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  • : Communistes Libertaires de la CGT
  • : Les communistes libertaires sont un des courants fondateurs de la Cgt, sur une base anticapitaliste et révolutionnaire. Nous entendons renouveler ce combat, en intégrant les évolutions de la société d'aujourd'hui.
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QUI SOMMES NOUS ?

Ce blog est l’outil d’expression de communistes libertaires qui militent à la CGT, où ils défendent une perspective de renouveau du syndicalisme révolutionnaire, mouvement fondateur de notre confédération, et l’unification d’un syndicalisme de lutte et de transformation sociale. 

Nous combattons l'orientation confédérale actuelle de la CGT et agissons pour qu'une alternative à cette orientation émerge. Nous ne nous revendiquons d’aucune tendance ou fraction formalisée au sein du mouvement syndical. 

Pour autant, le tournant pris par notre confédération ces dernières années vers un syndicalisme d’accompagnement, voire de cogestion, nous incite à constituer un front syndical commun avec tous et toutes celles qui se réclament et pratiquent la lutte de classe, professionnelle et interprofessionnelle, autour des revendications et la lutte pour les faire aboutir. 

Attachés à la démocratie syndicale et au fédéralisme qui restent de mise au sein de la Cgt, respectueux du mandat donné par les adhérents et adhérentes des structures auxquelles ils et elles participent, les communistes libertaires relèvent d’un courant fondateur et constituant de la Cgt. 

Les syndicats, forme première d’organisation d’une résistance ouvrière, ont un caractère double et contradictoire. 

Organisations de masse ayant vocation à regrouper tous les exploités autour de leurs revendications immédiates, elles restent soumises à la domination politique d’un patronat qui les pousse à une plus grande intégration à l’appareil d’Etat. 

Dans cette bataille qui n’est pas qu’idéologique, nous ne partageons pas l’idée qu’il y aurait de mauvaises directions corrompues face à une base adhérente dont la « pureté » n’égalerait que la volonté d’en découdre. 

Bien au contraire, il existe à tous les niveaux de nos organisations une contradiction entre un syndicalisme de classe dont l’objectif est de mettre fin à l’exploitation capitaliste et un syndicalisme d’accompagnement dont la finalité réside dans l’adaptation du monde ouvrier qui produit les richesses à l’économie de marché globalisée qu’on voudrait faire paraître indépassable. 

C'est pourquoi nous n'entendons pas oeuvrer en simple opposition à nos directions actuelles mais en alternative à celles-ci, pour l'unité du mouvement social. 

Pour tout contact avec les communistes libertaires de la CGT : 

          communisteslibertairescgt@gmail.com

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19 février 2014 3 19 /02 /février /2014 11:34

Sans être dans la défense inconditionnelle de l'Union Syndicale du commerce parisien dans ses conflits avec la fédération, tous les militants de la région parisienne reconnaissent le sérieux et le dynamisme du travail effectué par les camarades. C'est pourquoi il nous semble intéressant de publier le rapport d'activité qui vient d'être soumis aux congressistes. Nous publions également l'échange de courriers par lequel la fédération refuse d'assister au congrès parisien ce qui nous semble parfaitement navrant et irresponsable...

 

 

15ème Congrès de l'Union Syndicale : Rapport d'activité

Préambule

La crise économique se poursuit depuis plus de 5 ans. Cette crise systémique, déclenchée par une crise financière (les subprimes), aurait pu être l'occasion du retour à une régulation des marchés. Partout, en 2008, les dogmes libéraux volaient en éclats et l'idéologie qui dominait depuis la fin des années 70 subissait une défaite qui semblait sans appel.

Mais le rapport de forces n'a pas tourné en faveur des salariés et, aujourd'hui, c'est plutôt à une dérégulation générale que nous assistons, sur tous les plans.

Les PSE se succèdent, les licenciements se multiplient, sans parler des ruptures conventionnelles, nouvel instrument de la flexibilité.

En cette fin d'année 2013, le taux de chômage (au sens du BIT) s'établit à près de 11%, sans que l'éclaircie si souvent annoncée ne se confirme.

Plus que jamais, les jeunes ont du mal à trouver du travail et les plus de 50 ans ont du mal à le conserver.

Dans ce contexte d'affaiblissement général du rapport de forces, en défaveur des salariés, le précédent et le nouveau gouvernement ont enfoncé des pans entiers de nos droits (récemment l'ANI transformé en loi et le nouveau projet de « réforme » des retraites).

