Les communistes libertaires sont un des courants fondateurs de la Cgt, sur une base anticapitaliste et révolutionnaire. Nous entendons renouveler ce combat, en intégrant les évolutions de la société d'aujourd'hui.
Nous avons appris, au soir du 1er mai, le décès à 47 ans d’Isabelle Banny, ancienne secrétaire générale de l’union locale CGT de Longwy.
Militante courageuse et intègre, elle faisait de l’action directe des salarié-e-s la colonne vertébrale de l’action syndicale. En cela, elle était pour nous une des figures marquantes de « l’autre CGT », celle de la base combattante, bien différente de sa direction confédérale.
Les militantes et les militants d’Alternative libertaire l’avaient rencontré une première fois en 2001, à l’occasion du mouvement de lutte contre les licenciements chez Lu-Danone, Marks & Spencer, Air Liberté… Isabelle flirtait ouvertement avec l’anarcho-syndicalisme, et on peut dire qu’avec elle, le courant était bien passé.
Quelque temps plus tard, elle soutenait de toutes ses forces la lutte des salarié-e-s de Daewoo-Orion, en butte à une coalition patronale et étatique impitoyable. Elle avait donné une interview à ce sujet dans Alternative libertaire (voir plus bas). Alors que la confédération CGT ne prenait aucune initiative, elle avait été une des chevilles ouvrières de la convergence des entreprises en lutte contre les licenciements le 21 mars 2003 à Paris, et avait été interpeller Bernard Thibault à ce sujet dans la rue.
Manifestation du 21 mars 2003 Le 21 mars 2003, Isabelle Banny (UL-CGT de Longwy) et Marc Taillefer (ACT Manufacturing Angers) interpellent le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, sur l’inaction confédérale face aux licenciements. © AL Paris-Sud
Nous l’avions perdue de vue depuis quelques années, mais nous sommes persuadés qu’elle était restée la militante qu’elle était : joviale avec les camarades, intraitable avec les puissants. Le 1er mai à Longwy, les manifestantes et les manifestants ont observé une minute de silence en sa mémoire. Alternative libertaire s’associe à la douleur de sa famille, de ses amis et des syndicalistes de Longwy.
Alternative libertaire, le 2 mai 2011
Isabelle Banny (UL-CGT Longwy) : « Réaliser l’unité des travailleurs du public et du privé »
Isabelle Banny est secrétaire générale de l’UL CGT-Bassin de Longwy. Nous l’avons interrogée sur la situation à l’usine Daewoo-Orion et sur le rassemblement des travailleuses et des travailleurs victimes des fermetures d’entreprises (ACT, Metaleurop, etc.).
Alternative libertaire : Après l’incendie qui a détruit l’usine Daewoo, où en est la lutte ? Quelles actions ont entrepris les syndicats ?
Isabelle Banny : L’incendie n’a fait qu’accélérer la mise en liquidation judiciaire de Daewoo qui a été prononcée le 27 janvier, de fait Daewoo ne paiera pas un centime du plan social. Depuis, l’intersyndicale FO-CFTC-CGT continue la lutte, elle trouve inacceptables les propositions de l’État et l’accord conclu avec la CFDT qui propose 6.5 millions d’euros de l’État et 2 millions d’euros de la région. C’est ridicule par rapport aux 33 millions d’euros de subventions qu’a reçu Daewoo, pour la grande majorité des travailleurs ça veut dire une somme misérable, ils ne peuvent se satisfaire des 5 700 balles du chômage. L’État a tiré parti des divisions syndicales, dès le début du mois de janvier, la CFDT s’est désolidarisée de l’intersyndicale au moment où on a radicalisé la lutte, avec l’ultimatum et la menace de déverser des produits chimiques dans la Chiers. Depuis, la CFDT n’a cessé de casser le mouvement, elle a adopté une position de partenariat avec les pouvoirs publics et n’a proposé aucune action, elle a même été jusqu’à mettre l’incendie sur le dos de l’intersyndicale.
Le 21 mars, vous défilez avec le mot d’ordre « Unité d’action contre les suppressions d’emploi et la précarité ». Pourquoi s’associer avec d’autres boîtes en lutte ailleurs en France ?
Isabelle Banny : L’idée, c’est de créer sur une base syndicale des convergences durables. On souhaite réaliser l’unité des travailleurs qu’ils soient du public ou du privé.
Qu’est-ce qu’il faut faire de plus que les Lu/Danone pour que la peur « change de camp » ?
Isabelle Banny : Je pense que le seul moyen, c’est la pression de la rue, sur la durée, avec les travailleurs victimes des plans sociaux. Et même au-delà, il faut avoir un effet boule de neige et élargir l’action, vis-à-vis des futurs retraités qui seront touchés par la réforme des retraites, des précaires comme par exemple les emplois-jeunes, mais également des chômeurs.
Quelles mesures penses-tu qu’il faille adopter contre les licenciements, une loi contre les licenciements, un droit de veto des travailleurs, ou une sécurité sociale professionnelle analogue à celle dont la CGT débat actuellement ?
Isabelle Banny : Devant l’absence de volonté politique, je crois que ce qu’il faut c’est un droit de veto des travailleurs, pour pouvoir mettre l’interdiction sur les licenciements.
Quelle marge de manœuvre vois-tu pour l’action directe des travailleurs, notamment la réquisition en autogestion des boîtes qui ferment alors qu’elles sont rentables ?
Isabelle Banny : Ça peut être un objectif, mais ça ne se décrète pas, ça se construit. On en discute mais, avant tout, il faut construire un rapport de force durable.
Propos recueillis par Simon (AL Nancy), avril 2003.