à ce qu’ils considèrent comme les impératifs de l’économie de marché mondialisée, sous le regard bienveillant de l’État maintenu à ses strictes fonctions régaliennes : faire respecter l’ordre social par sa justice, et encore le moins possible ; par la force, si besoin.

 

C’est la thèse développée par Pierre Bance dans l’article ci-dessous, version actualisée de celle parue dans Le Monde libertaire, n° 1707 du 23 au 29 mai 2013.

 

À l’origine, l’État se construit par la force, Dieu la légitime, le droit la sert. Celui qui possède les moyens de la contrainte physique impose son État par la violence pour son profit. Celui qui possède la puissance financière achète la violence qui lui permettra de contrôler l’État pour étendre son pouvoir et grossir son capital [1]. L’inégalité et l’injustice entre les tenants du pouvoir, les forts, les riches, leurs protégés et ceux qui les subissent, les exploités, les faibles, les pauvres se révélèrent, au cours des siècles, de plus en plus insupportables avec le progrès des sciences et des techniques, avec les idées nouvelles. Les plus intelligents des exploiteurs comprirent qu’il fallait donner une autre légitimité au pouvoir d’État que la désignation divine.

Á partir de la Révolution française, se construisit la démocratie inspirée de l’enseignement des philosophes des Lumières. Les révolutionnaires de 1789 décrétèrent que la légitimité du gouvernement de l’État ne viendrait plus de la violence expropriatrice des chefs barbares, du Dieu des rois et empereurs. Elle viendra du peuple. On entrait dans la modernité. La nouvelle puissance politique et économique, la bourgeoisie, conçut en moins d’un siècle cette merveille de l’exploitation paisible qu’est la démocratie parlementaire qu’Alain Badiou appelle le capitalo-parlementarisme [2]. Elle permet à la classe dominante de conserver la propriété des moyens de production et de contrôler le pouvoir tout en laissant croire à une égalité entre tous les citoyens. Le principe électoral est la base de cette illusion. Chacun imagine avoir sa part dans la conduite du pays alors que, quel que soit le gouvernement, l’État joue un rôle régulateur au profit de la propriété ; il veille à ce que certains exploiteurs n’aillent pas trop loin pour éviter des désordres ; il anticipe ou répond à la grogne des exploités pour désamorcer leur révolte. Le droit du travail, agissant sur la relation primaire du capitalisme, l’exploitation du travailleur salarié [3], le plus dangereux pour l’ordre établi, est l’exemple approprié pour comprendre l’enjeu et le mécanisme de la régulation démocratique.

 

Le droit du travail accessoire du droit des affaires

 

Quand les travailleurs sont en situation de force, l’État oblige le capital, s’il ne le comprend pas lui-même, à leur concéder des droits ou des avantages ; quand les travailleurs sont en situation de faiblesse, l’État laisse les exploiteurs les leur reprendre ou les limiter. Ce mouvement alternatif est inhérent à la lutte des classes et s’articule avec les fluctuations de l’économie. Quand cette dernière est en expansion, le patronat est disposé à partager pour éviter la confrontation sociale et si celle-ci se produit, il cède. Quand elle est en récession, du fait des dysfonctionnements de sa propre machine, le capital est prompt à inverser la tendance, invoquant la nécessité de réformer pour le bien commun, de restreindre dans l’intérêt général, de faire preuve de réalisme pour revenir à la prospérité.

 

En 1945, et les années qui suivent, la classe ouvrière, aguerrie dans la Résistance, bien organisée dans ses syndicats, est en mesure de mener une révolution, au moins une insurrection. Pour éviter l’une ou l’autre, l’État lui concède des droits importants : institution des comités d’entreprise et relance des délégués du personnel, statut « avantageux » des salariés des entreprises nationalisées, installation de la sécurité sociale et participation des syndicats à sa gestion, nouvelle loi sur les conventions collectives renforçant le rôle des syndicats par la représentativité, etc.

 

On pourrait aussi prendre pour exemple l’après-Mai 68 avec la loi sur les délégués syndicaux et la section syndicale d’entreprise, la mensualisation, le développement de la formation professionnelle, la loi de 1973 sur la cause réelle et sérieuse du licenciement, etc.

 

Á chaque situation comparable, l’État fait ainsi d’une pierre deux coups : en améliorant le sort des salariés, il désamorce la contestation tout en renforçant son emprise sur les organisations ouvrières enserrées dans un filet juridique les contraignant à collaborer au système d’exploitation.

 

Après la victoire socialiste de 1981, les lois Auroux de 1982, du nom du ministre du travail Jean Auroux, accordent de nouveaux droits non négligeables sur la représentation du personnel, la négociation collective, la durée du travail, la limitation des contrats à durée déterminée et du recours à l’intérim… Dans la foulée sont aussi votées la retraite à 60 ans et la cinquième semaine de congés payés. Mais, parallèlement, ces lois promeuvent des idées consensuelles telles que la « démocratie économique », les travailleurs « citoyens de l’entreprise », l’« entreprise citoyenne » qui préparent, perfidement, la déconstruction du droit du travail. Avant même le « tournant de la rigueur » de 1983, la première pierre en est posée par la loi du 13 novembre 1982 qui permet aux accords d’entreprise de déroger, en moins favorable, à des dispositions législatives et réglementaires lorsque lesdites dispositions l’autorisent. Les socialistes et la fraction éclairée du patronat s’étaient entendus pour, d’un côté, accorder des droits indispensables à la crédibilité des premiers, de l’autre, pour moderniser le droit du travail dans le sens voulu par la mondialisation de l’économie [4]. Le virus d’une remise en cause radicale de cent ans d’avancées sociales était instillé par une gauche phagocytée par les sociaux-chrétiens venus de la Confédération française démocratique du travail (CFDT).