Dans cette situation dégradée, la CGT a mené de nombreux combats, notamment contre la réforme des retraites en 2010. La mobilisation, importante, n'a pas permis de faire reculer le gouvernement qui était déterminé à passer en force. Mais sans doute a‐t‐elle contribué à l'échec de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012. Contre l'ANI, notre réveil a été tardif. Occupée à régler la succession de Bernard Thibault, la CGT a été en retard dans l'organisation de la mobilisation contre la pire régression subie par le monde du travail depuis 1945.

En 2010 a éclaté au grand jour la crise qui couvait depuis 2009 à la fédération du commerce. Lors du congrès de 2011, tous les dirigeants parisiens ont été écartés de la direction fédérale, après un congrès (mai 2011 à Poitiers) où nos camarades ont subi les pires violences, physiques et verbales et ont assisté aux pires tricheries.

Cette crise a mis notre union syndicale en grande difficulté financière : du jour au lendemain, la fédération nous a retiré toute subvention. L'attitude de la fédération pèse lourdement sur notre activité, bien sûr, mais aussi sur celle de l'ensemble du commerce. Si nous avons réussi à survivre et à continuer de mener une activité syndicale unanimement reconnue, la fédération reste, plus que jamais, en danger d'implosion, mettant en péril l'avenir de toute la CGT.

Parallèlement, cependant, notre union syndicale a renforcé la place qui doit être la sienne dans la vie de l'interpro parisien.

Dans ce contexte extrêmement difficile, l'US s'est efforcée, avec succès, de mettre en oeuvre nos décisions de congrès.

Les luttes

Conformément à ses orientations, notre Union syndicale a construit son activité sur le rapport de forces, au travers des très nombreuses luttes qu'elle a menées ou contribuer à mener, sur les salaires, les statuts ou les conditions de travail.

Dans les Hôtels Cafés Restaurants

Les luttes ont été très nombreuses, certaines de courte durée, d'autres très longues comme celles, victorieuses, des femmes de chambre du Novotel les Halles ou du Park Hyatt. Ces luttes, essentiellement menées contre une sous‐traitance qui se fait sur le dos des salariés et qui remet en question le collectif de travail, sont la parfaite illustration des dangers que nous pointions dans nos précédents congrès. Elles sont la confirmation que la question de la sous‐traitance est l'un des enjeux centraux de nos secteurs dans les années à venir.

Ces luttes ont également permis de constater que, malheureusement, les pratiques extrêmement douteuses et condamnables des représentants de la fédération des Ports et Docks persistaient, malgré toutes les déclarations et les engagements pris par cette fédération : à chaque conflit de femmes de chambres, cette fédération, au travers de son syndicat francilien, a tenté de casser la grève et de négocier par‐dessus la tête des grévistes.

Notre Union syndicale doit, plus que jamais, exiger que tous les salariés des hôtels, quel que soit leur statut, puissent s'organiser dans notre profession.

Enfin, notre Union syndicale n'a pas pu mener à bien, sur la période, son projet de s'attaquer judiciairement au prêt de main d'oeuvre illicite et au délit de marchandage. Cela reste un chantier ouvert pour la prochaine mandature.

Notre Union syndicale s'est également battue, auprès notamment des syndicats concernés, pour le maintien de l'emploi dans le secteur : que ce soient les palaces qui effectuent des travaux ou les entreprises en difficulté qui menacent les emplois, nous avons mené de nombreuses batailles dont certaines ont été gagnées (Prince de Galles, Crillon...) et d'autres sont en cours (Ritz, Lutetia, Pizza Enio).

Cette présence constante de la CGT dans les luttes a permis à l'US d'augmenter considérablement son nombre de syndiqués dans le secteur durant les 3 dernières années.

Dans la Prévention Sécurité

Mis à part GORON, la SNGST, MAYDAYS, les grosses entreprises de sécurité ne sont pas suivies par l'Union Syndicale. Nous sommes en relation avec des camarades travaillant ou ayant travaillé sur Paris dans petites entreprises dont les sièges sont sur toute la France.

Très souvent, la perte d'un marché entraine la perte d'un mandat ou la perte d'une section : cette profession exige donc rigueur et coopération optimales entre les structures de la CGT pour assurer une continuité syndicale.

Un conflit majeur qui aura duré 4 mois a éclaté d'octobre 2011 à janvier 2012. Il s'agit du conflit des pompiers de LANCRY à la gare d'Austerlitz. Le donneur d'ordre, c'est à dire la SNCF, a changé de prestataire : l'intention était surtout de se débarrasser des pompiers en poste depuis près de 10 ans. Il s'agissait pour cela de bouleverser les cycles horaires, changer les conditions de travail et sanctionner les salariés.

