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  • : Communistes Libertaires de la CGT
  • Communistes Libertaires de la CGT
  • : Les communistes libertaires sont un des courants fondateurs de la Cgt, sur une base anticapitaliste et révolutionnaire. Nous entendons renouveler ce combat, en intégrant les évolutions de la société d'aujourd'hui.
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QUI SOMMES NOUS ?

Ce blog est l’outil d’expression de communistes libertaires qui militent à la CGT, où ils défendent une perspective de renouveau du syndicalisme révolutionnaire, mouvement fondateur de notre confédération, et l’unification d’un syndicalisme de lutte et de transformation sociale. 

Nous combattons l'orientation confédérale actuelle de la CGT et agissons pour qu'une alternative à cette orientation émerge. Nous ne nous revendiquons d’aucune tendance ou fraction formalisée au sein du mouvement syndical. 

Pour autant, le tournant pris par notre confédération ces dernières années vers un syndicalisme d’accompagnement, voire de cogestion, nous incite à constituer un front syndical commun avec tous et toutes celles qui se réclament et pratiquent la lutte de classe, professionnelle et interprofessionnelle, autour des revendications et la lutte pour les faire aboutir. 

Attachés à la démocratie syndicale et au fédéralisme qui restent de mise au sein de la Cgt, respectueux du mandat donné par les adhérents et adhérentes des structures auxquelles ils et elles participent, les communistes libertaires relèvent d’un courant fondateur et constituant de la Cgt. 

Les syndicats, forme première d’organisation d’une résistance ouvrière, ont un caractère double et contradictoire. 

Organisations de masse ayant vocation à regrouper tous les exploités autour de leurs revendications immédiates, elles restent soumises à la domination politique d’un patronat qui les pousse à une plus grande intégration à l’appareil d’Etat. 

Dans cette bataille qui n’est pas qu’idéologique, nous ne partageons pas l’idée qu’il y aurait de mauvaises directions corrompues face à une base adhérente dont la « pureté » n’égalerait que la volonté d’en découdre. 

Bien au contraire, il existe à tous les niveaux de nos organisations une contradiction entre un syndicalisme de classe dont l’objectif est de mettre fin à l’exploitation capitaliste et un syndicalisme d’accompagnement dont la finalité réside dans l’adaptation du monde ouvrier qui produit les richesses à l’économie de marché globalisée qu’on voudrait faire paraître indépassable. 

C'est pourquoi nous n'entendons pas oeuvrer en simple opposition à nos directions actuelles mais en alternative à celles-ci, pour l'unité du mouvement social. 

Pour tout contact avec les communistes libertaires de la CGT : 

          communisteslibertairescgt@gmail.com

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Liens De Nos Amis

4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 17:53

Pour vous donner envie de lire le livre, voici une interview de l'auteur :

 

http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20150102.OBS9176/sabotages-meetings-monstres-et-chaussettes-a-clous-quand-les-anarchistes-tenaient-le-haut-du-pave.html

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 01:16

leandre_valero.jpgC’est un parcours digne d’un roman que celui de ce militant syndicaliste et communiste libertaire qui a soutenu les indépendantistes indochinois puis algériens. De 1954 à 1956, il fut aussi un des principaux animateurs du Mouvement libertaire nord-africain.

Un des derniers militants connus du Mouvement libertaire nord-africain (MLNA) des années 1950, Léandre Valéro, est mort à Auxerre le 21 août.

Fils d'un militant anarchiste andalou, Léandre était né à Oran, en Algérie, le 12 octobre 1923. Il devait à ces origines multiples d'être à fois hispanophone, arabophone et francophone. Alors que son père avait combattu dans les rangs de la FAI pendant la guerre d'Espagne, Léandre s'engagea, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans les Forces françaises libres, participant à plusieurs campagnes et à la libération de certains camps de concentration. Contre son gré, il fut ensuite expédié comme soldat en Indochine en janvier 1946. Sur place, il n'hésita pas à aider discrètement le Vietminh, en organisant un trafic d'essence volée dans les stocks de l'armée française. Repéré comme élément « démoralisant », il fut renvoyé en France en août 1946.

Arrivé à Paris, il adhéra à la Fédération anarchiste, alors en plein essor. Le jeune permanent qui l'avait reçu pour la première fois dans les locaux du 145, quai de Valmy n'était autre que Georges Brassens.

Parti ensuite à Auxerre, dans l'Yonne, il travailla comme ajusteur-outilleur aux établissements Gardy, où il monta une importante section CNT. Proche de Georges Fontenis, Valéro resta militant de l'organisation anarchiste lorsque celle-ci se transforma en Fédération communiste libertaire (FCL).

En août 1954, il accepta, à la demande de la FCL, de déménager en Algérie pour renforcer son organisation-soeur outre-Méditerranée, le Mouvement libertaire nord-africain (MLNA).

Embauché comme ouvrier aux établissements Henri Hamel à Alger, Léandre milita alors avec les camarades du MLNA, notamment le docker Duteuil, Fernand Doukhan et Derbal Salah.

Le MLNA donnait divers coups de main au mouvement indépendantiste de Messali Hadj.

Après l'insurrection de la Toussaint 1954, cela devait même devenir son activité centrale. Léandre Valéro servit de « boîte aux lettres » ou de chauffeur à plusieurs reprises pour des responsables indépendantistes, tout en poursuivant en parallèle la propagande libertaire. Non sans risques. Les ventes du Libertaire à la criée se faisaient avec un revolver dans la poche, et Léandre lui-même eut, une fois, à essuyer des tirs lors d'une vente.

En août 1955 il obtint un emploi de chef d'atelier sur une exploitation agricole du Constantinois. Là, il établit le contact avec un maquis du Front de libération nationale (FLN) et lui fit passer des armes obtenues grâce aux relations qu'il avait conservées au sein de l'armée.

À l'été 1956, pour échapper à une mobilisation dans la Territoriale, il décida de rentrer en France clandestinement. Le MLNA, de plus en plus exposé, choisit alors de s'autodissoudre. Tout son stock de matériel et ses archives furent coulés dans la Méditerranée.

Après quelques mois de clandestinité avec d'autres militants de la FCL, Léandre Valéro profita de l'amnistie de De Gaulle pour retourner à Auxerre en 1958, où il s'embaucha chez Fruehauf. Il y anima le puissant syndicat CGT et entra en 1960 au secrétariat de l'UD-CGT de l'Yonne.

Le syndicat CGT de Fruehauf fut en mai 1968 le premier à lancer la grève dans l'Yonne, ce qui devait faire de Léandre Valéro un des principaux animateurs du mouvement dans le département.

Retraité en 1983, Léandre, qui n'avait jamais cessé d'être anarchiste, avait adhéré à Alternative libertaire à sa fondation en 1991. Il y était resté jusqu'en 2000.

 

Tiré du Journal Alternative libertaire, octobre 2011, repris sur Anarkismo.net

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 14:10

Nous publions ci-dessous 2 articles parus dans la revue intersyndicale de l’Education Nationale, L’émancipation syndicale et pédagogique.

 

Ces deux articles sur le courant politique de ce que l’on appellera par la suite l’Allemanisme (du nom d’un de ses dirigeants, Jean Allemane) rappellent ce que les socialistes révolutionnaires anti-parlementaires ont apporté tant dans les pratiques d’unité des tendances révolutionnaires que dans le contenu (grève générale et action directe).

 

Certes, nous ne nous revendiquons pas explicitement de l’Allemanisme mais ce courant politique méconnu a contribué pour une large part de par l’action de ses militants fournissant de nombreux cadres à la construction d’une confédération générale des travailleurs d’orientation révolutionnaire. Les liens qui pouvaient unir les syndicalistes d’origine anarchiste et les allemanistes portaient autour de la nécessité pour le prolétariat de se libérer, s’émanciper de l’idéologie dominante dans le cadre même de la société capitaliste et bourgeoise, c’est-à-dire se cultiver pour être capables de diriger la société une fois le communisme advenu (on était à l’époque dans le romantisme et le goût de l’insurrection, après on verrait…).

 

 




Le POSR et le syndicalisme révolutionnaire (partie 1)

Quand un parti influence et structure le syndicalisme révolutionnaire :

Le POSR (Parti Ouvrier Socialiste Révolutionnaire) dans la France de la Belle époque (1890-1906)

Les 25 et 26 novembre 2006, s’est tenu à Nérac un colloque sur le centenaire de la "Charte d’Amiens". Notre camarade David Hamelin en a parlé dans le numéro 5 de notre revue. Nous publions ci-dessous la première partie de son intervention consacrée au rôle du courant "allemaniste" dans la formation du syndicalisme révolutionnaire. L’ensemble des interventions de ce riche colloque fera l’objet d’une publication, dont nous nous ferons l’écho bien entendu.