 

Les choses se dégradent au long des années. La précarité de l’emploi pénètre le droit du travail par de multiples fissures légales et conventionnelles dont les plus significatives furent les lois Aubry de juin 1998 et janvier 2000 sur les 35 heures hebdomadaires, échangeant une réduction de la durée du travail contre sa flexibilité et la modération salariale ; cette réduction qui n’était pas une revendication première, fut un mauvais deal dont les salariés ne perçurent pas le vice sur le coup [5]. De retour au pouvoir en 2002, la droite pouvait parfaire le travail et accentuer le repli des droits des travailleurs. Notamment, les lois Fillon du 4 mai 2004 et Sarkozy-Fillon du 20 août 2008 étendent les cas où les accords d’entreprise peuvent déroger à la loi et leur permettent de contenir des dispositions moins favorables que la convention de branche. Pris dans un complexe jeu politique, les syndicats ne bougent pas voire encouragent le repli comme la CFDT approuvant la réforme scélérate des retraites en 2003 ce qui lui vaudra de perdre quelques dizaines de milliers d’adhérents [6]. Le programme de la gauche en 2012 n’a pas à son ordre du jour d’améliorations des droits sociaux. Tout occupé à leur faire accepter les fermetures d’entreprises, le gouvernement socialiste abandonne les travailleurs en rase campagne invoquant une énième crise plutôt que leur impuissance devant les multinationales. Pendant ce temps, la droite se droitise, l’extrême-droite prospère, les organisations syndicales sont bâillonnées par leurs bureaucraties politiciennes, surtout… s’affaiblit la conscience de classe. Le capitalisme oblige les ouvriers au recul : ils acceptent le développement de la flexibilité et de la précarisation, ils concèdent des retours en arrière sur les salaires, la durée du travail, la productivité, sous la menace de fermeture, de chantage aux délocalisations. L’État accompagne le mouvement et le prolonge avec la législation nécessaire en allongeant l’âge des départs en retraite et la durée de cotisation, en diminuant l’indemnisation du chômage comme les remboursements de l’assurance maladie. Les travailleurs fragilisés, menacés ne négocient plus le maintien de l’emploi mais les conditions de sa suppression quelquefois après des luttes dures, souvent désespérées.

 

L’ANI, comme une résurgence corporatiste

 

Désormais, la négociation sociale intègre la logique patronale des fatalités économiques telles les contraintes de la compétitivité internationale et la nécessité de délocaliser donc, l’impérative obligation de licencier. L’œuvre dévastatrice s’accélère avec l’accord national interprofessionnel (ANI) sur la compétitivité et la sécurisation de l’emploi du 11 janvier 2013 signé entre le Medef, la Confédération générale des petites et moyennes entreprises et l’Union professionnelle artisanale d’un côté, la CFDT, la CFTC et la CFE-CGC, de l’autre ; accord entériné, sans modification majeure, par la loi du 14 juin 2013 relative à la sécurisation de l’emploi [7]. Objet d’un recours de parlementaires UMP pour non-conformité à la Constitution de certaines de ses dispositions, la loi a été validée par le Conseil constitutionnel [8]. Après cette validation, le ministre du Travail, Michel Sapin, a déclaré : « la loi sur la sécurisation de l’emploi fera date dans l’histoire de nos relations sociales, elle contribuera à renforcer notre compétitivité et donc l’emploi en France, tout en s’inscrivant dans la filiation des lois améliorant les droits de salariés » [9]. Oui, Monsieur le ministre socialiste, elle fera date, mais non pour ce que vous dites…

 

Ce texte était initialement intitulé : projet de loi pour un « nouveau modèle économique et social au service de la compétitivité des entreprises et de la sécurisation de l’emploi ». La sobriété nouvelle de son titre n’en a pas modifié le contenu [10]. Reste la quadrature du cercle : être au service de la compétitivité des entreprises en préservant l’emploi des travailleurs. Reste ce qui paraît le plus probable : construire un nouveau modèle économique et social. D’inspiration néo-libérale, celui-ci tend à remettre l’élaboration de la norme aux partenaires sociaux, de préférence au niveau de l’entreprise qui serait le mieux adapté. La mission régulatrice de l’État est circonscrite au minimum, avec la tentation de limiter son rôle à homologuer ce qui a été négocié, sa justice se chargeant seulement de le garantir. Ainsi, voit-on que la crise, selon un schéma éprouvé, sert l’adaptation du capital aux nouvelles données économiques. S’agissant du droit social, base juridique de l’exploitation, un système, à visée quasi libertarienne, se met en place ; il repose sur trois principaux piliers :

 

Cogestion de la précarisation. L’entreprise doit être gérée par l’employeur avec des syndicats qui adhèrent à cette idée folle de préserver l’emploi en le précarisant [11]. Les accords signés dérogeront de plus en plus largement à la loi et se soustrairont de plus en plus à l’appréciation du juge déclaré incompétent en matière économique, voire hostile au marché. Renaît le mythe du juge rouge.

Fait majoritaire. Les accords signés par des syndicats représentant une majorité de salariés, voire moins, s’imposeront à tous les salariés lesquels ne pourront plus opposer les clauses plus favorables de leur contrat de travail et seront légitimement licenciés s’ils rejettent les dispositions conventionnelles [12]. Peut-être, à l’avenir, pourront-ils ne pas être licenciés mais considérés comme démissionnaires au nom de leur liberté individuelle.

Privatisation de la protection sociale. Petit à petit le patronat reprend en main la gestion et le contrôle de la protection sociale avec pour objectif de la privatiser ne laissant qu’une sécurité sociale résiduelle, une aide médicale pour ceux qui n’ont rien.

Les ambivalences et les évolutions du droit social se prolongent dans le domaine de la santé, il faut avoir une population bien portante pour bien produire ; de l’éducation qui doit former des corps professionnels compétents et dociles si possible ; du logement pour parquer le bétail salariés ; des transports et des infrastructures dont l’objet principal est de faciliter la circulation des marchandises et l’acheminement de la main-d’œuvre. Entre la rapacité du capital contrariée par ses obligations économiques, sa volonté d’appropriation du commun par la privatisation et la volonté de la population d’améliorer sa vie quotidienne s’établit, au mieux, un consensus qui maintient en place la société capitaliste, et que l’on voudrait provisoire, au pire, une collaboration de classes qui concourt à son adaptation voire à sa transformation. Ce dilemme hante le syndicalisme depuis ses origines mais c’est sa face la plus noire qu’il nous présente aujourd’hui.

 

Pour que l’on se libère de ces dominations économiques, juridiques et idéologiques, il faut que les syndiqués de la CFDT empêchent la poursuite de la rédaction, par leur centrale et le Medef, de la nouvelle Charte du travail, modèle pour une société corporatiste. Le veulent-ils ? Il faut que les syndiqués de la CGT jettent par-dessus bord cette absurdité de « syndicalisme rassemblé » vide de sens, pour revenir au syndicalisme de lutte des classes, au syndicalisme révolutionnaire. Le peuvent-ils ? Seuls les travailleurs organisés sont en mesure de stopper la fuite en avant de l’alliance du patronat et des sociaux-libéraux, de subvertir la passivité des bureaucraties syndicales par la grève générale.