Quatre mois de lutte ont permis de compenser en salaire tout le manque à gagner consécutif aux changements de cycle. L'implication du syndicat CGT cheminots Paris Austerlitz et de l'UL du 13 ont énormément contribué à une sortie positive de ce conflit.

A travers cette lutte, nous avons découvert les effets désastreux d'un accord de modulation signé par la CGT à travers un DS sans syndiqué désigné par la fédération. Nous avons pu déplorer dans cette branche l'absence de repères revendicatifs et d'expression au sujet des cycles, des conditions de travail, des classifications, des métiers repères, de la réglementation incendie de la pénibilité ou de l'amiante.

Compte‐tenu de la faiblesse syndicale, de nombreuses entreprises de sécurité ont conclu des accords dérogatoires de modulation ou de baisse de majoration des heures supplémentaires. Chez GORON, la CGT se réimplante et travaille à la dénonciation de ces accords ; pour la SNGST, nous avons pu de justesse faire valoir notre droit d'opposition avec la CFTC.

L'Union syndicale doit souvent s'occuper de camarades n'ayant aucun relais syndical dans toute l'Ile de France, elle le fait avec ses modestes moyens ce qui explique la fidélité de camarades ayant choisi de rester adhérents à l'Union Syndicale.

Dans le commerce

Les luttes ont été, là encore, très nombreuses. Une lutte très longue et victorieuse au Monoprix Roquette et d'autres beaucoup plus courtes, ont marqué ces trois dernières années.

Ces victoires sont venues conforter notre conception d'un syndicalisme qui lutte, revendique, propose et négocie.

Nos luttes ont aussi pris la forme d'actions de rue, avec, notamment, la deuxième manif organisée par le Clic‐P en novembre 2012, contre le travail du dimanche, de nuit et des jours fériés, contre le temps partiel imposé et pour une augmentation générale des salaires de 200€.

Dans le cadre de cette bataille, l'US s'est aussi fortement impliquée dans les procès menés dans le cadre du Clic‐P contre les ouvertures illégales du dimanche ou de nuit. Ces actions se sont soldées par une série importante de victoires et ont imposé le respect de la loi à de nombreux commerces.

L'efficacité de notre action a contraint les patrons à une contre‐offensive d'une extrême violence, où des salariés « volontaires » sont mis en avant pour masquer la guerre commerciale que se livrent les entreprises du secteur.

Nous ne connaissons pas, à ce jour, l'issue du lobbying mené par les patrons pour « assouplir » les règles du code du travail. Si de nombreux magasins sont contraints de fermer avant 21h, il est fort probable

qu'à la pression sur les dimanches, s'ajoute une pression sur le travail de nuit. Mais quoiqu'il advienne, ce combat est l'occasion de remettre sur le devant de la scène le débat sur les salaires, les conditions de travail et de vie dans nos secteurs. Ce débat doit nous amener à renforcer notre nombre de syndiqués et notre rapport de forces sur le long terme.

D'ores et déjà, nous augmentons sensiblement le nombre de nos syndiqués dans les magasins que nous avons contraints à respecter la loi.

Les patrons de Virgin ont été pionniers en matière de déréglementations des horaires et la faillite de cette enseigne est bien la preuve que ce modèle ne créé pas d'emploi, bien au contraire !

En effet, le 17 juin 2013, les 26 magasins Virgin de France ont fait l'objet d'une liquidation judiciaire. A l'issue d'une lutte qui a duré 6 mois, plus de 1000 salariés se sont retrouvés sans emploi. Pendant plusieurs semaines, le financement global qui leur était proposé plafonnait à 8 millions d'euros, soit 8000C par salarié, toutes mesures confondues. A l'issue d'une occupation des magasins initiée le 11 juin, le liquidateur judiciaire et l'actionnaire ont cédé : la revendication des salariés d'un PSE financé à hauteur de 15 millions d'euros a été intégralement satisfaite.

Cette victoire a un goût amer pour l'emploi, mais les salariés sont fiers de leur lutte : ils ont défendu leur dignité et, ce qu'il était possible d'obtenir, ils l'ont obtenu. Car pour sauver l'entreprise, il aurait fallu une volonté politique qu'ils n'ont jamais trouvée chez les ministres concernés. L'US CGT Commerce a tenu à bout de bras l'ensemble de ce conflit, y compris dans sa dimension nationale.