La CGT de la Belle Époque, le poids de la mouvance libertaire et la Charte d’Amiens ont généré une multitude de travaux de qualité et aux interprétations les plus diverses.
Cette période, à première vue bien travaillée par l’histoire sociale a néanmoins laissé durant de très nombreuses années des zones d’ombre. L’historiographie a reflété avec une certaine force les clivages politiques du XXème siècle.

Les "allemanistes", un courant socialiste longtemps ignoré
Pour schématiser, on pourrait dire qu’il existe deux grands courants historiographiques : l’un antimarxiste et/ou libertaire survalorisant d’une part, et du coup déformant la réalité de la place des anarchistes et des syndicalistes révolutionnaires, et d’autre part dévaluant la place du courant Guesdiste ou étatiste au sein de cette confédération syndicale et laissant de côté certaines tendances médianes, ou autrement dit des groupes intermédiaires à l’image des Allemanistes, structurant le mouvement syndical naissant. L’autre grand courant est d’essence marxiste et a contribué à déformer gravement, selon nous, la réalité de l’époque, caricaturant ou grossissant le trait démontrant une CGT prompt à l’insurrectionalisme, et du coup délégitimant l’intérêt que l’on pourrait porter à la période (1).
L’affaiblissement de ces clivages ces dernières années a permis de faire émerger de nouveaux travaux et de nouvelles problématiques. Les récents travaux sur l’histoire du courant socialiste en témoignent.
Jusqu’au travail de Didier Bigorgne sur l’Allemanisme (2) peu de recherches s’étaient spécifiquement centrées sur ce courant du socialisme. On peut citer les travaux de Michel Winock qui fit part de ses investigations avec trois articles sur le sujet de l’Allemanisme au début des années 1970 dans la revue Le Mouvement Social . On dispose également de quelques biographies de militants du POSR, telle que celle de Jean-Baptiste Clément - plus connu pour ses chansons passées à la postérité - conçue par Didier Bigorgne mais aussi par Georges Renault. Eugène Guerard a quant à lui bénéficié d’une thèse en 1969 sous la plume d’Elie Fruit et bien entendu celle relative à Jean Allemane qui donnera son nom à ce courant, rédigée par Sian Reynolds en 1981.
À proprement parler les filiations directes avec l’allemanisme ne sont guère revendiquées dans le socialisme français à l’exception de quelques militants. Les récentes publications à l’occasion du centenaire du Parti Socialiste (3) mais aussi celles concernant le phénomène syndical et notamment celles initiées dans le cadre de la célébration du centenaire de la Charte d’Amiens n’ont pas considéré opportun d’actualiser nos connaissances sur ce sujet.
Le parcours d’un certain nombre des principaux leaders de ce courant après la première guerre mondiale a sans doute participé à la décrédibilisation de l’Allemanisme. Jean Allemane lui-même rejoint Gustave Hervé et Alexandre Zevaès dans le Parti socialiste national créé en 1919, regroupant les socialistes ralliés au nationalisme et dont certains évolueront vers le fascisme.
Pour saisir pleinement l’apport de l’allemanisme au mouvement syndical naissant il est utile d’effectuer un rapide historique de ce courant dans la France des années 1890.

Quelques rappels sur l’allemanisme
Les Allemanistes ne viennent pas de nulle part. Ils sont issus du "possibilisme", courant socialiste ayant une solide assise dans l’Ouest de la France des années 1880, organisé dans la Fédération des Travailleurs Socialistes de France (FTSF) mais au sein de laquelle les frictions se transforment en conflit ouvert notamment entre Jean Allemane et Paul Brousse au sujet des alliances électorales de plus en plus nombreuses avec les radicaux, ce qui n’est pas du goût du premier et de ses partisans.
Le groupe allemaniste après le congrès de Châtellerault de 1890 qui se solde par une scission ne tarde pas à se mettre en ordre de bataille. Ce nouveau groupement prend le nom de Parti Ouvrier Socialiste Révolutionaire (POSR). Ils modifieront le préambule de leur programme stipulant dès lors que l’action électorale n’était qu’un moyen d’agitation révolutionnaire et que la Révolution pouvait "seulement résulter des ouvriers eux-mêmes". Les premières assises du parti se tinrent au mois de juin 1891 à Paris.
Au cours de ses quatorze années d’existence on peut décrire brièvement les principales caractéristiques du POSR : c’est un parti qui a un recrutement essentiellement ouvrier et urbain. Les principaux leaders du mouvement sont fréquemment d’anciens communards, étant eux-mêmes ouvriers de profession. Le POSR a fait le choix d’une organisation interne souple avec un secrétariat dont sont exclus les patrons et les élus afin, je cite, de lutter "contre la reconstitution possible d’une puissance oligarchique quelconque". De ce fait et par le choix d’imposer le mandat impératif, le POSR n’hésitera pas à se séparer de nombre de militants. L’Union fédérative du Centre, la plus grosse sur le plan numérique, suite à un conflit en 1896 sur le fonctionnement interne et les questions financières, se sépare de deux de ses Députés.
Enfin ils obtiennent au cours des années 1890 1900 une très forte assise et une légitimité ouvrière du fait que ce parti agrège en son sein des chambres syndicales et des cercles idéologiques.

Les problématiques de la Charte d’Amiens
Comme le rappelle Miguel Chueca qui a mené un travail original sur la Charte d’Amiens (4), il n’est pas certain que le débat autour de la proposition du syndicat du textile et la motion proposée alors par Victor Griffuelhes ai été perçu par les acteurs de l’époque comme un acte fondateur. Après tout, la première apparition du terme de Charte date en effet de 1912 sous la plume de Griffuelhes et Jouhaux dans un article du 22 août 1912 de La Bataille Syndicaliste . Ce n’est qu’après guerre que la notion de Charte d’Amiens sera popularisée tant d’ailleurs par ses détracteurs que ses admirateurs (5).
Il existe de très nombreuses interprétations et appropriations intellectuelles de cette Charte , et la célébration du centenaire de celle-ci ne semble pas avoir aidé à s’entendre sur l’une d’entre elles. Peut être peut on s’accorder sur le fait que cette Charte délimite deux périmètres, celui du syndical et celui du parti politique. Dans cette perspective je m’interrogerai ici sur la manière dont les allemanistes participent sur le plan théorique et pratique à construire cette frontière qui ne se réduit pas à la simple question de l’indépendance mais à deux façons en définitive d’envisager la transformation de la société.

Un corpus idéologique dépassant la dualité réforme/révolution
Les Allemanistes ont été accusés sûrement à tort de ne pas être de bons théoriciens à la différence des guesdistes, des vaillantistes, des anarchistes qui produisent à la fin du 19ème siècle de très nombreuses publications dans lesquelles fut précisé et affiné leur corpus idéologique. Lucien Herr (6) tentera sans vraiment de succès de sensibliser son camp à l’impérieuse nécessité d’un minimum de théorie ou d’économie politique. Pour autant, et malgré les apparences, ils se dotent -et lègueront au mouvement syndical naissant - d’un ensemble de valeurs tout à la fois pratiques et théoriques (7).
Pour eux, les réformes en tant que telles ne peuvent suffire à elles mêmes sans projet sociétaire. Elles ne peuvent avoir un caractère que provisoire et constituent un simple palliatif.
Ils réalisent une distinction entre réformes arrachées par le mouvement ouvrier qui sont salutaires et nécessaires, et celles émanant de la seule bourgeoisie dont il faut se méfier. Tout comme la CGT, ils s’opposeront par exemple au projet de réformes des retraites ouvrières sous le motif que les ouvriers allaient être obligés d’apporter une contribution à ce nouveau système, salué par ailleurs par nombre de socialistes. Il en sera de même au sujet de la loi sur les accidents du travail d’avril 1898 qui porte pour eux un caractère de classe avantageant indéniablement le patronat.
Aussi face à ces réformes qui viennent du haut, ils portent leur préférence sur les luttes revendicatives de petite dimension parfois censées porter des aspirations authentiques et de réelles problématiques. Ils participeront ou encourageront nombre de conflits collectifs tels que celui des Verriers de Carmaux de 1895.
Très rapidement, après leur départ de la FTSF, les allemanistes vont théoriser de manière originale le fait révolutionnaire. Ils considèrent en effet comme inséparables l’action politique et l’action économique, tout en subordonnant la première à la seconde.
Les allemanistes condamnent durement le syndicalisme réformisme strict et plus largement toutes les entraves à la lutte des classes, qui condamnent selon eux les travailleurs à associer en définitive le capital et le travail. Critiquant le Musée Social, Lavaud dénonce avec force en 1898 devant une assemblée de marins-pêcheurs, la propagande de cette institution philantropique créée quatre ans plus tôt. A la tribune, il déclare que "La Fédération des Bourses du Travail met en garde les Bourses du Travail contre l’oeuvre démobilisatrice du Musée Social qui a surtout pour objet la conciliation du capital et du travail, alors que l’objectif socialiste est la suppression du salariat".