 

Texte libre de droits avec mention de l’auteur : Pierre Bance, et de la source : Autrefutur.net, espace d’échanges ouvert à toutes les composantes anti-autoritaires, autogestionnaires et libertaires du mouvement ouvrier et révolutionnaire (www.autrefutur.net).

 

Notes

[1] Pour Norbert Elias, l’État se construit par la force incarnée dans l’armée, la violence légitime, et par la levée des impôts, un racket légitime (La Dynamique de l’Occident [1977], Calmann-Lévy, « Pocket, Agora », 2003, 320 pages).

 

[2] Pour une lecture militante d’Alain Badiou, voir Pierre Bance, « Badiou cerné par l’anarchisme », Un Autre futur, 2 février 2012 (http://www.autrefutur.net/Badiou-ce...).

 

[3] Il convient d’ajouter aux travailleurs salariés, les faux indépendants, tous ces travailleurs aux frontières du salariat.

 

[4] Martine Aubry, alors jeunes conseillère de Jean Auroux, faisait-elle déjà le relai avec le grand patronat chrétien ?

 

[5] Pour un constat critique, Paul Bouffartigue, Temps de travail et temps de vie. Les nouveaux visages de la disponibilité temporelle, Paris, Presses universitaires de France, « Le travail humain », 2012, 232 pages, voir notamment les pages 64 et suivantes.

 

[6] Pour Michel Noblecourt dans Le Monde du 20 novembre 2012, les départs dépassèrent les 80 000.

 

[7] Loi n° 2013-504 du 14 juin 2013, Journal officiel du 16 juin 2013, page 9958. Lors du dernier scrutin à l’Assemblée nationale, le 24 avril, ont voté pour le Parti socialiste, les radicaux de gauche et les centristes ; contre le Front de gauche, quatre socialistes et deux UMP ; se sont abstenus l’UMP, les écologistes et seize socialistes. C’est évidemment par pure inhibition politicienne que la droite n’a pas voté pour.

 

[8] Décision du Conseil constitutionnel n° 2013-672 DC du 13 juin 2013, Journal officiel du 16 juin 2013, page 9976. Le Conseil constitutionnel a cependant censuré la disposition permettant d’imposer, par une convention de branche, un ou plusieurs organismes chargés d’assurer la couverture complémentaire de tous les salariés de la branche estimant, comme les sénateurs et députés UMP, qu’elle méconnaissait « la liberté contractuelle et la liberté d’entreprendre ».

 

[9] Communiqué de presse du ministère du Travail du 13 juin 2013 (http://travail-emploi.gouv.fr/actua...).

 

[10] Sans pouvoir entrer, ici, dans le détail de multiples dispositifs, rappelons quelques points forts du de la loi issu de l’accord : – Mise en place – a minima – d’une mutuelle pour tous les salariés. – Le plan de sauvegarde de l’emploi (plan social assorti de licenciements collectifs) devra faire l’objet d’un accord signé par les syndicats représentant la majorité des salariés à défaut, d’une homologation du plan de l’employeur par l’administration du travail. – Un accord majoritaire pourra proposer une réduction de salaire ou un aménagement du temps de travail contre un maintien dans l’emploi pour une durée maximale de deux ans. En cas de refus individuel, le salarié fera l’objet d’un licenciement économique. – Un accord signé par les syndicats représentant 30 % des salariés pourra autoriser l’employeur à mettre en place une mobilité obligatoire professionnelle ou géographique. Là aussi, en cas de refus, le salarié fera l’objet d’un licenciement économique. Pour un résumé de l’ANI voir La Nouvelle Vie ouvrière du 25 janvier 2013, page 26 ; pour une étude de la loi voir le dossier de La Nouvelle Vie ouvrière du 31 mai 2013, page 19, illustré par Babouse, les titres de chapitre de ce dossier sont éloquents : – Des accords de chantage à l’emploi. – Les salariés contraints à la mobilité. – Temps partiel, une durée minimale mais des dérogations à foison. – L’accès à la justice entravée pour les salariés. – Des contreparties bien modestes pour les salariés. – Les institutions représentatives du personnel fragilisées. – Licenciement, un nouveau plan de sauvegarde de l’emploi.

 

[11] Employeur qui n’est souvent, même dans les petites et moyennes entreprises, que le gérant d’une multinationale lointaine, d’un fonds spéculatif mystérieux.

 

[12] Le résultat des élections de représentativité donnant, au niveau national, une majorité à la triplette CFDT-CFTC-CGC, 44,73 %, contre 42,71 % à la CGT et FO qui ne pourront faire opposition à l’ANI, est une heureuse surprise pour le camp de la collaboration (Voir le site du Ministère du travail : http://travail-emploi.gouv.fr/espac...).

 

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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 09:56

logo-solidaires-industrie.jpgPSA veut supprimer 6000 emplois en 2012 : Préparons la riposte nationale !

jeudi 27 octobre 2011 par Solidaires Industrie

La plupart des salarié-e-s de PSA se doutait que la direction générale annoncerait des suppressions de postes dans les mois à venir, sans néanmoins accepter de tels choix. Ceux-ci sont d’autant plus un manque de respect, quand les salarié-e-s l’apprennent avant tout dans la presse, et connaissent des mesures de chômage partiel depuis au moins plusieurs mois. Les syndicats SUD de PSA, réunis au sein de l’Union syndicale Solidaires industrie, ont toujours été très clairs concernant l’emploi : le personnel n’a pas a subir des choix de la direction en matière de réductions des coûts, qui ne servent au final qu’à augmenter les bénéfices, et les plus hauts salaires des cadres dirigeants.

Vouloir supprimer plus de 10% des emplois dans le groupe PSA est une véritable provocation, à laquelle il faudra réagir sans tarder par une riposte syndicale, dans l’unité la plus large possible.

Au quotidien, la majorité des salarié-e-s de PSA, connaissent des conditions de travail désastreuses qui les frappent et marquent à vie ; Elles ne sont pas propres à PSA mais touchent de nombreux salarié-e-s entreprises du secteur de l’automobile (Renault, Toyota..) et leurs sous-traitants (Sevelnord, Lear, Trigo..). Aujourd’hui, en guise de remerciements, ce sont ces mêmes salarié-e-s qui seraient jeter dehors pour des considérations plus ou moins économiques de la direction. Bien entendu, les premiers touchés seront encore et toujours les intérimaires, secteur dans lequel Solidaires se développe afin de faire cesser la précarité.