Le retour des conflits longs

Le conflit du Monoprix Roquette qui s'est achevé par une victoire des salariés au terme de 38 jours de grève, n'est pas une exception. Depuis la fin des années 90, ce type de grèves longues s'est répandu dans nos secteurs d'activité, notamment dans la restauration rapide, les hôtels et le commerce. Tout le monde se souvient de la Fnac Champs Elysées (6 semaines en 2002), du record des Mac Do de Strasbourg Saint Denis (363 jours en 2003‐2004), des 5 mois et demi de l'Hôtel Astor (2005)...

Plus récemment, le conflit du Novotel des Halles, du Park Hyatt ou des pompiers d'Austerlitz sont venus confirmer cette réalité.

Cette longueur des conflits, qui parfois portent sur des revendications modestes, d'autres fois sur des thèmes plus « ambitieux » comme de fortes augmentations de salaires, ne s'explique pas uniquement par la nature des revendications.

Pour la comprendre, il faut tenter de répondre à deux questions : pourquoi les entreprises tiennent elles si longtemps, pourquoi les salariés sont‐ils si déterminés ?

Enfin, nous devons réfléchir aux moyens que nous pouvons mettre en oeuvre pour les écourter... au bénéfice des salariés !

La politique des entreprises

A des rares exceptions près (Hôtel Astor en 2005), les conflits très longs se déroulent dans de grandes entreprises à établissements multiples. Ces entreprises dominent très largement nos secteurs, même si, parfois, elles masquent leur taille sous des artifices juridiques (franchises, commission‐affiliation, contrats de gérance etc.). Mac Donald, le groupe Accor ou encore Monoprix emploient des dizaines de milliers de salariés, sous des formes différentes.

Ces « groupes » sont extrêmement puissants sur le plan financier. Et cette puissance provient d'une activité répartie sur des centaines d'établissements sur tout le territoire, voire à l'étranger.

Une grève, aussi longue soit‐elle, sur un seul de leur établissement, constitue, sur le plan économique, une piqûre de moustique. Elles peuvent donc durer très longtemps, sans que l'entreprise ne se sente contrainte de céder, à deux conditions :

 Que le conflit ne s'étende pas à d'autres établissements

 Que l'image de marque de l'entreprise (qui est essentielle dans le commerce et l'hôtellerie) ne soit pas détériorée

Pourtant, de la même manière que l'impact économique de la grève est très faible, il l'est aussi si l'entreprise satisfait les revendications : le coût des revendications des salariés de Roquette était insignifiant pour l'entreprise Monoprix, valorisée à plus de 2 milliards d'euros.

Pourquoi alors, prendre le risque de faire durer le conflit ?

La raison première réside, tout le monde s'en doute, dans un souci d'exemplarité : « Il ne faut pas donner d'idées aux autres ». Dans le récent conflit Roquette, on ne peut comprendre l'attitude de la direction générale si l'on ne remet pas cette grève dans le contexte de multiples actions courtes que l'enseigne a connu ces dernières années et qui se sont toutes soldées par des victoires pour les grévistes : il fallait y mettre un terme en faisant un exemple.

L'autre raison de fond, c'est qu'indirectement, les grévistes remettent en cause la politique de l'entreprise, même si ce n'est pas toujours clairement exprimé dans les revendications. Au Monoprix Roquette, ce sont la polyvalence, l'accroissement des cadences et les modifications d'horaires qui sont remis en cause : or ces trois causes constituent la colonne vertébrale d'un « Projet Ariane » mis en place depuis cinq ans. Quant à leur revendication de création de caisses, elle vient percuter un autre projet, «Alizée », qui est en cours de mise en place et qui vise à « rationaliser » le secteur des caisses.

Il y a, aussi, les raisons liées à la personnalité des protagonistes (en l'occurrence une directrice provocatrice et méprisante, qui joue son poste et une RH incapable d'apprécier la situation).

Enfin, Monoprix peut tabler sur une faible résonnance médiatique, lorsqu'il s'agit d'un conflit local mettant en cause un nombre réduit de salariés.

Il y a, ensuite, les erreurs de calcul : les directions tablent sur un pourrissement rapide des conflits alors que, s'agissant de salariés qui n'ont pas grand‐chose à perdre, ils sont souvent très combattifs.

En définitive, cette direction a totalement sous‐estimé la détermination des grévistes et la capacité de notre organisation à l'entretenir en organisant une solidarité humaine et financière de plus en plus grande. Le conflit persistant entre l'US Commerce et sa fédération n'est sans doute pas étranger à cette erreur de calcul.