Des républicains convaincus
Si aujourd’hui le discours révolutionnaire peut apparaître anti-républicain et est perçu souvent comme tel, il n’est pas possible d’apposer cette image sur le courant allemaniste.
Au cours des années 1890, les Allemanistes s’illustreront à plusieurs reprises sur le terrain de la défense républicaine. C’est bien entendu le cas durant la crise Boulangiste et ses succédanés mais aussi lors de l’opposition anti-républicaine de 1893 qui exploitait les mécontentements liés au scandale de Panama, ou encore lors de l’affaire Dreyfus.
Au nom de la défense Républicaine, ils iront même jusqu’à soutenir Alexandre Millerand en juin 1899 lors de son entrée dans un gouvernement Waldeck Rousseau qualifié de "bourgeois", alors même que celui-ci comporte en son sein le général Gallifet, un ancien Versaillais appelé le "bourreau de Paris".
Cette attitude constante paraît au premier abord difficile à comprendre. Pourquoi, alors qu’ils critiquent sévèrement les institutions républicaines, s’en font-ils les premiers défenseurs lorsque celles-ci sont menacées ? Dans l’esprit des Allemanistes - et ils le démontrent dans différents contextes - dans toute situation, de périls qui plus est, il y a des priorités. Dans leur ensemble, critiques à l’égard de l’État bourgeois et du parlementarisme, les Allemanistes considèrent que la République ne constitue pas seulement une idéologie et un ensemble d’institutions, mais aussi un ensemble de valeurs telles que la liberté ou l’égalité que partagent amplement les Allemanistes.
Pour eux, le socialisme apparaît comme un stade ultime du républicanisme. Le Jura socialiste le 31 août 1897 ne précise-t-il pas que "Le socialisme est l’expression nette et la plus avancée de l’idée Républicaine" ?
De même le régime Républicain, malgré ses tares, apparaît comme un moindre mal par rapport aux régimes autoritaires d’essence monarchique ou impériale, car il permet une possibilité d’expression publique et la lutte des classes.

Un outil le syndicat, un moyen la grève générale
Les allemanistes n’inventent pas le concept de grève générale. Cette notion est publicisée par la Première Internationale et par différents promoteurs anarchistes entre autres. L’idée est remise au goût du jour à la fin des années 1880, et les congrès ouvriers de cette période discutent de ce moyen spécifique d’action.
L’originalité des Allemanistes c’est d’avoir été le premier parti ouvrier français à intégrer ce moyen d’action dans son programme. Dans son congrès constitutif, le POSR affirme avec force qu’ "il est nécessaire d’envisager l’éventualité d’une immense levée des travailleurs, qui, par la grève générale et internationale donneront une sanction aux grèves partielles et affirmeront ainsi plus énergiquement leur droit à la vie". Cette même grève générale "doit être décrétée, et pourra peut-être précisément précipiter le dénouement pour la Révolution sociale, but de nos efforts" (8).
Dans un souci protagoniste le POSR se dote lors de son 14ème congrès d’un Comité de grève générale qui sera composé de onze membres adhérents par ailleurs à des syndicats. Ce comité sera entre autre animé par Henri Girard, lui même secrétaire du Comité de la grève générale de la CGT. Ce dernier écrira notamment avec Pelloutier l’ouvrage désormais connu Qu’est ce que la grève générale ? (9).
Les Allemanistes produiront de nombreux articles et conférences publiques sur cet outil révolutionnaire avec un ton passionné. Bien entendu dans l’argumentaire allemaniste la grève générale ne peut se décréter mais elle peut en revanche se préparer. D’ailleurs les multiples conflits du travail qui se développent au tournant du siècle constituent autant de preuves pour eux de l’appropriation de la grève comme moyen de lutte et d’éducation prolétarienne.
Les formes que pourraient prendre cette grève générale ne permettent pas de consensus. Alors que certains estiment que cette grève peut se dérouler pacifiquement, certains rappellent que les risques de violences de la part de la bourgeoisie semblent inéluctables comme a pu le prouver quelques décennies plus tôt l’expérience de la Commune de Paris. Pour beaucoup, la grève générale constitue le meilleur moyen d’assurer efficacement la révolution sociale.
Corollaire de la grève générale, le syndicat semble être le seul outil capable de mener à bien cette besogne.
Nous le verrons plus loin, le dévouement de nombre d’Allemanistes à la cause syndicale amène ceux ci à ne pas vouloir édicter la manière de réaliser le changement de société tant espéré.
La plupart des congrès allemanistes évoquent le rôle décisif des syndicats dans la lutte révolutionnaire. Il ne s’agit pas cependant pour eux de soutenir n’importe quel syndicalisme. Ils rejettent deux formes de syndicalisme : celui de type Guesdiste condamnant le syndicalisme à une expression purement économique et subordonnée au parti, mais aussi la variante réformiste du syndicalisme considérée comme favorisant l’association capital-travail.
Mais comment considèrent-ils leur place dans une conception qui fait du syndicalisme le promoteur essentiel du changement social ? Ils assignent aux syndicats et aux Bourses du travail un rôle crucial dans la transition révolutionnaire. Pour Fribourg s’exprimant dans le journal le Parti Ouvrier : "Les bourses du Travail doivent être l’endroit où s’étudieront les formules qui aideront à la transformation de la Société, l’arsenal où se forgeront les armes morales nécessaires à la lutte ; elles doivent aussi être le point de ralliement où viennent gronder toutes les justes colères, où se regroupent toutes les énergies populaires. Ce sont les foyers centralisateurs où s’allume le flambeau de la révolte".

Un véritable modèle de société
Les allemanistes, enfin, évoquent régulièrement ce que pourraient être les bases d’une nouvelle société. Pour eux, la révolution n’est possible qu’en préparant au présent les structures qui permettront l’émergence d’institutions nouvelles. Dans cette optique, le syndicat constitue la cellule de base de la future société communiste. Ainsi le syndicat doit prendre en charge la production en gérant les entreprises par les travailleurs associés entre eux. Par la suite le syndicat est chargé de répartir le travail et d’assurer les salaires.
La commune quant à elle constituerait l’organisation de base territoriale. Pour les allemanistes, la possibilité de se débarrasser de l’État passe par la constitution d’une fédération de communes libres et souveraines.

(A suivre…)

David HAMELIN
(article publié dans le n°8 d’avril 2007 de la revue L’Emancipation)

(1) Un des effets de ce poids de la vision léniniste du syndicalisme est le faible intérêt des chercheurs pour les Bourses du Travail. La publication de la CGT à l’occasion des 80 ans de la Charte et les différentes contributions de cet ouvrage, sauf d’heureuses exceptions participe de cette vision marxisante : Le congrès de la Charte d’Amiens, comptes rendus intégraux et sept études de Jean Maitron [et al.] ; présentation de Georges Séguy, Paris : Institut C.G.T. d’Histoire sociale, 1983, 494p.
(2) Didier Bigorgne, Les allemanistes (1882-1905), Itinéraires, place et rôle dans le mouvement socialiste français , Thèse de doctorat sous la dir. de Jacques Girault, Université de Paris XIII, 2001, 3 vol., 793p.
(3) Sur l’actualité des publications sur le socialisme nous renvoyons le lecteur sur le site de l’Office Universitaire de Recherche sur le Socialisme (L’OURS) : http://www.lours.org/ainsi que sur celui de la fondation Jean Jaurès :http://jean-jaures.org
(4) Miguel Chueca et Émile Pouget, 1906, le Congrès syndicaliste d’Amiens , Paris, Ed. CNT-Région parisienne, 143p.
(5) On peut néanmoins renvoyer aux communications de Danièle Tartakowsky intitulé Les usages de la Charte autour de 1936 ainsi qu’à celle de Denis Barbet et Sophie Béroud Regards croisés sur les commémorations et usages de la Charte au cours du siècle lors de la journée d’étude et de débat organisée par l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT le 26 septembre dernier, consacrée au centenaire de la Charte et dont les actes nous l’espérons paraîtront prochainement. (6) Sur la vie de Lucien Herr, nous conseillons la lecture d’un ouvrage déjà ancien de Daniel Lindenberg,et Pierre-André Meyer, Lucien Herr, le socialisme et son destin , Paris : Calmann-Lévy, 1977, 318p.
(7) On peut cependant mentionner plusieurs publications d’Allemanistes au sein desquelles ils font part au public de leur regard sur l’actualité, mais aussi de leur conception du changement de société : Louis Arces-Sacré, Lois du socialisme , Paris : A. Fayard, 1892-1894, Partie I : 160p., Partie II : 160p., Partie III : 160p. ; Maurice Charmay, Législation directe et parlementarisme , Paris : Bibliothèque socialiste, 1895, 40p.
(8) Compte-rendu du Xème Congrès national du POSR tenu à Châtellerault du 9 au 15 octobre 1890.
(9) Louis Girard et Fernand Pelloutier, Qu’est ce que la grève générale ? , Paris : Librairie Socialiste, 1901.
(10) Dans Le Jura Socialiste du 1er décembre 1899, Ponard définit ainsi le rôle des communes : "Politiquement, la commune individuelle faisant ses lois, économiquement maîtresse de ses actes, propriétaire des moyens de consommation, de productions, des maisons (...), l’État ne sera plus qu’une agglomération fédérée de communes ayant une simple mission administrative des grands services publics".