La Francene sera pas le seul pays touché, mais il s’agit bien d’un plan au niveau Européen. Pour nous, ils n’est pas question de savoir les « pourquoi » du licenciement ou de le justifier « par une la crise » : le taux de marge recherché par le groupe PSA ne sera jamais un argument qui tiendra la route. Dans cette course à la concurrence, c’est toujours le personnel qui trinque. Ce que PSA fait aujourd’hui, Renault le fera demain.

Dans le même temps, plusieurs entreprises continuent de supprimer des emplois : Fralib, Fonderie du Poitou, M-Real... Notre Union syndicale réclame depuis longtemps un droit de véto pour les comités d’entreprise, notamment en matière de licenciements économiques et/ou de suppressions d’emplois.

Nous sommes convaincus que nous pouvons faire reculer la direction de PSA, en usant de méthodes légitimes, notamment par le recours à un mouvement de grève national. Les syndicats SUD de PSA, loin des beaux discours en CCE ou ailleurs, bien loin des compromis avec la direction, appellent l’ensemble des salarié-e-s à discuter dès maintenant de l’organisation d’une grève nationale reconductible. Ils mettront tout en œuvre, aux côtés de ceux qui veulent lutter contre les licenciements annoncés, pour faire en sorte d’obtenir satisfaction.

Tout est à nous, rien n’est à eux : Zéro licenciement chez PSA !

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20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 16:29

arton781-270x192.pngUn premier bilan du mouvement social contre la réforme des retraites par Solidaires.

 

 

 

 

Ce texte est issu des premières discussions nationales de Solidaires. Il n’a pas la prétention de tirer un bilan exhaustif et définitif d’un mouvement social d’une telle ampleur. Il devra être complété par les bilans tirés dans les secteurs professionnels et au plan local, avec tous ceux et celles qui se sont mobilisés et qui n’ont pas dit leur dernier mot dans la construction de luttes sociales d’ampleur pour imposer d’autres politiques ! Le mouvement contre la « réforme » des retraites a été exceptionnel, par sa durée, par l’ampleur des grèves, par le nombre de manifestations et de manifestant-e-s. Exceptionnel aussi, par les formes d’action mises en oeuvre. Exceptionnel enfin, par l’engagement de forces associatives ou politiques et par l’unité d’action syndicale qui s’est manifestée. Soutenu par une écrasante majorité de la population, il n’a pourtant pas réussi à faire reculer le gouvernement sur les points essentiels de son projet. Ce texte vise à essayer de faire une première analyse de ce mouvement, de comprendre les raisons de son échec et d’en tirer les leçons pour gagner la prochaine fois.

 

 

 

Un contexte de crise économique et sociale marqué par les affaires

 

 

La crise bancaire et financière, née aux Etats-Unis, a rapidement touché l’Europe et s’est transformée en récession.

 

Entre le deuxième semestre 2008 et le deuxième semestre 2009, le Produit Intérieur Brut (PIB) a reculé de près de 3 %. Les conséquences de cette récession ont été immédiates : licenciements et explosion du chômage, montée de la précarité, baisse de pouvoir d’achat. Cette situation aurait pu entraîner un climat de résignation, une acceptation fataliste de la crise et de ses conséquences. Tel n’a pas été le cas en France. Après le refus du Traité Constitutionnel Européen en 2005 et du Contrat Première Embauche en 2006, la population a confirmé son opposition au libéralisme.

 

Résistances sociales

 

Dans le secteur privé, malgré l’éclatement du salariat, les mouvements de grèves, souvent dures, contre les licenciements se sont multipliés et, la plupart du temps, les salarié-e-s ont réussi à obtenir des indemnités très nettement supérieures à ce que les employeurs prévoyaient d’accorder. Certes, cela n’a pas empêché les licenciements, mais la capacité de résistance des salarié-e-s a limité les dégâts.

 

De plus, face à la crise, et cela a été un élément décisif, le mouvement syndical est apparu uni. La constitution de l’intersyndicale s’est traduite par un document d’orientation commun adopté en janvier 2009 qui posait la question du partage des richesses comme un élément de réponse à la situation. Sur cette base, deux journées de grèves et de manifestations ont été organisées qui ont regroupé plus de 2 millions de manifestant- e-s le 29 janvier et près de 3 millions le 19 mars 2009. Une dynamique de mobilisation avait été créée. Mais celle-ci s’embourba car les divergences de stratégie au sein de l’intersyndicale n’ont pas permis le rebond rapide qui aurait pu l’amplifier et les échéances suivantes (1er mai, 24 mai et 13 juin 2009), ont été démobilisatrices, car trop lointaines. La question de l’efficacité d’une stratégie syndicale réduite à une suite de journées saute-mouton était posée.

 

Contre un gouvernement au service des riches

 

Au-delà, l’incapacité du gouvernement à répondre aux effets de la crise sur la population, alors même que, sans problème, des liquidités énormes avaient été mobilisées pour sauver le système bancaire, commençait à installer un sentiment de profonde injustice. Les avatars de l’affaire Woerth-Bettencourt qui révélaient au grand jour les liens étroits entre le pouvoir et les plus grandes fortunes de France, l’annonce de plans d’austérité destinés à satisfaire les institutions financières déjà sauvées par de l’argent public, la poursuite des attaques contre les services publics qui garantissent encore un minimum de droits à tous, ancraient dans les esprits le fait que ce gouvernement ne gouvernait que pour les plus riches. Sa légitimité était d’autant plus remise en cause que son projet sur les retraites contrevenait à une affirmation du président de la République qui avait explicitement indiqué, quelque temps auparavant, qu’il n’avait aucun mandat pour remettre en cause la retraite à 60 ans.

 

 

Les caractéristiques du mouvement

 

 

Tout mouvement social d’ampleur est porteur de caractéristiques qui lui sont propres et qui ne sont pas réductibles à celles de mouvements antérieurs. Le mouvement de 2010 se situe dans la lignée de ceux de 1995 contre le plan Juppé, de 2003 contre la réforme Fillon des retraites et de 2006 contre le CPE. Il a avec ces mouvements deux points communs. Le premier est l’importance donnée par les salariés au fait de descendre dans la rue. La manifestation est devenue, mouvement après mouvement, le moyen essentiel pour les salariés d’exprimer leur mécontentement et de montrer leur force. D’où l’enjeu de la controverse avec le pouvoir sur le nombre de manifestants, celui-ci devenant le baromètre du rapport de forces. Le second est l’enracinement en profondeur de la mobilisation, phénomène encore plus important cette fois. Plus les villes étaient petites et plus, proportionnellement, les manifestations étaient importantes. L’irrigation du tissu social est en effet plus facile dans des petites villes que dans des grandes métropoles, la région parisienne étant l’exemple emblématique d’une situation où le rapport entre le nombre d’habitant- e-s et le nombre de manifestant-e-s était particulièrement faible.