Il faut aussi tenir compte d'un autre facteur : la détermination des grévistes. Sans un catalyseur local, il est rare que ce type de conflit éclate, alors même que les raisons de fond existent partout (très bas salaires, conditions de travail dégradées, accroissement des cadences, déqualification des métiers...).

Chez Monoprix, par exemple, les mots d'ordre nationaux sont globalement peu suivis, alors même qu'ils portent sur des thèmes qui, quelques semaines plus tard, peuvent déclencher un conflit sur un magasin.

Mais, au‐delà de ces étincelles qui mettent le feu aux poudres, il se confirme, depuis plus de treize ans, que les salariés du commerce et des services sont capables de mener des conflits de très longue durée.

Pourtant, les a priori pourraient laisser penser le contraire : peu de tradition syndicale, une politisation quasi inexistante, de très bas salaires...

En fait, les salariés du commerce et des services que l'on a pour habitude de désigner comme des « précaires » constituent le nouveau prolétariat d'une société où les services prennent une place de plus en plus importante.

Les méthodes de l'industrie ont été importées dans les restaurants et les magasins. Les métiers qualifiés tendent à disparaître : le vendeur devient réassortisseur polyvalent, le cuisinier travaille à la chaîne comme équipier chez Mac Do...

Les salaires ont suivi cette déqualification et le revenu des salariés de nos professions a baissé d'une manière d'autant plus violente qu'il s'est accompagné d'une généralisation du temps partiel imposé.

Même s'ils n'ont pas toujours conscience de l'être, ils ont de plus en plus tendance à lutter comme les prolétaires qu'ils sont devenus, faisant oublier le «syndicalisme d'employés » que nous connaissions dans le passé.

Malgré cela, les premiers conflits longs ont d'abord touché des salariés qui pouvaient s'en sortir « autrement ». Au début des années 2000, chez Mac Do ou à la Fnac, les conflits étaient menés par une majorité de salariés qui n'avaient pas ou peu de contraintes familiales.

La nouveauté apparue depuis, d'abord avec les femmes de chambres puis avec Monoprix, ce sont ces mères de famille, souvent seules pour élever leurs enfants, qui décident de sacrifier plus d'un mois de salaire pour faire aboutir leurs revendications.

Il est évident, dans ce contexte, que la capacité de notre organisation syndicale à soutenir ces conflits longs est déterminante. Très souvent, il faut passer un cap de durée pour se faire entendre : l'entreprise peut tenir pour les raisons économiques déjà décrites. La presse s'intéresse peu à un petit conflit local de quelques jours, qui ne pèse pas lourd face aux milliers de licenciements annoncés.

La médiatisation, nous avons encore pu le voir au Monoprix Roquette, se gagne surtout par la durée (lorsqu'on ne peut faire du « spectaculaire », comme l'interpellation de Pinault dans sa voiture). C'est cette médiatisation qui fait craindre à l'entreprise des dommages pour son image de marque.

Nous précisons qu'à l'US, nous nous sommes toujours opposés à ceux qui prônaient le remplacement de l'action syndicale par des actions purement tournées vers les médias : ce type de « syndicalisme » crée des situations artificielles où les salariés ne sont pas impliqués et dans lesquelles les entreprises sont toujours gagnantes à la fin. La médiatisation n'a de sens que lorsqu'elle vient appuyer une lutte réelle.

L'efficacité du soutien apporté aux grévistes est donc déterminante. Dans le cas de Monoprix Roquette, ce soutien a particulièrement bien fonctionné, sans quoi, la victoire aurait été hors de portée.

L'US commerce a acquis, en 12 ans, une grande expérience de la conduite de ces conflits, que nous avons presque toujours remportés. Mais avec le conflit du Monoprix Roquette, on a retrouvé le niveau de coordination Pro‐lnter pro des conflits Mac Do des années 1999‐2004.

Par ailleurs, l'existence d'une intersyndicale commerce sur Paris a permis de compenser l'isolement de l'US par la direction fédérale, qui établissait des contacts directs avec Monoprix et qui laissait entendre son désaccord sur les revendications, voire sur la grève elle‐même.

Malgré tout, ce conflit, comme beaucoup d'autres, s'est joué à peu de choses. Dès le début, nous avons insisté auprès des grévistes pour leur dire « le premier qui lâche a perdu ». Tous nos efforts, dans l'avenir, devront converger pour éviter que nous soyons les premiers à lâcher.

En conclusion, que faut‐il faire de plus pour « faciliter » les luttes dans nos secteurs ?