 

 

Le POSR et le syndicalisme révolutionnaire (partie 2)

Quand un parti influence et structure le syndicalisme révolutionnaire :

Le POSR dans la France de la Belle époque (1890-1906)

Notre camarade David Hamelin poursuit la présentation de l’allemanisme, un courant du mouvement ouvrier français du début du 20esiècle aussi important que méconnu (voir la première partie dans le numéro précédent de note revue). Après avoir étudié la genèse et les principales caractéristiques idéologiques de ce courant, il en étudie maintenant les pratiques politiques, et surtout leur rôle dans la constitution de la CGT syndicaliste révolutionnaire. Au final, il semble bien que le succès des allemanistes dans cette dernière soit très paradoxal, puisqu’il s’accompagne de l’effacement de l’allemanisme dans le mouvement socialiste...

La participation aux institutions démocratiques ne va pas de soi dans la famille socialiste au tournant du siècle. Si les Guesdistes, les Vaillantistes les Socialistes Indépendants participent aux différents scrutins et obtiennent en fonction de leurs implantations respectives de bons résultats, les raisons et finalités de cette participation font débat d’autant que la démocratie parlementaire n’a pas résolu à cette époque la question sociale.
Les pratiques allemanistes : défiance face au parlementarismeLes Allemanistes accordent peu de vertus au suffrage universel. Pour eux, les institutions politiques en l’état et sans redéfinition des rapports de force ne peuvent reproduire que les intérêts de la bourgeoisie. Jean Allemane lui même déclare que "Le bon sens, le devoir nous imposent de rechercher le moyen de mettre un terme à cette ignoble duperie, (...) qu’est le suffrage universel" (1).
Ce rejet du suffrage universel nourrit naturellement l’antiparlementarisme. Dès qu’une initiative socialiste semble représenter un tremplin électoraliste, les allemanistes tendent à quitter celle-ci.
Ils quitteront par exemple la Ligue d’Action Révolutionnaire pour la conquête de la République fondée en janvier 1893, qui regroupe en son sein les socialistes parisiens, et qui est perçue au fil des semaines comme un simple tremplin électoral pour les échéances municipales et législatives.
Comment dépasser, dans ces conditions, le parlementarisme ? Pour les Allemanistes, par la législation directe du peuple. C’est une idée, un concept qu’ils défendront notamment au Congrès International de Zurich en août 1893 par le dépôt d’une motion signée par Langevin membre du POSR et secrétaire du Cercle typographique d’études sociales de Paris. Ce projet préconise la suppression des corps légiférants (Chambre, Sénat ou Conseil d’État) et leur remplacement par un législatif décentralisé jusqu’à la commune, la section et le citoyen.
Les allemanistes justifient leur participation aux élections, y compris législatives, par le fait qu’elles constituent une occasion pour la prise de conscience des travailleurs, un moyen efficace de propagande pour faire connaître leur doctrine et leur programme social.
Ils tiennent cependant à faire la distinction entre, d’une part les élections législatives, et d’autre part les élections municipales, la commune constituant selon eux un moyen efficace de lutter contre l’État centralisateur.
Quel rapport aux institutions ? La question de la conquête des pouvoirs publics fait évidement débat dans les rangs des Allemanistes entre partisans de l’abandon pur et simple de cette stratégie et les partisans propagandistes. Chaque scrutin mais aussi chaque revers électoral, nombreux notamment dans les années 1896-1897, ramènent dans le champ de la discussion ces interrogations.
Parmi ces débats, la place du socialisme municipal prend une place prépondérante. A l’image des autres courants socialistes les Allemanistes portent un vif intérêt aux élections communales et surtout aux réalisations municipales rendues possibles par la victoire d’une majorité socialiste. Au sein des quelques municipalités gagnées par les militants du POSR, surtout dans les régions où ils bénéficient de bases solides à l’image des Ardennes et du Dijonais, ils ne tardent pas à mettre en oeuvre un certain nombre de réformes inscrites dans leur programme. L’instauration de l’assistance médicale gratuite, la distribution des vêtements aux indigents, l’aide à la constitution des Bourses du Travail et l’appui aux mouvements grévistes par la distribution entre autres de vivres, sont autant de réalisations qui confortent ces militants dans leur choix de privilégier cette échelle territoriale et qui assoit une certaine légitimité populaire.
Parée de toutes les vertus, la commune constitue un excellent outil de propagande et d’agitation contre l’État. Certains élus allemanistes se plaisent à montrer les exemples de municipalité étant parvenu à faire plier l’État incarné localement par le préfet.
La conquête des municipalités devient donc une priorité. C’est dans cette perspective que des rapprochements et alliances sont possibles avec notamment les vaillantistes. Ils gagneront ensemble des communes de Saint-Ouen et de Saint-Denis en banlieue parisienne. Des élus de ces deux courants seront également à l’origine de la Fédération des communes socialistes de France au sein de laquelle ils ne tarderont d’ailleurs pas à être supplantés par des socialistes réformistes ou indépendants.

Un rôle important dans la fondation de la CGT
En son temps, la FTSF avait mis beaucoup d’énergie dans la construction d’un mouvement syndical en France, le POSR en fera une priorité.
On retrouve les allemanistes au sein de la Chevalerie du travail, cette "société secrète", "franc maçonnerie" ouvrière comme on a pu également la dénommer, fondée en 1893 et qui a été remarquablement étudiée par Maurice Dommanget (1) ; il convient de rappeler que ce creuset de militants ayant pour points communs un antiparlementarisme et la promotion des idées grève-généralistes fut également porté par nombre d’Allemanistes.
Cette société joua un grand rôle dans la constitution et l’animation de la fédération des Bourses du Travail. Autour de Fernand Pelloutier, on retrouve, outre des personnalités qui joueront un rôle important dans les années qui suivent, à l’image d’Alexandre Millerand de nombreux Allemanistes à commencer par Guérard ou Lhermite.
La naissance de la fédération nationale des Bourses du Travail lors du congrès de Saint-Étienne des 7 et 8 février 1892 est saluée par les allemanistes qui voient dans ce nouvel organisme un moyen d’affaiblir l’influence de leurs rivaux socialistes, à savoir les Guesdistes, mais aussi de regrouper dans un organisme unique les organisations ouvrières. Ils jouent d’ailleurs un rôle crucial dans la tenue, l’organisation et la réussite de ce congrès.
Les congrès de 1893 à Paris, et 1894 à Nantes, permettent aux Allemanistes venus à chaque fois en nombre et avec une stratégie définie de se débarrasser des militants Guesdistes qui gardent malgré tout dans certaines localités telles que Saint-Étienne ou certains secteurs professionnels tel que celui du textile une influence non négligeable.
Ils contribuent également à l’élection de Fernand Pelloutier au poste de secrétaire de cette Fédération. Pelloutier d’ailleurs s’appuiera autant que ces derniers s’appuieront sur lui, pour doter la Fédération des bourses du travail et la CGT d’un corpus idéologique.
Ses affinités et ses liens avec les allemanistes lui assureront d’ailleurs des critiques répétées qui lui reprochent de privilégier les allemanistes qualifiés d’ "allemanarchistes" par leurs détracteurs.
Le congrès fondateur de la CGT consolide cette coalition. On ne reviendra pas ici sur le processus qui aboutit à la constitution de cette confédération syndicale. Il est néanmoins important de noter que ce congrès est l’occasion une nouvelle fois pour les socialistes en général et les allemanistes en particulier de s’assurer de la conformité de cette nouvelle structure à leur vue. Tous les leaders allemanistes sont présents à Limoges. Ils sont un certain nombre à avoir une légitimité déjà importante dans le mouvement syndical à l’image de Besombes de la Bourse du Travail de Paris, ou Georges Lhermite du syndicat national des chemins de fer et secrétaire de la Bourse du Travail de Paris...
Pour assurer leur présence une chasse aux mandats en amont a été soigneusement menée afin d’assurer un nombre suffisant de militants pour cette occasion.
Girard parviendra à imposer l’intégration statutaire du Comité de la grève générale dans le conseil national de la CGT. La domiciliation de confédération à la Bourse du Travail de Paris, Bourse au sein de laquelle ils sont particulièrement influents, témoigne de leur relative emprise sur cette CGT naissante.