 

Des formes inédites et combinées

 

Cependant, au-delà de ces caractères traditionnels, le mouvement de 2010 possède des traits inédits qui méritent attention. L’un renvoie à la question de la grève. Lors des journées nationales décidées par l’intersyndicale, les chiffres de grèves n’étaient pas négligeables, alors même qu’une proportion de manifestante- s, qu’il est difficile d’évaluer, n’était pas en grève. Si cette attitude peut s’expliquer par des raisons pragmatiques - pourquoi perdre de l’argent lorsque l’on peut poser une RTT ?-, le relatif faible nombre de grévistes a été un handicap dans la construction des rapports de forces. De plus, les attaques tous azimuts menées par Nicolas Sarkozy depuis 2007 ont donné le sentiment d’un rouleau compresseur très difficile à arrêter ; beaucoup se posaient la question des moyens et de la hauteur du rapport de forces nécessaires pour pouvoir y mettre un coup d’arrêt.

 

Ce mouvement a connu une dimension intergénérationnelle, avec l’entrée dans le mouvement de lycéens et, dans une moindre mesure, des étudiant-e-s dont les organisations se sont impliquées dans les journées de mobilisation aux côtés de l’intersyndicale. Dans ce cadre, le travail d’explication fait en direction de la jeunesse scolarisée a permis que le pouvoir ne puisse s’appuyer sur un soutien de la jeunesse alors même que cette réforme était présentée au nom « des intérêts des jeunes générations » !

 

Il faut noter que la question des inégalités entre les femmes et les hommes a été particulièrement présente dans ce mouvement, contrairement à 2003. Les conséquences pour les femmes de l’allongement de la durée de cotisation, ont été un des ressorts de cette mobilisation, avec une présence forte des femmes dans les manifestations.

 

De la nécessité de la grève reconductible ...

 

Au-delà des journées décidées par l’intersyndicale, des grèves reconductibles ont éclaté dans un certain nombre de secteurs (SNCF, raffineries, énergie, collectivités territoriales, culture...) dans la foulée de la journée nationale du 12 octobre, après donc le vote à l’Assemblée nationale, mais avant celui du Sénat. Mais pourquoi si tard ? Sans doute parce que les salarié-e-s ne se lancent jamais de gaîté de coeur dans un mouvement de ce type et qu’ils ont espéré jusqu’au dernier moment pouvoir échapper à cette perspective.

 

Il a également fallu du temps dans ces secteurs pour convaincre les autres organisations syndicales. De plus, la grève reconductible n’est crédible pour les salarié-e-s qu’à partir du moment où les conditions d’un très haut rapport de forces ont été créées.

 

Dans les raffineries, les équipes de SUD Chimie Solidaires ont trouvé à leurs côtés des collectifs CGT clairement appuyés par leur fédération, qui avait réellement préparé cette grève reconductible. A la SNCF, SUD-Rail a d’abord privilégié l’unité syndicale, pour créer et faire grandir le rapport de forces : c’est l’appel commun à 24 heures, le 7 septembre. Ensuite, SUDRail a amené toutes les organisations à débattre de la grève reconductible, en menant campagne et posant un préavis illimité à compter du 23 septembre ; c’est ce qui a permis l’appel unitaire avec CGT, UNSA, CFDT, à partir du 12 octobre. Dans les Bouches-du-Rhône ou la Seine-Maritime, la grève reconductible a d’emblée touché plus de secteurs, parce que des appels intersyndicaux départementaux étaient lancés.

 

Ce mouvement a touché nombre d’entreprises du secteur privé, mais les équipes militantes à l’initiative (Solidaires, mais souvent CGT, parfois CFDT, FO…) n’ont pas pris le risque de l’isolement en constatant que « ça ne prenait pas » dans des secteurs réputés plus facilement mobilisables (Education nationale, La Poste, hôpitaux…).

 

A cela s’ajoutait, soit la faiblesse de la structure syndicale interprofessionnelle locale, soit le refus de celle-ci d’appuyer réellement les secteurs en grève.

 

Ces grèves ne se sont pas généralisées.

 

Il n’y a eu aucune extension de la grèvere conductible, même dans les endroits où des syndicats de Solidaires étaient fortement implantés. Les secteurs en grève reconductible n’ont pas été rejoints par les autres salariés.

 

… Aux difficultés de sa mise en oeuvre

 

Une première explication vient immédiatement à l’esprit : en période de crise, avec la menace du chômage, un pouvoir d’achat en berne et un endettement des ménages plus important, il est plus difficile de faire grève. A cela s’ajoute les échecs de ces dernières années dans le secteur public qui ont subit de profonds bouleversements et sont l’objet de démantèlements importants : éducation nationale, santé, poste, télécommunications…

 

Ces explications ont une part de réalité, mais paraissent trop générales pour être suffisantes, des contre-exemples existent lors de ce mouvement, des grèves dures ont déjà eu lieu dans des périodes similaires et la crise n’a pas, pour le moment, produit de sentiment d’abattement.

 

Une seconde explication, mettant en cause l’attitude de l’intersyndicale, est quelquefois avancée. Depuis le début, derrière la volonté de refuser le mot d’ordre de retrait, a perduré, pour la majorité de l’intersyndicale, l’idée qu’un affrontement avec le gouvernement pouvait être évité. Certes, si l’intersyndicale avait soutenu les actions en cours et appelé clairement à la grève, les choses auraient, peut-être, été différentes. Toutefois, outre qu’il était illusoire d’attendre ce type de déclaration compte tenu des positionnements des uns et des autres.

 

Un mouvement de ce type se décide fondamentalement à la base dans les assemblées générales. On ne peut donc rendre responsable l’intersyndicale seule de ce qui ne s’est pas passé. L’échec de l’extension de la grève renvoie à d’autres paramètres.

 

D’une part, le fait que le blocage de l’économie semblait s’effectuer progressivement sans qu’il y ait besoin que les autres salarié-e-s s’en mêlent. Le caractère stratégique du rail et des raffineries a pu ainsi sembler suffire, quitte à soutenir financièrement ces secteurs pour leur permettre de tenir. Le mouvement syndical a là une réflexion et des actions fortes à mener notamment en termes de formation et information, pour que les notions de mouvement de masse, de force collective, de dynamique propre à un collectif de grévistes, soient réappropriées collectivement et largement.