Entre 2006 et 2011, nous avons connu une accalmie, après avoir remporté une dizaine de victoires sur des conflits de plus d'un mois. Depuis 2011, nous avons le sentiment que les patrons nous « testent » à nouveau. A coup sûr, ils ont suivi le conflit Monoprix et en connaissent l'issue. Ils nous testeront sans doute encore, parce que rien n'est jamais acquis en matière de rapport de forces.

Mais il faut aussi constater que les patrons se sont sentis pousser des ailes à chaque fois qu'ils ont perçu des failles au sein même de la CGT. Lors du conflit Mac Do ou de la Fnac Champs Elysées, la fédération ne tenait pas exactement le même discours que les parisiens... Nos relations se sont améliorées quelques brèves années et, depuis qu'elles sont clairement détériorées, les patrons se montrent à nouveau plus intransigeants...

Sans pouvoir résoudre tous les problèmes des relations entre les organisations du commerce, l'UD a néanmoins joué un rôle déterminant, « poussant » la fédération à soutenir la grève de Monoprix, ou aidant à rectifier des positionnements sur les axes revendicatifs (travail de nuit).

Pour certains camarades, ces conflits longs mettent en question notre forme actuelle de structuration sur Paris. Il convient donc de rappeler que l'US n'a pas failli sur ces conflits et que l'on a connu des conflits tout aussi longs pour des enseignes organisées en syndicat (Mac Do, Pizza Hut) ou dans des UL (Café RUC, Fabio Lucci...).

Extension des conflits, nouveaux droits syndicaux, structuration

En matière de structuration, ce type de conflit valide nos formes d'organisation actuelles : la mobilisation très large des militants du commerce et des services, la solidarité (y compris financière ou juridique), le poids de l'US Commerce à Paris permettent de gagner ce type de combats longs et très durs.

Ces conflits qui durent parce que leur impact économique est faible au regard de la taille de l'entreprise soulèvent la question des droits syndicaux dans les entreprises à établissements multiples. La faiblesse de ces droits nécessite une réforme (une vraie, dans le sens d'un progrès pour les travailleurs !) du Code du travail qui permette d'exercer une activité syndicale dans des entreprises qui, pour certaines, comportent des milliers de salariés sur des centaines d'établissements et dans lesquels, souvent, il n'y a qu'un CE national et, depuis la loi du 20 août 2008, il n'y a plus de délégués syndicaux d'établissement.

Enfin, à chaque fois qu'un conflit naît dans un établissement, la question de l'extension aux autres établissements se pose sans que cette extension ne soit chose facile, malgré les similitudes dans les situations des salariés.

Le renforcement

Malgré un contexte interne extrêmement difficile et la coupure de toute subvention par la fédération, l'US termine la mandature en beauté avec un nombre de syndiqués qui n'a jamais été aussi élevé, à plus de 2800 pour l'exercice 2013 I

Cette continuité dans la progression depuis 2003 est remarquable, en particulier pour une organisation de la taille de la nôtre. Elle l'est d'autant plus, dans la période actuelle de crise où les fermetures d'entreprises et les PSE nous font perdre de nombreux adhérents (Virgin, Telemarket...).

L'US continue de se renforcer à la fois dans les « bases organisées » (celle dotée d'un délégué syndical) et parmi les « individuels ». Le renforcement a toujours été au coeur de nos résolutions. Suivant un ralentissement en 2011 et 2012,

il a repris de plus belle en 2013, puisque l'exercice 2013 a déjà largement dépassé 2012 en nombre de FNI.

Ces résultats constituent une validation incontestable de nos choix revendicatifs et de notre mode de structuration. Le renforcement reste, cependant, une bataille qui n'est jamais définitivement gagnée. L'US doit sans cesse redoubler d'efforts et proposer de nouveaux plans de renforcement pour continuer d'améliorer le rapport de forces dans le commerce et les services à Paris.

Sur la dernière mandature, l'US, conformément à ses engagements, a tenté d'améliorer la prise en charge des « individuels ». Un service juridique efficace est à nouveau mis à leur disposition.

Néanmoins, l'Union syndicale n'a pas trouvé de défenseurs salariés volontaires pour remplacer Tran et nous n'avons plus recours qu'à des avocats. Les tentatives faites pour trouver des camarades susceptibles de se former pour assurer cette tâche n'ont pas abouti. Le congrès de l'US est l'occasion de reposer ce problème.

L'aide aux bases a été constante durant la période. Que ce soit pour l'organisation des grèves, la préparation de réunions, la présence aux protocoles d'accord préélectoraux, le suivi des élections, les conseils au quotidien, la rédaction des tracts ou encore la formation, l'US n'a pas compté son temps pour aider nos camarades, quelle que soit la taille de la base. Mona Lisait ou Virgin, Monoprix ou ASPP, tout le monde a été traité sur un pied d'égalité.