L’investissement dans le mouvement syndical
Durant les dix premières années de la vie de la CGT les militants allemanistes vont participer activement à la vie de la confédération, durant les congrès bien sûr mais également sur le terrain.
Ils fourniront de nombreux cadres aux Bourses du travail qui se structurent alors, mais aussi aux fédérations professionnelles.
Sur le plan confédéral la place des allemanistes est indéniable. Quelques chiffres éclaireront notre propos : entre 1895 et 1900 plus de dix Allemanistes siègent au conseil national de la CGT.
Eugène Guérard secrétaire général du syndicat des chemins de fer sera le secrétaire général de la CGT d’avril à novembre 1901 avant de laisser sa place à Griffuelhes, et Albert Lévy sera Trésorier de la CGT de 1902 à 1908.
"Fusionner mais pas absorber", telle pourrait être la devise des Allemanistes qui ne parviennent pas malgré leur poids, ou peut être d’ailleurs à cause de celui-ci, à avoir une unité de vue entre l’interpénétraton des sphères syndicales et politiques, ainsi que sur les liens entre la CGT et la Fédération des Bourses du Travail.
C’est l’occasion ici de comprendre comment les allemanistes essaient de se positionner au regard de l’indépendance syndicale, eux-mêmes ne se considérant pas malgré leur attache au POSR comme subordonnant la CGT à leur propre fin. Pour Eugène Guérard, le syndiqué "(...) ne doit pas, en matière économique, subir l’influence de son parti et tenter d’introduire par ordre dans son syndicat l’opinion de son parti pour ou contre une méthode (…) Nous (la CGT) estimons qu’en ce qui concerne l’émancipation des travailleurs, ce sont les syndicats, qui influençant les partis politiques, doivent indiquer en premier lieu les réformes qu’ils entendent et les moyens de les obtenir" (3).
A de nombreuses reprises aux côtés des militants anarchistes ralliés au syndicalisme, ils se font les défenseurs acharnés de l’indépendance syndicale quand certains socialistes ou syndicalistes évoquent telle ou telle possibilité pour les syndicats de proposer leur programme aux candidats socialistes ou de faire du lobbying.

Une audience en repli
Dans les premières années du vingtième siècle le POSR perd certains de ses places fortes. Plusieurs fédérations, notamment celles de l’Yonne, de la Nièvre, du Doubs et de l’Ain, favorables à l’Unité socialiste, veulent s’émanciper de la tutelle parisienne. Après l’échec de constitution d’une troisième force - face au PSG et au PSDF (4) - avec certaines fédérations autonomes, le POSR continue son repli et ne participe plus aux congrès socialistes. Cette position se solde par des reculs électoraux à Paris, place traditionnelle de l’allemanisme. Un dernier sursaut intervient avant l’absorption par la SFIO avec la création d’une Fédération socialiste de Gascogne et un regain électoral dans plusieurs arrondissements parisiens et en banlieue.
Durant ces années, on observe une réelle dispersion militante. Au moment de la réunification, le Parti ne pèse plus grand chose avec moins de 2 700 adhérents, essentiellement dans la Fédération du Centre. A la SFIO, le porte-parole du syndicalisme révolutionnaire n’est plus Jean Allemane, mais Hubert Lagardelle ou Gustave Hervé.

L’émergence d’un conflit générationnel
Un clivage apparaît entre jeunes et militants plus anciens. Si des allemanistes accèdent à des postes de responsabilité au sein de la jeune SFIO, force est de constater qu’un malaise profond s’installe. Le développement du parlementarisme et l’émergence d’un parti hiérarchisé et ordonné, ne satisfont pas des militants de tendance anti-autoritaire et sensible à l’antiparlementarisme. Beaucoup se consacrent désormais au syndicalisme, d’autres optent pour le mouvement coopératif.
Au lendemain du Congrès d’Amiens, le vote de la motion Griffuelhes et de plusieurs autres motions interpelle les socialistes. Certains l’interprètent comme un revers de la SFIO. Au congrès SFIO de Limoges, les guesdistes s’opposent à la motion du Tarn qui reconnaît l’indépendance syndicale, cependant que Jaurès ouvre les colonnes de L’Humanité aux cégétistes. Quelques-uns parlent même d’"inféodation" à la CGT.

Un succès paradoxal
L’héritage allemaniste est assez difficile à appréhender. Son influence sur les premières années de la CGT et sur une partie du mouvement socialiste français est indéniable. La motion d’Amiens n’est pas sans résonances avec les positions et écrits du POSR. L’articulation réforme-révolution ; la prépondérance de la lutte économique sur les luttes politiques, le thème de la grève générale... sont familiers aux amis d’Allemane. La littérature savante a présenté une image parfois déformée du courant allemaniste, privilégiant le recensement des positions acquises dans les organisations syndicales au détriment de son apport intellectuel, sensible dans la Charte d’Amiens.
Ironie du sort, le texte présenté comme le point d’orgue du syndicalisme révolutionnaire intervient au moment même ou l’allemanisme a cessé d’être une force politique autonome. En un sens, le texte marque la fin du courant. Le succès du syndicalisme révolutionnaire et de la CGT, que les allemanistes ont largement contribué à construire, offre la perspective d’un autre socialisme, à côté ou en conflit avec le modèle qu’incarne dorénavant la SFIO. Avec un syndicalisme solidement ancré dans la société, l’allemanisme perd sa raison d’être.

David Hamelin
(article publié dans le n°10 de la revue L’Emancipation)

(1) Le Parti Ouvrier du 17-18 janvier 1893.
(2) Maurice Dommanget, La Chevalerie du Travail française 1893-1911, Contribution à l’histoire du socialisme et du mouvement ouvrier , Lausanne : Éditions Rencontre, 1967, 564p.
(3) VIIIe Congrès corporatif tenu à Tours du 14 au 19 septembre 1896.
(4) Le Parti Socialiste Français (P.S.F.) est constitué lors du Congrès de Tours au mois de mai 1902 et regroupe les Socialistes indépendants, la Fédération des Travailleurs Socialistes, et des fédérations autonomes. Quelques mois après, en Septembre 1902 au Congrès de Commentry, intervient la constitution du Parti Socialiste de France (P.S.D.F.) regroupant le Parti Ouvrier Français de Guesde, le Parti Socialiste Révolutionnaire et l’Alliance communiste. Ces deux partis avec les fédérations restées autonomes et le POSR seront à l’origine de la création en 1905 de la SFIO.

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Published by Communistes libertaires de la CGT - dans Notre histoire
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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 21:40

Article synthétique qui résume les courants principaux au sein de la Cgt entre sa fondation 1895 et la première guerre mondiale, 1914.

extrait du site de la Ferc animation de Lorraine.

 

 

Aux débuts de la CGT

L'AGE D'OR DU SYNDICALISME REVOLUTIONNAIRE

 

 

Dès ses origines, la CGT présente un caractère pluraliste. Elle se constitue officiellement en 1895. Le mouvement syndical est marqué par l’influence de trois courants qui ne cessent de s’affronter : Les réformistes. Les socialistes guesdistes. Ils sont favorables à la lutte de classes, mais pour eux c’est l’action politique « parlementaire » qui est prioritaire. La pratique syndicale lui est subordonnée et n’est qu’un instrument de sensibilisation des masses. Les « anarcho-allemanistes » ( "anarchistes" selon l’historiographie officielle communiste), sont opposés à toute représentation ouvrière et parlementaire et rejettent les partis politiques. Mais ils donnent la priorité à l’action syndicale qui doit déboucher sur une transformation révolutionnaire de la société. Ce courant regroupe bien entendu des anarchistes sociaux lassés des dérives illégalistes et de la propagande par le fait, des socialistes allemanistes (antiparlementaires), des vaillantistes et divers groupes plus anciens (blanquistes, proudhoniens...). Ils deviendront les « syndicalistes révolutionnaires ». Ces trois courants et leurs luttes d’influence vont fortement marquer la vie de la CGT jusqu’en 1914. Ce sont d’abord les réformistes qui président à l’implantation du syndicalisme. Les chambres syndicales se développent tout d’abord sur des bases modérées. Mais à partir du Congrès de Marseille, le mouvement ouvrier se radicalise et les réformistes sont désormais réduits à un rôle marginal. Les -guesdistes et les anarcho-allemanistes occupent désormais la première place. Le syndicalisme naissant est aussi marqué par la diversité des structures à partir desquelles se constitue la CGT.

 

Deux organisations préexistantes se trouvent essentiellement en concurrence : La Fédération Nationale des Syndicats. Elle reste alors assez effacée. La Fédération Nationale des Bourses. En plus de sa mission sociale, elle sert de caisse de résistance et d’agitation révolutionnaire. Elle subit de plus en plus l’influence d’anciens révolutionnaires anarchistes et socialistes radicaux. C’est dans le cadre des Bourses que se développe les thèses et pratiques du syndicalisme révolutionnaire. Malgré les tensions qui opposent ces deux fédérations, elles finissent par se rapprocher. A Limoges, le regroupement s’effectue enfin avec la création de la Confédération Générale du Travail. La nouvelle Confédération reste cependant assez fragile car elle rassemble de façon confuse toutes les formes possibles d’organisation syndicale. Elle doit assurer la cohésion entre des intérêts contradictoires. En particulier, il lui faut résister à l’opposition incessante de la puissante FNB qui a gardé son autonomie et exerce toujours une influence prépondérante.