 

D’autre part, la hauteur des enjeux a pu aussi être un frein. Pour gagner, il aurait fallu une grève longue et chaque salarié- e rentre difficilement en grève reconductible en sachant qu’il peut partir pour un mois, voire plus, et ce d’autant plus que le caractère tardif du départ en grève reconductible semblait obérer les possibilités de succès.

 

Dans ce cadre, il faut se poser des questions sur le recours en permanence au mot d’ordre de grève reconductible et de la nécessité d’un conflit dur. Si un tel positionnement s’explique par la nécessité d’indiquer aux salarié-e-s la hauteur des enjeux, Ils ont pu pensé que, tout compte fait, le résultat était trop aléatoire. ? Enfin, la relative proximité des élections présidentielles et la promesse de la gauche de revenir sur les mesures d’âge, même si un scepticisme régnait dans l’opinion à ce sujet, a pu encourager l’idée selon laquelle on pouvait faire l’économie d’un conflit dur… même si c’est au mépris des enseignements du passé !

 

Un désir d’auto organisation

 

Le mouvement a produit des formes nouvelles d’organisations, au travers des Assemblées Générales interprofessionnelles unitaires locales et des pratiques sociales multiformes telles que les opérations de blocages de certains sites et les actions coup de poing, permettant de peser sur le fonctionnement de l’économie.

 

Certes, il ne faut pas exagérer, ni la diffusion de ces pratiques, ni le nombre de collectifs interprofessionnels locaux qui avaient une réelle surface unitaire et une capacité de mobilisation dépassant les simples réseaux militants.

 

De plus, de telles pratiques ne peuvent se substituer durablement à la grève qui est le seul moyen pour ancrer l’action dans la durée.

 

Cependant, même avec ces limites, ces pratiques augurent d’une volonté d’action unitaire, d’un désir d’auto-organisation et d’une détermination à agir de façon efficace qui laisseront des traces pour l’avenir. Elles confirment la nécessité de repenser l’action de manière transversale et interprofessionnelle, de l’articulation salarié-e-s/usagers/citoyens, et donc de l’activité syndicale interprofessionnelle locale.

 

 

Les débats de l’intersyndicale

 

 

L’unité syndicale a permis que la mobilisation prenne le tour massif que l’on a connu. Cette unité a donné confiance aux salarié-e-s et a isolé le pouvoir qui, contrairement à ce qui c’était passé en 2003, n’a pu compter sur aucune organisation syndicale pour accompagner son projet. L’attitude du gouvernement, qui a refusé de négocier la moindre mesure significative, a obligé toutes les organisations à considérer que le projet de loi était inacceptable.

 

Cependant, cette unité n’a pas empêché que s’expriment des divergences plus ou moins importantes.

 

Plusieurs débats ont traversé l’intersyndicale : le contenu des revendications, la place des retraites dans la mobilisation et la stratégie d’action.

 

Un projet alternatif pour un enjeu central

 

Le premier a porté sur le contenu du dossier des retraites. Si les organisations syndicales étaient opposées au report des âges de départ à la retraite, des divergences importantes existaient sur le reste du dossier. Par exemple, la CFDT est favorable à l’augmentation de durée de cotisation et à une « réforme systémique » visant à transformer le régime actuel en régime par points ou par comptes notionnels. Il a donc été impossible d’élaborer des propositions communes qui auraient pu servir de projet alternatif. Cependant ces divergences importantes ont peu pesé sur les mobilisations.

 

En effet, le gouvernement refusant de négocier, les points qui auraient pu faire éclater l’intersyndicale sont restés sous le boisseau. De plus, un accord minimum, au moins sur le plan des principes, a pu voir le jour. Ainsi le communiqué CFDT, CGT, FSU, Solidaires, UNSA du 6 mai 2010 affirmait :

 

« Concernant les retraites, elles rappellent que l’emploi “en quantité, en qualité et qualifié, reconnu et valorisé” doit devenir une priorité dans les entreprises et les administrations pour redonner du sens au travail, à la société toute entière. C’est une source de financement incontournable pour assurer le devenir et la pérennité de notre système de retraites par répartition basé sur la solidarité intergénérationnelle. Une plus juste répartition des richesses, la réduction des inégalités, l’égalité entre les Femmes et les Hommes au travail s’imposent aussi pour garantir à tous un bon niveau de vie à la retraite. L’âge légal de départ en retraite à 60 ans doit être maintenu. La pénibilité du travail doit être reconnue et ouvrir des droits à un départ anticipé à la retraite ».

 

Un deuxième débat a porté sur la place à donner à la question des retraites dans l’appel aux mobilisations lancées par l’intersyndicale. Alors qu’il était clair que le président de la République en faisait un enjeu central de sa politique et que cette question était au coeur des plans d’austérité dans tous les pays européens, la majorité de l’intersyndicale a longtemps considéré que c’était un sujet parmi d’autres. Le compromis s’est donc fait pour des appels à la mobilisation sur un triptyque emplois/salaires/retraites. Il a fallu attendre le 31 mai 2010, alors que les mesures phares du projet gouvernemental étaient déjà largement connues, pour qu’un communiqué de l’intersyndicale soit enfin centré sur la question des retraites. Une des raisons de cette attitude tient au fait que certaines organisations pensaient qu’il serait possible d’éviter un affrontement, dont elles ne voulaient pas, avec le pouvoir sur ce sujet espérant que le gouvernement se déciderait à ouvrir des négociations.

 

Une dynamique de confrontation

 

Dans le prolongement de ce débat, un troisième a porté sur la stratégie. Solidaires a été la seule organisation nationale à défendre une stratégie de construction d’une grève générale reconductible et interprofessionnelle, la seule qui selon nous était à la hauteur des enjeux pour gagner. Deux points de vue se sont confrontés dans l’intersyndicale. Le premier était porté par Solidaires et la FSU qui sur la base de l’analyse que l’attitude du gouvernement rendait l’affrontement inévitable, visait à en construire les conditions.

 

Ainsi, nous avons d’abord insisté sur le fait qu’il fallait créer une dynamique de mobilisation en ne répétant pas l’erreur de 2009 qui avait vu l’intersyndicale programmer des journées très espacées. Il fallait au contraire, en s’appuyant sur le succès d’une journée, rebondir très vite pour permettre d’amplifier la mobilisation et créer ainsi, journée après journée, un climat de crise sociale dans le pays.