C'est le manque de moyens qui pose nos limites : l'arrêt total de toute aide financière à l'US nous bride dans notre capacité à absorber une quantité de travail toujours grandissante. Sans l'apport de plusieurs militants bénévoles, l'US ne s'en serait pas si bien sortie.

La structuration

Notre dernier congrès avait choisi d'acter officiellement dans nos statuts le fait que l'US constitue un syndicat à l'égard de ses adhérents directs. Cette modification de bon sens, qui ne faisait que retranscrire une pratique vieille de 25 ans, a constitué un sujet de critique parmi ceux qui cherchent à étouffer l'US au motif que nous ne pouvons être à la fois « syndicat et union de syndicats » ‐ce que nous sommes depuis 25 ans, sans que personne n'y trouve à redire. Mais s'il faut une clarification qui distingue clairement entre ce qui relèverait d'un syndicat parisien du commerce et des services et l'union des syndicats parisiens du commerce et des services, l'US n'a rien à y perdre et doit se tenir prête à créer une nouvelle organisation : le seul obstacle risque de venir de ceux‐là même qui nous critiquent (la direction fédérale).

En mode « résistance »

Très officiellement, depuis le Congrès de Poitiers en Mai 2011, la fédération a décidé de se débarrasser de l'US de Paris qu'elle trouve « trop grosse » et surtout trop remuante ! D'une aide annuelle de 300.000 € en 2010, nous sommes passés brutalement à 75.000 € en 2011 et à... 0€ depuis !

La fédération, qui versait une aide à l'US depuis 1981 a donc brutalement décidé de nous appliquer des sanctions financières. Elle nous a accusés de menées « fractionnistes », qualifiés « d'éléments dangereux » (!) et tenté, par tous les moyens, de nous affaiblir.

A plusieurs reprises, la fédération a tenté de créer des structures concurrentes de l'US (elle a sollicité, sans succès, l'UL du 8eme pour créer un syndicat HCR I), ou tenté de convaincre des sections de l'US de se mettre en syndicat. Au travers du syndicat des services à la personne, la fédération tente également de syndiquer des salariés relevant de nos professions.

Enfin, comble de l'absurde, nous nous sommes retrouvés au tribunal, CONTRE notre propre fédération qui avait tenté de désigner des DS et de présenter des listes électorales en concurrence avec celles de l'US !

La fédération a passé le plus clair de ces trois ans qui ont suivi le congrès de Poitiers à chasser ses « opposants » internes. Elle ne s'en est pas prise qu'à l'US : elle a licencié notre camarade Olivier Bireaud et fait licencier Yucel Basarslan, tous deux anciens dirigeants. Elle a retiré les mandats ou mis fin aux détachements de nombreux camarades qui s'étaient prononcés de manière critique au congrès de Poitiers.

La violence, la répression, les sanctions financières ou encore la calomnie constituent le mode courant de fonctionnement d'une fédération qui est devenue la caricature d'une bureaucratie qui tourne à vide.

Dotée d'un budget mirobolant de plus de 4 millions d'euros annuels, elle a réussi l'exploit d'être absente de tous les grands dossiers depuis 3 ans : salaires, emploi, conditions de travail, sous‐traitance, horaires... Et ce n'est pas la tentative récente de raccrocher les wagons de l'US de Paris sur le travail de nuit et du dimanche qui trompera qui que ce soit.

Dans ce contexte extrêmement difficile pour nous, la direction de l'US a eu pour premier objectif d'assurer la survie de notre organisation, cela conformément aux engagements pris au congrès de 2010, lors duquel nous avions anticipé toutes ces évolutions. Les assemblées générales, tenues toutes les 6 semaines, ont permis à tous de suivre l'évolution de notre situation et de prendre les décisions nécessaires à notre survie. L'US a dû licencier un de ses salariés pour motif économique, consacrer beaucoup de temps et d'énergie pour trouver les fonds nécessaires à son fonctionnement et faire appel aux dons de tous les adhérents, voire d'autres organisations de la CGT. Plusieurs syndicats parisiens ont répondu présent (GL Haussmann, Printemps, HPE) et l'UD de Paris nous a maintenu une subvention conséquente sans laquelle nous n'aurions pas tenu.