 

A partir du Congrès de Montpellier, le rapport de forces s’inverse : la FNB est affaiblie après la disparition prématurée de Pelloutier ; la CGT commence à se consolider. Elle se dote alors de nouveaux dirigeants plus dynamiques. Elle affermit également son unité par la mise en place d’une structure plus claire. Désormais ne doivent plus subsister à la CGT que les Fédérations et les Bourses auxquelles doivent s’affilier conjointement les syndicats. La FNB est absorbée par la CGT qui l’accueille sous forme de section des Bourses aux côtés des Fédérations de métiers et d’industries. Au cours des années suivantes, l’équilibre entre ces deux organisations concurrentes va se modifier : l’influence des Bourses va progressivement diminuer au profit des Fédérations. Les Bourses vont être transformées en Unions Départementales et Locales. Cette double structure de la CGT va marquer son histoire et son fonctionnement, entre syndicalisme d’industrie et syndicalisme de proximité. En parallèle, les Fédérations de métier vont être peu à peu relayées par des Fédérations d’industrie. Les progrès de l’organisation du travail et du machinisme rendent en effet nécessaire de regrouper sur une base plus large les ouvriers qui travaillent sur une même matière première. Il en résulte une marginalisation des organisations qui reposaient sur les milieux les plus traditionnels.

 

L’essoufflement des Bourses du Travail n’empêche pas que se prolonge et s’impose avec succès le syndicalisme révolutionnaire que F. Pelloutier a largement contribué à impulser. Cette orientation doit essentiellement son rayonnement aux Bourses : elle a attiré des anarchistes, enfin tous ceux qui se démarquent des guesdistes. Ceux-ci ont été mis en minorité au Congrès de la FNS en 1894 et par la suite ils ne jouent plus qu’un rôle secondaire. Comme les réformistes sont également tenus à l’écart, ce sont les syndicalistes révolutionnaires qui vont tenir les devants de la scène jusqu’en 1914. Quelques principes du syndicalisme révolutionnaire Le syndicalisme révolutionnaire repose sur quelques principes de base : le syndicat doit travailler à l’émancipation des travailleurs et au renversement du capitalisme, l’Etat est rejeté car il est avant tout répressif et on lui refuse toute possibilité d’intervenir dans les domaines économique et social, la politique au sens de l’action des partis est perçue avec méfiance. Le syndicat doit préserver son indépendance de classe : la CGT est même considérée et présentée comme le "Parti du Travail" par Emile Pouget ; les méthodes d’action reposent essentiellement sur l’affrontement de classe et non sur la négociation. Toute amélioration doit être conquise par les travailleurs et non octroyée par l’Etat. L’action peut être déclenchée par une minorité consciente et dans ce cas, peut avoir un caractère spectaculaire pour entraîner l’adhésion des masses. Le prolétariat doit également sensibilisé grâce à l’éducation ouvrière. L’expression "action directe" ne désigne pas obligatoirement une action violente. Les syndicalistes révolutionnaires s’efforcent de mettre ces principes en application au quotidien. Pour eux, la révolution est proche et le mouvement ouvrier organisé doit être prêt à assumer la gestion de la société. Leurs thèses rencontrent peu d’opposition au sein des partis politiques à l’exception des guesdistes. Le thème de l’indépendance syndicale a été défendu dès la naissance officielle de la CGT : le Congrès de Limoges pose comme principe qu’est exclue toute action politique au sein de la Confédération. Cette orientation est ensuite solennellement réaffirmée au Congrès de 1906 dans la « Charte d’Amiens ». Cette option est partagée par les réformistes. C’est dans cet esprit d’autonomie qu’aucune relation n’est alors établie avec la SFIO, nouvellement créée. Le recours à la grève générale est préconisé pour faire adopter la journée de huit heures. Il s’agit d’une revendication ancienne qu’il faut impose par de nouvelles formes de lutte. Dès 1905, la date du 1er mai 1906 est retenue pour cette action. Malgré une très grande sensibilisation de l’opinion et une préparation de plus d’un an, cette grève générale est un échec relatif. Il y a eu une large mobilisation, mais sans qu’on débouche sur le mouvement révolutionnaire attendu et sans obtenir gain de cause. La grève générale est aussi le moyen envisagé pour s’opposer à la guerre qui menace de plus en plus. L’Etat est dénoncé à l’occasion de sa première intervention en matière de législation sociale. Les syndicalistes révolutionnaires s’opposent en effet à la loi sur les Retraites Ouvrières et Paysannes. Cette mesure est présentée comme une escroquerie détournant l’argent des travailleurs qui meurent trop tôt pour pouvoir en profiter. A partir de 1909, le syndicalisme révolutionnaire conserve la première place en apparence. En effet, la CGT connaît alors des difficultés de fonctionnement qui s’accompagnent de tensions internes. A l’intérieur de la Confédération les rapports de forces se sont modifiés. Le passage du syndicalisme de métier au syndicalisme d’industrie est une adaptation aux transformations qui se sont produites dans l’organisation du travail et les mentalités. De nouveaux militants, souvent jeunes ont été recrutés dans des catégories nouvelles. Ils ne partagent pas forcément les valeurs des militants de la première heure. De façon générale, on constate une perte de la culture antérieure et l’installation dans le confort d’une idéologie toute faite. Pour remédier à cette première crise du syndicalisme, un groupe autour de Monatte, cherche à adapter la CGT.

 

En octobre 1909, ils fondent « la Vie Ouvrière ». L’objectif est de donner aux militants, souvent insuffisamment formés une meilleure connaissance du monde où ils vivent pour pouvoir agir avec plus de conscience. Le groupe de « la Vie Ouvrière » réinsuffle de la réflexion dans le syndicalisme révolutionnaire dans cette période d’avant-guerre. Mais son dynamisme masque en réalité le recul partiel de cette orientation. De nombreux syndicats s’en démarquent. Le principe « une organisation, une voix », base de la démocratie industrielle, est stigmatisé par les réformistes qui constatent que cela bloque leur progression numérique. L’approche de la guerre entraîne par ailleurs un assouplissement des positions doctrinales. Devant la menace grandissante, l’idée d’indépendance syndicale est remise en cause. La CGT accepte en effet , conformément à ses campagnes antimilitaristes, de s’associer à la SFIO dans une lutte commune contre le service militaire de trois ans. La première guerre mondiale : virage réformiste ? La Première Guerre Mondiale constitue pour le mouvement syndical français une rupture brutale qui le traumatise pour longtemps. L’acceptation de la guerre et de la mobilisation sont en en complète contradiction avec la stratégie développée depuis de longues années. C’est la fin de l’unanimité. On peut expliquer ce brusque retournement par des causes diverses : une fraction croissante de la classe ouvrière a intégré les valeurs dominantes de la société ; le sentiment nationaliste s’est révélé plus puissant que l’on n’aurait cru... Néanmoins, ce retour en force des positions réformistes que l’on croyait révolues, apparaît à beaucoup comme incompréhensible. Mais, ce qui semble plus choquant encore est le ralliement à l’Union Sacrée. Le discours de Léon Jouhaux, jeune dirigeant syndicaliste révoutionnaire sur la tombe de Jaurès marque les esprits. Il signifie une reconnaissance de l’Etat et de la bourgeoisie et le cautionnement de leur rôle dans le déclenchement de la guerre. Les critiques portent sur diverses décisions engageant la CGT dans la voie de la coopération : · nomination de Jouhaux comme Commissaire National · politique de « présence » · soutien apporté aux ministres socialistes La Confédération est désormais en étroite relation avec un Etat de plus en plus impliqué dans le domaine économique et social. Peu à peu, elle élargit sa réflexion pour préparer la reconstruction économique et la réorganisation sociale d’après-guerre. Enfin la CGT envisage ses rapports avec l’Etat en termes de négociation et non plus d’affrontement. Face à l’orientation réformiste développée par la direction se manifeste une opposition dans le prolongement de l’internationalisme ouvrier.

 

En 1914, les militants qui mettent en cause la position officielle de la Confédération ne sont encore qu’une poignée : quelques anarchistes, quelques socialistes et surtout de nombreux SR proches de l’équipe de « la Vie Ouvrière ». Ce courant reste minoritaire, il est d’abord très isolé et ne se manifeste que par des actions ponctuelles. Cependant au fur et à mesure que la guerre se prolonge, la tendance minoritaire s’étoffe et cherche à canaliser le malaise ressenti face aux horreurs du front et à la dégradation des conditions de vie. Les interventions en faveur de la paix accentuent l’opposition à la politique confédérale. 1917 marque une étape importante : l’année est marquée par l’annonce de la révolution russe.

