Les communistes libertaires sont un des courants fondateurs de la Cgt, sur une base anticapitaliste et révolutionnaire. Nous entendons renouveler ce combat, en intégrant les évolutions de la société d'aujourd'hui.
Ni la période des congés ni les journées confédérales d’été (réservées aux dirigeants de fédérations et d’UD et dont les débats restent secrets) n’ont permis de forger une ligne claire en riposte aux mesures d’austérité qui se succèdent en vagues irrésistibles. Pourtant dans un contexte difficile, il serait important que notre confédération aligne des propositions novatrices, ambitieuses et mobilisatrices. Trois débats retiennent notre attention :
En Ile de France différentes structures portaient l’exigence d’un meeting de rentrée de masse (pas une petite salle sur réservation comme l’an passé) afin de mobiliser les militants et donner la pêche aux délégués dans les boites et présenter une CGT à l’offensive. Cela n’aura pas été possible et c’est dommage.
Autour du 16 octobre différentes structures demandent qu’on ne se contente pas d’une vague journée en plus, une journée sans lendemain, une journée sans objet précis, une journée qui n’ouvre la porte à aucun succès et qui contribue au final à démoraliser les franges les plus combatives. Par exemple la fédération des Métaux porte l’idée de faire une vraie manif nationale à Paris qui se conclurait par un meeting monstre. Associée à l’idée d’un rassemblement devant le salon de l’automobile le matin, salon qui se tient sur la même semaine. Rien de révolutionnaire en soi mais une proposition qui cherche à ouvrir la porte aux mobilisations sociales avec plus d’ampleur. Là encore la direction confédérale bloque et maintien la proposition des manifs régionales, comme d’habitude… D’autres structures, moins nombreuses hélas, s’inquiètent de voir qu’aucune volonté unitaire sérieuse n’est affichée par la confédération pour un succès maximum du 16.
Enfin les structures CGT qui s’étaient engagées dans la grande manif du 12 avril dernier continuent sur leur lancée pour construire dans la rue une sanction politique contre les politiques austéritaires, unissant les drapeaux syndicaux, associatifs et politiques dans le respect et l’indépendance de chacun. Le Collectif AAA est né. Le bébé est fragile mais promet de grandir ! Là encore la direction confédérale est aux abonnés absents.
Tous ces débats étant largement ouverts, les travailleurs et militants combatifs doivent s’en saisir pour que la CGT fasse les bons choix. Ceux de l’unité et de la lutte.
Nous publions ci-dessous le premier communiqué du Collectif du 12 avril rebaptisé AAA :
Collectif AAA
Collectif national alternative à l’austérité
COMBATTONS L’AUSTÉRITÉ
ENSEMBLE RECONSTRUISONS L’ESPOIR
Nous n’en pouvons plus. Le chômage gonfle, boucler le mois devient très compliqué. Les aides sociales reculent, les services publics sont asphyxiés, démembrés, fermés, y compris les services de proximité alors que les usagers se mobilisent pour les défendre. Se soigner, se nourrir et se loger décemment, s’occuper de ses enfants ou de ses parents, devient un parcours du combattant. Partout, nous ne rencontrons que du mépris. Mépris pour les chômeurs auxquels on propose des métiers déqualifiés, des bas salaires, des temps partiels sous-payés, et qu’ils doivent accepter à moins d’être radiés. Mépris, quand les loyers et les charges augmentent et qu’il ne reste rien pour vivre. Mépris, quand dans les HLM, faute de budgets sociaux, les plafonds se fissurent, les ascenseurs sont régulièrement hors service. Mépris quand, à la limite du surendettement, EDF ou GDF-Suez exigent que les factures soient réglées ou sinon, c’est la coupure de l’électricité ou du gaz. Mépris pour celles et ceux qui restent sur le carreau, « en vrac », quand les firmes débauchent même si leurs actions flambent. Mépris partout quand on est blacks, beurs, ou sans-papiers surexploités et sans droits. Mépris, quand après 40 ans au boulot, ne reste qu’une retraite de misère. Mépris quand la concurrence au travail nous casse, parfois tue, et qu’il faut faire toujours plus avec moins de moyens. Enfin, mépris, dans la bouche des dirigeants patronaux et politiques, quand on laisse entendre que cette situation serait de la faute de ceux qui trinquent.
Toutes ces galères font monter une immense colère, chez celles et ceux qui les subissent ou qui les voient sévir autour d’eux. Cette colère est légitime. Nous devons transformer cette colère en une force qui fasse cesser les galères, et impose un autre modèle de société, égalitaire et solidaire.