La situation de l'US reste cependant précaire et, au‐delà, c'est l'ensemble du syndicalisme CGT dans le commerce et les services qui est aujourd'hui menacé par l'état désastreux de notre fédération. Loin d'avoir résolu ses problèmes en nous éloignant, celle‐ci n'en finit pas de s'entredévorer : un putsch a récemment mis à mal le « pouvoir » de Michèle Chay en lui adjoignant, de force, un secrétaire général adjoint qui n'est pas prévu... par les statuts !

A l'inverse de nos rapports avec la fédération, nos relations avec l'UD et les UL parisiennes, déjà très satisfaisantes par le passé, sont allées en s'améliorant. La récente coordination des efforts de l'US et de l'UD sur la question du travail dominical et nocturne en constitue une parfaite illustration, tout comme les nombreuses actions initiées avec différentes UL.

Fonctionnement interne

Outre la question de l'accueil des « individuels », notre organisation interne a fait l'objet de nouvelles améliorations.

La réorganisation administrative de l'US s'est faite autour de la mise en place d'un système complet d'information et notamment d'une base de données. Cette réorganisation, effective depuis janvier 2013, nous permet de gérer au plus juste nos ressources financières, nos plans de renforcement, de formation et un meilleur suivi des bases.

Elle constitue un outil statistique incomparable, qui nous sort de l'ère de l'à peu près et du « ressenti ». L'union syndicale, comme dit précédemment, est fortement tributaire du bénévolat pour continuer d'assumer ses missions de base. Heureusement, de nombreux camarades actifs et retraités y contribuent. Pour conserver cette contribution, l'US devra continuer d'être une organisation attractive à la fois par sa combativité, son sérieux et... sa convivialité I

Les grands chantiers en cours

Certaines de nos luttes sont ponctuelles, d'autres sont de grands chantiers qui peuvent s'étaler sur des décennies : c'est le cas du travail du dimanche mais aussi de la sous‐traitance, par exemple.

Sur le travail du dimanche, une nouvelle étape est en passe d'être franchie, pas forcément au bénéfice des salariés du commerce. Notre travail de fond, entamé il y a des années, doit se poursuivre et nous ne devrons jamais abandonner le terrain des arguments à nos adversaires, quel que soit le contexte, favorable ou défavorable.

Il en va de même pour le travail de nuit ou, enfin, nous avons initié, en intersyndicale, une bataille nouvelle dont nous avons remporté la première manche. Mais d'autres manches suivront : les patrons des grands groupes ne vont, sans doute, pas s'en tenir là. De ce fait, cette bataille doit rester l'une des premières priorités de l'US.

Si plusieurs conflits victorieux de « sous‐traitance » ont émaillé ces dernières années, la bataille de fond sur l'utilisation de ce mode de gestion de manière de plus en plus systématique n'a pas pu êtreentamée. Ce n'est pas la volonté qui a manqué, mais le temps et... les moyens I Nous ne devons pas «laisser filer » cette question parce que demain, il sera trop tard : lorsque les salariés d'un magasin ou d'un hôtel appartiendront à des entreprises différentes selon les services, il sera encore plus difficile de rendre effective la communauté de travail et d'intérêts et de construire le rapport de forces.

La bataille de l'emploi est sans doute l'une des plus rudes : nous nous attachons à sauver les emplois, là où ils peuvent l'être et, là où nous ne pouvons empêcher leur suppression, à obtenir les meilleuresgaranties possibles pour les salariés. C'est le cas dans les palaces fermés pour travaux, ou dans les nombreux commerces mis en difficulté par un contexte de crise et d'innovation dans les méthodes et les supports de vente.

Globalement, nous continuons d'assister à la tentative d'importer dans nos métiers les méthodes de l'industrie (chronométrage, automatisation, déqualification) et à la dégradation des conditions de travail. Ce travail sur l'organisation et les conditions de travail, nous n'avons pas pu l'avancer sérieusement (dans les Monoprix, par exemple) en raison (toujours) du manque de temps et de moyens mais aussi de l'incapacité des experts sollicités à se mettre « au niveau » des délégués censés mener la bataille pour les conditions de travail.

Enfin, et pour clore ce rapport, il nous semble essentiel, pour continuer de faire grandir notre US et le rapport de forces, de renouveler et rajeunir sa direction en ouvrant les responsabilités à tous les militants qui se sont affirmés dans l'activité syndicale de leur entreprise et dans celle de TUS.

Deux des trois secrétaires actuels de l'US le sont depuis plus de dix ans. Cette question du renouvellement n'est donc pas rhétorique : elle relève d'une vraie nécessité. Le congrès devra s'y pencher.

 

Les courriers US/Fédé :

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