Sous la pression ainsi exercée se produisent des reclassements : un certain nombre d’opposants se rallient à la direction confédérale. Majoritaires et minoritaires font taire momentanément leurs différends : au Congrès de Clermont-Ferrand de 1917, ils se mettent d’accord sur un texte de compromis qui reconnaît à la fois les principes de paix de Wilson et le rôle moteur de la révolution russe. On peut expliquer cette pause dans le conflit qui oppose les deux tendances par un sursaut nationaliste de solidarité face aux périls qui s’accentuent en cette fin de guerre. Malgré ce rapprochement momentané, un lourd contentieux subsiste entre majoritaires et minoritaires qui va peser lourdement sur l’avenir. En marche vers la scission de 1921 Après la guerre, l’opposition réapparaît au grand jour et se durcit : du côté des majoritaires, l’inflexion réformiste est accentuée : acceptation des conditions de paix au nom du réformisme ; du côté des minoritaires, la critique des orientations de la direction s’organise autour de Monatte et de la « Vie Ouvrière » qui leur sert de tribune. Les camarades remettent en cause publiquement le syndicalisme de « présence » . Mais c’est surtout l’attitude pendant la guerre et le soutien à l’Union Sacrée qui sont dénoncés. Leur réserve sur cette question est symbolisée par la formule : « Nous ne voulons ni pardonner, ni oublier ». Avec le retour à la paix, le réflexe nationaliste ne joue plus. Dès le Congrès de Lyon, l’opposition, se manifeste de nouveau avec vigueur. Les minoritaires ont désormais reconstitué leurs forces. Ils restent cependant désorganisés.

 

Plusieurs éléments vont contribuer à renforcer l’opposition : Les grèves de 1920 accentuent la cassure interne de la CGT. Au départ, l’initiative provient des Cheminots qui viennent de doter leur Fédération d’une direction minoritaire et se montrent très actifs. Ils appellent à la grève générale et revendiquent notamment la nationalisation des chemins de fer. La CGT est très réservée sur ce mouvement mais elle ne peut que le soutenir. Or cette grève aboutit à un échec. Insuffisamment préparée, elle se heurte à l’inflexibilité de l’Etat et des compagnies de chemin de fer. La mobilisation est assez bonne chez les cheminots et quelques autres fédérations.

L’objectif de désorganisation sociale est donc manqué et la reprise du travail s’accompagne d’une répression féroce. C’est un coup fatal pour la combativité ouvrière comme l’atteste la diminution spectaculaire du nombre de grèves dès juin 1920. · La situation internationale contribue également à détériorer la situation. A la fin de l’année 1919, la question de la création d’une internationale syndicale révolutionnaire est débattue lors du premier congrès panrusse des syndicats.

 

La perspective est également débattue au IIème congrès de l’IC de 1920. Rappelons qu’à ce congrès de nombreuses délégations syndicales sont présentes, certaines apportant même leur adhésion à l’IC. C’est le cas par exemple de la CNT espagnole ou de l’USI italienne. Mais il apparaît rapidement que la plupart des organisations syndicales tiennent à leur indépendance et que la majorité ne désirent pas adhérer à l’Internationale Communiste. La création des Comités Syndicalistes révolutionnaires peut aussi être perçue comme un soutien à la vague révolutionnaire russe, embryons d’une section française de l’Internationale Communiste et celà avant même le Congrès de Tours. Les relations avec les révolutionnaires russes posent problème. Les majoritaires soulignent que l’adhésion à l’IC doit respecter 21 conditions requises.

 

Une des conditions fait en effet obligation aux partis de créer dans les syndicats des noyaux afin de sensibiliser les travailleurs au communisme. Une autre entorse à l’autonomie des syndicats est le lien organique qui existe entre l’Internationale Communiste et l’Internationale Syndicaliste Rouge qui vient d’être créée pour regrouper les différents syndicats révolutionnaires. Il faut toutefois modérer cette vision de mise sous tutelle en 1920 des syndicats par les bolcheviks, ceux-ci en effet concèdent aux SR de nombreux pays la plupart des postes dont le secrétariat général de l’ISR (le Profintern). Au final, chaque tendance va invoquer la « Charte d’Amiens » qu’elle interprètera dans le sens de ses intérêts. Il faut noter que persiste un important attachement à l’indépendance du syndicat, nul n’ose en 1920 critiquer l’autonomie du syndicat « la seule véritable organisation de classe ». Pourtant, les tensions qui vont en s’accroissant ont un processus qui aboutira à la scission : · Le Congrès d’Orléans de septembre 1920 marquait une progression des minoritaires, ainsi sont généralisés les Comités Syndicalistes Révolutionnaires. Les CSR ont vocation de recevoir les adhésions des syndicats minoritaires. · Au CCN de novembre 1920, les majoritaires réagissent contre cette manifestation « d’indiscipline » et dénoncent les adhésions aux CSR comme un acte « d’hostilité » et de « scission morale ». Par conséquent, la CGT « s’inclinera » devant les exclusions que prononceraient ses Fédérations et ses Unions. En fait l’arme de l’exclusion apparaît impopulaire et ne peut empêcher les minoritaires de progresser rapidement. Ils conquièrent d’importants bastions et l’écart avec les majoritaires se réduit fortement. · Le Congrès de Lille de 1921 est avancé de deux mois sur la date prévue par crainte d’une victoire des révolutionnaires. La question de l’affiliation internationale se pose alors. Un CCN de février 1921 avait déclaré illégale toute adhésion à l’ISR. Cependant l’épreuve de force est évitée : depuis février, les CSR ont décidé d’ajourner leur affiliation car au sein des CSR, les anarchistes "syndicalistes purs" ont repris du pouvoir et l’ISR a malheureusement clarifié ses positions concernant l’articulation syndicat- parti et réaffirmé le rôle d’avant-garde du parti face à l’organisation de classe.

 

A propos des exclusions, la majorité se montre extrêmement discrète pour ne pas aviver le s tensions. Dans ces conditions ils parviennent à éviter la rupture face à une minorité divisée entre composantes anarchiste et communiste. Ces deux sensibilités s’accordent dans leur opposition commune mais ont plus de mal à se mettre d’accord sur une programmation commune. · Au CCN de septembre 1921, la majorité confortée de justesse au Congrès, reprend l’offensive. Elle avalise les premières décisions d’exclusion. Le mécanisme d’exclusion par les Fédé et UD est ainsi enclenché. Menacés de démantèlement, le s minoritaires contre-attaquent en convoquant un Congrès extraordinaire du 22 au 24 décembre. Cette initiative est dénoncée par les majoritaires comme un nouvel acte d’indiscipline menant à la scission. Et en effet celle -ci est alors décidée malgré de nombreuses résistances chez les minoritaires : une nouvelle Confédération se constitue. Pourquoi cette scission ? Intervenant bien peu de temps après la terrible secousse occasionnée par la guerre, cette scission créée un traumatisme profond. Les protagonistes se sont accusés mutuellement de cette scission : · Pour les majoritaires, les véritables responsables sont les syndicalistes révolutionnaires communistes. Invoquant la « charte d’Amiens », ils dénoncent la dérive du Parti Socialiste. Ils lui opposent le syndicat. Décidés à se débarrasser des communistes, les majoritaires disposaient de l’arme de l’exclusion. Mais cette mesure extrême était mal vue et difficile à mettre en œuvre : en raison de la centralisation, la CGT avait peu de prise sur ses organisations de base qu’elle connaissait mal.

 

Un autre moyen était de pousser les opposants au départ volontaire. C’est ce qui a été tenté à propos de l’affiliation à l’ISR mais n’a pu alors aboutir. C’est également la conclusion inévitable du processus d’exclusion que la CGT cautionne. En laissant faire ses Fédé et ses UD, elle n’a plus qu’à attendre que les minoritaires prennent l’initiative de la rupture. Du côté des minoritaires, anciens syndicalistes révolutionnaires, les opinions sont diverses : le groupe de la « Vie Ouvrière » se qualifie de « syndicaliste communiste » car il reste fidèle au syndicalisme révolutionnaire. Ils restent aussi très attachés à l’indépendance du syndicalisme et sont méfiants envers l’appareil politique. Mais ils se sont opposés à une scission prématurée, qui a fait le jeu des chapelles politiques réformistes et anarchistes. Certains ont préfèré préserver l’unité de leur syndicat, et rester adhérents à la CGT et lutter à l’intérieur contre l’influence réformiste. - Les « communistes internationalistes » sont des syndicalistes qui suivent les mots d’ordre de l’ISR puis se rapprochent progressivement de l’IC. Conformément aux directives de ces instances, ils sont également opposés à l’idée de scission. Celle -ci laisserait en effet les masses sous le contrôle des seuls réformistes et affaiblirait la minorité.

