Les communistes libertaires sont un des courants fondateurs de la Cgt, sur une base anticapitaliste et révolutionnaire. Nous entendons renouveler ce combat, en intégrant les évolutions de la société d'aujourd'hui.
Après le 9 avril...
une pétition pour la tenue d’une conférence sociale sur les salaires.
On se moque du monde?
Partant des difficultés à mobiliser contre les attaques du patronat et du gouvernement à son service et de l’état de division syndicale, notamment sur les suites du 9 avril, la commission exécutive confédérale du 30 avril dernier part de l’idée, pas idiote, qu’il faut que la CGT avance seule sur la question des salaires, qui est centrale chez les salarié-e-s. Une pétition, outil qui incite les équipes militantes à aller au contact de tous les salarié-e-s et à être visibles, peut être un bon outil. Sauf que la revendication de la pétition en question c’est… la tenue d’une conférence sociale sur les salaires ! Le texte :
« Moi, salarié-e, retraité-e, étudiant-e, chômeur-se :
je demande l’augmentation du Smic, du point d’indice des fonctionnaires et des minimas sociaux de 10 % au 1er juillet 2015 ;
je soutiens la proposition de la CGT pour la tenue d’une conférence sociale sur les salaires, convoquée par le gouvernement avant mi-juillet 2015 sur :
Pourquoi ne pas exiger l’augmentation de tous les salaires?
Premier élément surprenant dans ces exigences : on demanderait l’augmentation du salaire de tous les fonctionnaires (dégel du point d’indice), mais juste l’augmentation du SMIC pour le privé.
Il s’agit ainsi de porter des revendications sur lesquelles le gouvernement peut directement agir (SMIC, point d’indice) et de demander que celui-ci, en temps qu’arbitre entre les « partenaires sociaux », convoque une conférence sociale afin de convaincre le patronat, lors de discussions à froid, de discuter des salaires en général.
Allez expliquer ça aux collègues : « la CGT défend directement l’augmentation de tous les salaires dans le pubic mais pas dans le privé car tu comprends pour ça il faut une conférence sociale et c’est donc important que tu signes ».
On est bien loin d’une démarche de construction d’une riposte partant des exigences des salarié-e-s (augmentation uniforme de tous les salaires) afin de faire monter la sauce sur le reste.
Pourquoi des objectifs si ridicules?
La CEC du 30 avril a donc décidé les objectifs suivants :
« - Une semaine de mobilisation et de déploiement sur les revendications salariales avant le CCN (semaine du 18 au 23 mai), avec lancement d’une pétition nationale de toute la CGT sur les lieux de travail.
En dehors du fait que ces objectifs ne sont pas du tout mis en oeuvre à l’heure où ces lignes sont écrites, ils sont complètement au rabais par rapport à la situation. Pourquoi cet objectif ridicule de 100000 signatures (1/6 des effectifs de la CGT). Et pourquoi ne pas la proposer aux autres organisations syndicales, afin de forcer le front du 9 avril à se maintenir? `
Là encore, la CEC est entièrement tournée vers la tenue d’une conférence sociale au lieu de réfléchir en terme de mobilisation des salarié-e-s. Si une telle conférence se tient, comme chaque année, en juillet, alors la CEC veut boucler la pétition pour cette date et adapte donc son objectif en conséquence à 100000 signatures avec un temps fort complètement irréaliste cette semaine.
L’objectif devrait au contraire être de converger vers une mobilisation nationale sur les salaires, pas de discutailler à froid avec patronat et gouvernement.
Faut-il participer à une hypothétique conférence sociale?
Comment Martinez aborde cette question (CEC du 30 avril) :
« Puisqu’on a dit que la question du pouvoir d’achat était une question prioritaire pour les salariés pour la relance de l’économie, on a demandé que la prochaine conférence sociale thématique soit sur les salaires.
Ce n’est pas l’objectif du gouvernement et du MEDEF. Eux, ils ont dit « on note », peut-être qu’on l’aura en décembre ou janvier de l’année prochaine, mais eux, dans l’idée, la prochaine c’est contrat de travail et faciliter les licenciements.
On voit bien qu’ils veulent polariser notre attention, et d’autres organisations syndicales font beaucoup de bruit autour de la question du contrat de travail. A force d’en discuter, on va à nouveau être confrontés à ça. Ou alors c’est nous qui plantons le décor.
L’idée qu’on ait une exigence d’une conférence sociale thématique sur les salaires avant fin juin, je pense que ça correspond à une réalité et à une attente. »
Drôle d’approche : si on mobilise sur les salaires ça n’est pas pour détourner l’attention des attaques centrales autour du contrat de travail, mais au contraire pour tirer toujours plus loin et être en mesure d’affronter les attaques comme l’ANI, la loi Macron, celle sur le dialogue sociale ou les prochains mauvais coups !
Aux vues des attaques qu’on prend dans la gueule ces dernières années, il est complètement illusoire de laisser penser que le patronat acceptera d’augmenter les salaires sans mobilisation massive des salarié-e-s.En conséquence, la CGT serait bien plus avisée comme l’an dernier de boycotter la conférence sociale (voir à ce sujet) et d’organiser une mobilisation courant juin, partant des salaires mais élargissant aux autres attaques.
En conclusion
Cette orientation n’a rien de surprenant de la part d’une CEC inchangée, que ça soit dans sa composition et son orientation, depuis la montée au créneau qui a suivi l’affaire Lepaon. Il nous faut maintenant débattre largement de ces orientations avec les syndiqués, faire vivre un autre syndicalisme dans nos structures, afin à la fois de construire la riposte et de préparer le 51e congrès.