Vite, très vite ! Car l’exaspération produit aussi du « chacun pour soi » et la guerre des pauvres contre de plus pauvres qu’eux, dont se nourrit le Front National.
Les galères ne viennent pas de nulle part. C’est le résultat du système capitaliste, des politiques libérales et patronales menées depuis des décennies. Depuis 2012, le Président de la République, dans la lignée de son prédécesseur, a enrichi les riches et appauvri les pauvres. Alors que son impopularité tourne aujourd’hui à l’illégitimité, Hollande poursuit sa politique de régression sociale. En plus, il décide autoritairement une réforme des collectivités locales, qui
Nous devons transformer cette colère en une force qui fasse cesser les galères
va attaquer plus encore la démocratie et les services publics locaux. Le gouvernement Valls 2, en plein accord avec le MEDEF , donne de nouveaux gages au patronat : démantèlement du code du travail, coupes multipliées dans les dépenses publiques et sociales, accélération des exonérations fiscales pour le capital, démolition de la loi Allur, attaques sur la politique familiale.
Toujours tout aussi autoritairement, au plan international, se négocient dans le plus grand secret des accords de libre échange qui auront des impacts lourds en termes de pouvoirs renforcés des multinationales, de chômage supplémentaire, mal-bouffe. Et se poursuit l’alignement sur la politique étrangère américaine.
L’austérité n’est pas pour tout le monde. Pendant que nous payons, pour eux, les milliards qu’ils empochent, le CAC 40 et les banquiers se gavent : 40 milliards de dividendes versées aux actionnaires en 2013, 5% de plus qu’en 2012.
Cette politique n’est faite ni pour le peuple, ni par le peuple : Il n’a pas voté cela ! Ces nouveaux seigneurs nous gouvernent, circulent et font carrière des sommets de l’Etat aux banques ou aux directions du CAC 40, font leur loi… et se croient au-dessus de la loi.
Cette politique, nous n’en voulons plus. Nous disons : « ça suffit » ! Et nous la combattons.
Beaucoup résistent. Mais nos mobilisations sont trop éparses. Nos combats doivent converger.
Si nous tous, citoyens et citoyennes, salarié-e-s, privé-e-s d’emploi, retraité-e-s, syndicalistes, militant-e-s associatifs et politiques, actrices et acteurs du monde de la culture et du sport, nous nous rassemblons, nous rendrons possible une alternative, une autre politique sociale et solidaire, écologiste et féministe, démocratique.
Nous sommes avec celles et ceux qui luttent et redressent la tête. Avec les salariés qui se battent pour leurs salaires, leurs emplois, leurs droits. Avec les chômeurs, les intermittents, les précaires. Nous sommes dans les luttes pour les droits au logement, à l’éducation, à la santé. Nous sommes dans les luttes des femmes, des migrants, pour faire reculer toutes les discriminations, les exclusions, le racisme, la répression. Nous sommes dans les luttes contre les reculs de la démocratie, à l’oeuvre aussi dans les entreprises et les administrations. Nous nous battons contre les projets qui ravagent notre planète et notre environnement.
Nous voulons construire des ponts entre toutes ces luttes.
Nous voulons organiser des mobilisations et des actions communes, localement et nationalement, pour combattre l’austérité et nous en sortir. Le plus rapidement possible.
Partout, nous invitons au lancement de collectifs locaux pour mettre en place des cadres d’actions et de mobilisations communes, soutenir, aider, développer les luttes.
Nous voulons aussi ouvrir un vaste débat, national et local. Comment faire reculer le chômage, quels droits, y compris nouveaux pour les salariés, les citoyens, quelle politique pour le logement, la santé, l’éducation, la culture ? Nous voulons inverser cela : montrer ce que veut et peut le plus grand nombre. Nous voulons qu’on invente les solutions ensemble, en les discutant dans les quartiers, les villes, les entreprises, et sans exclusive : avec toutes celles et tous ceux qui viendront faire entendre leurs exigences sociales contre l’austérité. Nous nous proposons de d’élaborer, mettre en débat ensemble des mesures d’urgence.
Il est plus qu’urgent de nous rencontrer, urgent de résister, urgent de reprendre le contrôle de nos vies, urgent d’empêcher qu’on nous les vole, urgent d’imposer d’autres choix. C’est le but de notre collectif, qui s’est donné pour tâche de réunir mouvement associatif, mouvement syndical et mouvement politique, afin de porter une alternative à l’austérité dans le débat politique et dans la rue.
Paris, le 10 septembre 2014