 

De l’importance du rythme

 

Ce débat s’est cristallisé après le succès historique du 7 septembre. Alors que le gouvernement pensait que cette journée marquerait le début de la fin pour le mouvement, pas loin de 3 millions de personnes manifestaient dans toute la France. Le vote de la loi à l’Assemblée nationale étant prévu pour la mi-septembre, Solidaires proposa qu’une nouvelle journée, le samedi ou en semaine, ait lieu avant cette échéance, pour profiter de la dynamique créée par la réussite du 7 septembre. Bien qu’appuyé par la FSU, cette idée fut refusée par les autres organisations syndicales qui préférèrent la date du 23 septembre, ce qui amena Solidaires à ne pas signer le communiqué commun (accepté au final par la FSU). Il aura fallu attendre l’après 2 octobre, après donc le vote à l’Assemblée nationale, pour que se suive une série de journées de mobilisations rapprochées.

 

Au-delà du problème du rythme des journées nationales de grèves et de manifestations, une seconde question se posait. Une suite de journées, même massivement suivies, suffiraient-elles à faire céder le président de la République ? Au vu de l’intransigeance affichée et de l’enjeu du dossier, il était clair que la réponse à cette question était négative.

 

D’où le fait que Solidaires ait mis dans le débat parmi les salarié-e-s la question de la grève reconductible. Celle-ci ne se décrète pas par le haut et doit être décidée directement par les salarié- e-s concernés. Mais il est du rôle des organisations syndicales de poser cette question aux salariés, ce que l’intersyndicale s’est refusée à faire.

 

Élargissement et radicalisation

 

Lors des rares discussions sur ce sujet dans l’intersyndicale, des arguments ont été invoqués, notamment par la CGT, pour refuser cette perspective : celui du refus de la grève par procuration et la mise en avant d’une opposition factice entre élargissement et radicalisation. La CGT indiquait qu’elle était opposée au fait que seuls certains secteurs démarrent en grève reconductible, un départ en grève devant se faire, pour cette organisation, tous en même temps. Cet argument s’appuie sur une crainte qui n’est pas sans fondement, celle que les secteurs les plus avancés restent isolés et s’épuisent. Il méconnaît cependant la logique d’un départ en grève reconductible. Une telle grève diffère fondamentalement d’une grève de 24 heures, non seulement par sa durée, mais par les conditions de son déclenchement. Autant une grève interprofessionnelle de 24 heures n’est concevable que « tous ensemble », autant une grève reconductible ne peut partir que des secteurs les plus organisés et les plus mobilisés.

 

Ceux-ci, à un moment donné, et parce que les circonstances s’y prêtent, peuvent entraîner les salarié-e-s des autres secteurs d’autant plus facilement qu’une impulsion unitaire y incite, même si évidemment il n’existe aucune garantie absolue en la matière. Toute stratégie contient nécessairement une part d’incertitude et vouloir l’éliminer avant d’agir ne peut que mener à la paralysie. Par ailleurs, si on veut que tout le monde parte en grève en même temps, cela ne peut que se faire par un appel national… que la majorité de l’intersyndicale refusait de lancer.

 

Enfin un autre point de divergence est apparu alors que se multipliaient les opérations de blocage organisées unitairement au niveau local et les grèves reconductibles dans certains secteurs.

 

L’intersyndicale a refusé, de soutenir explicitement ces mouvements, ce qui a amené Solidaires à ne pas signer le communiqué du 21 octobre. De plus, ce communiqué parle du « respect des biens et des personnes », ce qui sonnait comme une condamnation des actions de blocages alors que celles-ci se développaient.

 

Le bilan global de l’intersyndicale est donc contradictoire. D’une part, l’unité syndicale a été la condition indispensable du caractère massif d’un mouvement qui dure. Elle a embarrassé le pouvoir et a fortement redonné de la crédibilité à un syndicalisme historiquement divisé. D’autre part, le refus affirmé de la majorité de l’intersyndicale d’aller vers un affrontement, les divergences entre organisations l’ont empêché de promouvoir une stratégie efficace pour gagner. Cette contradiction, qui risque de perdurer dans l’avenir, pose la question de la stratégie de Solidaires.

 

 

La stratégie de Solidaires

 

 

Une stratégie se définit par rapport à ses objectifs, et en fonction de la réalité, dont les moyens dont dispose une organisation pour mettre en oeuvre cette stratégie. L’objectif de Solidaires était double. D’une part, empêcher une nouvelle régression en matière de retraite.

 

Au vu du contenu du projet de loi, cet objectif s’est traduit pour nous par l’exigence de son retrait. D’autre part, nous ne nous satisfaisons pas de la situation actuelle en matière de retraite, d’où notre exigence d’une véritable réforme des retraites qui passait, entre autres, par revenir sur les mesures Balladur et la loi Fillon de 2003. Il s’agissait donc d’objectifs ambitieux, qui, pour être réalisés, devaient s’appuyer sur une mobilisation de très haut niveau.

 

Plusieurs obstacles se dressaient devant nous pour la mise en oeuvre de cette perspective. Le premier renvoyait au fond du dossier. Face à la propagande gouvernementale, il fallait être capable d’envoyer un message clair pouvant être porté le plus largement possible. Compte tenu des divisions syndicales sur le sujet, il était impossible qu’un tel message fut porté par l’intersyndicale et ce d’autant plus que pendant toute une période, la question des retraites n’a été pour elle qu’une question parmi d’autres.

 

La bataille des idées

 

L’appel initié par Attac et la fondation Copernic « Faire entendre les exigences citoyennes sur les retraites » a permis de lever en partie cet obstacle. Certes, le nombre de signatures syndicales n’était pas satisfaisant : engagement fort de Solidaires, moindre de la part de la FSU (la secrétaire générale n’a pas signé l’appel), peu de signatures CGT. Cependant, cet appel a été largement signé par des intellectuel- le-s, un grand nombre d’économistes largement reconnus dans leur milieu et par un large éventail de personnalités de forces politiques de gauche et écologistes. La qualité des signataires et leur nombre traduisant la conscience de l’enjeu de société de la bataille sur les retraites.

 

Cet appel a permis de cadrer d’emblée les axes de notre bataille : le refus de la fatalité démographique et le partage de la richesse produite. Il a représenté un outil utile à la mobilisation en montrant, au moins à une partie de la population, qu’une autre politique était possible.

 

Le second obstacle résidait dans la nécessité d’engager le plus rapidement possible un travail de mobilisation citoyenne, visant à mettre la question des retraites au centre du débat public. Le rythme et la pluralité des thèmes avancés lors des journées de grèves et de manifestations de l’intersyndicale ne contribuaient que très partiellement à le faire. L’appel Attac- Copernic allait permettre de dépasser en partie ces limites. En effet, sur la base de l’appel, des collectifs unitaires locaux, à géométrie variable, ont commencé à se mettre en place et un travail de mobilisation citoyenne a pu être ainsi engagé qui s’est traduit par des centaines de réunion publiques, commencées dès avant l’été, certaines prenant la forme de meeting unitaires, d’autres de réunions centrées sur l’analyse du projet. Ces éléments ont indéniablement contribué à la prise de conscience des enjeux et à préparer les esprits à la nécessité de la mobilisation, même si ces réunions n’ont en général réuni que la frange militante large. Au plan syndical Solidaires et FSU se sont investis nationalement dans cette campagne, rejointes parfois par la CGT locale.

 

Affrontement central avec le pouvoir

 

Pour Solidaires, il s’agissait de préparer un affrontement central avec le pouvoir. Affrontement que l’intransigeance du président de la République rendait inévitable. Pour cela, nous avons mis en débat, parmi les salarié-e-s, l’idée de grèves reconductibles. De plus, nous avons essayé de faire en sorte que les journées de grèves et de manifestations décidées par l’intersyndicale soient un point d’appui La stratégie de Solidaires pour permettre d’enclencher une dynamique de confrontation.

 

Malgré leurs limites - rythme trop espacé, pluralité des thèmes abordés -, les trois journées de grèves et de manifestations d’avant les vacances (23 mars, 27 mai, 24 juin), auxquelles il faut rajouter le 1er mai, ont permis une forte montée en puissance du mouvement. Cependant celle ci n’a aucunement ralenti le rythme du gouvernement qui a fait adopter le 13 juillet son projet de loi en Conseil des ministres avec l’objectif d’un vote à la mi-septembre à l’Assemblée nationale.

 

Avec un appel à une nouvelle journée de grèves et de manifestations dès le 7 septembre, l’intersyndicale semblait prendre conscience que le temps était compté.

 

Pour Solidaires, il était clair qu’il fallait alors accélérer le rythme des mobilisations pour essayer d’installer un climat de crise sociale avant le vote de l’Assemblée. D’où notre proposition sur la base du succès du 7 septembre, d’une nouvelle journée dans un délai très rapide. Le refus des autres organisations (sauf la FSU) et la décision d’attendre le 23 septembre nous a fait perdre un temps précieux et a permis que l’Assemblée Nationale puisse voter le projet de loi relativement tranquillement. Les rapports de forces au sein de l’intersyndicale ne nous ont donc pas permis d’en dépasser les limites, et ce d’autant plus que, si la question de la grève reconductible commençait à être discutée dans certains secteurs, aucun mouvement significatif n’a eu lieu à cette date. Il a fallu attendre la journée du 12 octobre pour que s’enclenchent des mouvements de grève reconductible, notamment à la SNCF et dans les raffineries et que se mettent en place des opérations de blocage décidées unitairement localement, alors même que le processus législatif touchait à sa fin.

 

Pour essayer de lever ces obstacles, nous avons participé, autour du 23 septembre, au lancement d’un appel de syndicalistes unitaires pour la grève générale, l’exigence d’une autre répartition des richesses et la nécessité pour les syndicalistes de lutte de s’organiser dans la durée au-delà des appartenances syndicales. Ce premier appel, dans une période où il n’y avait pas encore de mouvement reconductible, est resté trop limité. Cela nous a conduit à reposer la question quelque temps plus tard ; un nouvel appel a été lancé dans la semaine du 12 octobre, centré sur la nécessité d’un mouvement reconductible, et a été plus largement signé. Malgré les centaines de signataires (Solidaires, CGT, FSU, CFDT, FO, CNT, STC, UGTG, CDMT, LAB), ces appels ont été très peu utilisés alors qu’ils auraient pu être utiles pour peser sur la stratégie majoritaire dans l’intersyndicale.

 

 

Conclusion

 

 

Ce mouvement social a permis de tisser des liens interprofessionnels et intergénérationnels. Il a redonné de la légitimité à la lutte, à la grève, aux manifestations et aux actions de blocage… Cette force du mouvement social devrait se retrouver dans les combats futurs. Ce mouvement a montré que le syndicalisme est un outil indispensable. Mais cet outil doit être amélioré, mieux adapté aux enjeux. Lieu de convergence, de débats et d’unité de l’ensemble des salarié-e-s, le syndicat doit être plus fort dans les entreprises où il existe, et nous devons en créer là où il n’y en a pas ou plus. Ce mouvement montre l’importance du syndicalisme interprofessionnel : coordination de l’information, appui et extension des luttes, connaissance des statuts de chacun pour mieux lutter contre la division qu’instaure le patronat, solidarité, décisions collectives à la base, … Pour permettre à plus de salarié-e-s de s’engager, il faut leur proposer de l’information et de s’investir concrètement dans l’action syndicale et dans les luttes. L’Union syndicale Solidaires voit actuellement la création de nouveaux syndicats, la mise en place de nouvelles structures interprofessionnelles locales. Développer la syndicalisation, c’est contribuer à nos prochaines victoires sociales !

 

Le mouvement social n’a pas réussi à bloquer la contre-réforme des retraites. En ce sens, le pouvoir a gagné. Mais les conditions de sa victoire font que celle-ci risque fort d’être une victoire à la Pyrrhus.

 

En effet, le gouvernement ressort totalement isolé et ce n’est pas la caricature de remaniement ministériel qui va changer cette situation. Le mouvement syndical, malgré des divergences est resté uni et son action a été massivement soutenue par la population. Des points fondamentaux ont été installés dans le débat public, comme le partage de la richesse produite, la question des inégalités hommes femmes ou celle de la pénibilité du travail.

 

Ils ne disparaîtront pas. Au-delà même de la question des retraites, s’est cristallisé un refus global des politiques néolibérales menées depuis des années. Ce mouvement a posé plus fondamentalement la question des alternatives. Il appartiendra au mouvement syndical de participer à leur élaboration.

 

18 décembre 2010

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Published by Communistes libertaires de la CGT - dans Du côté des autres syndicats
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