 

Du côté du PC, la tendance, est aussi au maintien de l’unité syndicale. Les « syndicalistes purs », ou futurs anarcho-syndicalistes, groupés autour de Pierre Besnard et du Pacte : ils se démarquent des précédents par leur refus de suivre l’Internationale et de subir sa tutelle (vieille querelle anarchisme-marxisme). Certains continuent de se réclamer du syndicalisme révolutionnaire, mais vu sous un angle uniquement idéologique. Ce groupe revendique l’autonomie syndicale à la fois dans le parti et dans les CSR. Certains d’entre eux jouent de leur double appartenance et cela leur assure une influence considérable. Ils se rallient à l’idée d’une scission inévitable et en sont la cause principale. Les anarchistes sont peu nombreux et très divisés. Ils sont peu formés et peu organisés. Le mouvement d’exclusion les oriente plus nettement en faveur de la scission. Ils seront nombreux à choisir l’autonomie et à refuser le clivage CGT-CGTU, ce refus ne sera toutefois pas théorisé dans le cadre de l’indépendance de classe. Il semble donc qu’en se rapprochant les syndicalistes purs et les anarchistes aient poussé dans le sens de la scission face à des réformistes trop heureux de rejeter la faute sur les révolutionnaires. Au-delà de la recherche des responsabilités immédiates, on voit que les ferments de division existaient depuis longtemps et qu’à partir de 1920 le processus menant à la scission s’est enclenché de façon mécanique. Chaque mesure adoptée par une tendance entraînait automatiquement la riposte de l’autre. On peut rechercher les causes profondes de cet enchaînement. Pourquoi l’affrontement a-t-il été alors si violent alors que les désaccords antérieurs n’avaient pas été jusqu’à la rupture ? En effet, la Confédération a autorisé la liberté d’opinion. Ce droit à la critique a été souvent source de tensions.

 

C’est ainsi que dans le passé, se sont constitués des groupes d’affinité. On peut citer : · le Comité d’Union syndicaliste, · le Comité de Vigilance et d’Action révolutionnaire, · le groupe de la « Vie Ouvrière » qui joue un rôle d’avant-garde syndicaliste. Il y a même eu des scissions ponctuelles et création de syndicats dissidents. Mais jamais les mouvements séparatistes n’avaient pris une telle ampleur. La direction confédérale était arrivée à préserver l’unité. Cette fois, il n’a plus été possible de maintenir la cohésion. On peut se demander ce qui a déclenché un processus inéluctable de rupture : ·on peut situer le point de départ au moment de la révolution russe. Selon cette thèse, l’échec des grèves de 1920 et l’expérience de la Russie Bolchévique auraient marqué durablement le mouvement syndicaliste révolutionnaire français qui, face à ce reflux n’a trouvé refuge que dans des solutions partisanes. La guerre et l’Union Sacrée n’auraient été qu’une « parenthèse » dans l’histoire du mouvement ouvrier français. · A la lumière de travaux ultérieurs, le caractère politique de la scission a été confirmé. Néanmoins, en bons matérialistes, il apparaît que la Grande Guerre a joué un rôle décisif en provoquant une cassure irrémédiable : La guerre a été un facteur de transformations économiques mais aussi morales. Au plan économique, de nouveaux secteurs industriels se sont développés et inversement certaines professions ont été marginalisées. Le paysage industriel s’est aussi modifié selon la localisation par rapport au front et les commodités de transport. Cette évolution a eu pour effet la constitution d’une nouvelle classe ouvrière et la mise en œuvre de nouvelles pratiques sociales.

 

La guerre a mis en évidence la montée en puissance des réformistes. Pour la première fois la doctrine officielle a été remise en cause par des opposants qui ont imposé un point de vue contradictoire. Dans le contexte d’agitation sociale d’après guerre, la nouvelle orientation des réformistes se heurte aux pratiques d’affrontement et de luttes. La guerre a, de plus, suscité surtout une crise d’ordre moral. Si on peut admettre des opinions différentes, il semble intolérable que soient remises en cause les valeurs ouvrières et militantes. La CGT d’avant 1914 reposait en effet sur une grande exigence d’éthique. A l’opposé, étaient dénoncés les vices contredisant cette morale. La guerre a renforcé ce clivage en mettant en valeur auprès des jeunes générations, les sacrifices des combattants et en stigmatisant à l’inverse les profiteurs. Dans cette optique, l’expérience de la révolution russe est exaltée. C’est également cette attitude morale qui explique la dénonciation virulente de la direction confédérale qui s’est déconsidérée en acceptant la guerre et l’Union sacrée. Ces observations montrent donc que c’est la Grande Guerre qui a été à l’origine de la profonde cassure au sein de la CGT. Au final, le syndicalisme révolutionnaire n’est pas mort en 1920, il s’est transformé : de la rédaction de la Révolution Prolétarienne, qui marquera sa rupture d’avec un PC jugé contre-révolutionnaire et qui flirtera avec le réformisme, des "syndicalistes purs", qui crééront les syndicats "anarcho-syndicalistes" (sic) comme la CGT-SR puis la CNT, tout en reniant au quotidien le principe SR d’unité de classe, des "syndicalistes communistes", qui s’ils trahiront leur histoire et la réécriront,auront réussi à maintenir une culture de classe véritable au sein de la classe ouvrière francophone, des groupes SR, qui réapparaissent au cours du XXème siècle, pour réaffirmer l’"autonomie ouvrière" face au syndicalisme "trade-unioniste".

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6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 05:56

 

Article publié dans la revue "L’Emancipation syndicale et pédagogique" ; numéro 2 d’octobre 2006.

 

 

Syndicalisme et transformation sociale

 

Tel était le titre du forum organisé par Alternative Libertaire le 20 mai 2006 à propos de la Charte d’Amiens. Il n’est pas dans notre habitude de nous faire les relais des initiatives de telle ou telle organisation de type politique. Pour autant, cette initiative a été le lieu de débats qui peuvent intéresser tous les militants du syndicalisme de lutte. C’est cette raison qui pousse notre revue à en rendre compte, de même que nous évoquerons toutes les initiatives de cette nature.

 

Ce forum était divisé en deux parties. Nous passerons sur le débat de la seconde partie avec deux hiérarques de Solidaires et de la FSU, ce qui ne manque pas de sel... Nous nous intéresserons plutôt au débat historique sur l’actualité de la Charte.

 

Les origines de la Charte d’Amiens

Gérard Coste, militant syndical dans les Telecom et membre de l’Alternative Libertaire, rappelle le contexte syndical de l’époque : la CGT apparaît en 1895, c’est une petite organisation à l’échelle du syndicalisme européen (200 000 membres pour 6 millions de salariés), elle ne regroupe qu’une partie des syndicats existants (il existe de puissants syndicats réformistes non confédérés, comme les mineurs du Nord). Le congrès d’Amiens se tient dans le contexte de la lutte pour la journée de 8 heures, contre le militarisme... mais quelle est la raison de fond du débat du congrès d’Amiens ? Face à la CGT, le parti socialiste SFIO nouvellement unifié, fortede ses 60 000 membres, engage une concurrence pour la représentation des travailleurs et pour prendre la tête de la transformation sociale.

 

La question du rôle de la SFIO se pose d’autant plus que dans la CGT existent des courants politiques qui n’ont pas la même approche : des syndicalistes révolutionnaires qui regroupent à la fois des grosses fédérations syndicales (bâtiment, métallos...) et des petites fédérations très militantes (horticulture, bijoutiers...) ; des réformistes puissants dans certaines fédérations (livre, cheminots...) ; les guesdistes... et dans ces trois courants se trouvent des membres de la SFIO...

 

En fait, le grand débat se résume dans cette question : comment changer la société ? Avant 1905, il était assez simple pour les syndicalistes révolutionnaires de s’opposer aux guesdistes (y compris en s’alliant avec d’autres courants socialistes), et de refuser de lier la CGT aux organisations socialistes : le mouvement socialiste est divisé par la "crise ministérialiste" (1), le refus de reproduire dans le syndicat les divisions existantes dans le mouvement socialiste est facile à défendre. Ce sont deux grands changements qui modifient la donne : en 1905 a eu lieu l’échec de la lutte pour la journée de huit heures, qui constitue un échec du syndicalisme révolutionnaire et entraîne une remise en cause de la stratégie de grève générale ; d’autre part, avec l’unification du socialisme au sein de la SFIO, l’argument de ne pas reproduire au sein du syndicat les divisions politiques ne tient plus. Face à cela, et à l’offensive des guesdistes du Nord, la direction de la CGT réagit et cherche à régler le débat une fois pour toutes : ce sera la motion d’Amiens !

 

A ce propos, une mise au point a lieu sur le rôle de l’anarchisme dans la CGT de l’époque. Gérard Coste relève que le poids des anarchistes dans la CGT de 1906 est assez faible, il y a d’ailleurs un débat interne à l’anarchisme sur le problème syndical. L’élément important qui a pu faire croire à une puissante emprise anarchiste est la question de la grève générale : en la défendant dans le débat les responsables de la CGT sont assimilés aux libertaires. Ainsi il apparaît que certaines thématiques qui caractérisent la CGT ne sont pas portées par les seuls libertaires, qui ne sont d’ailleurs pas d’accord entre eux... Pour Guillaume Davranche (Alternative Libertaire) il y a deux sortes d’anarchistes dans la CGT : les inspirateurs de la Charte (Pouget, Monatte) qui privilégient d’abord l’unité syndicale, et d’autres (Yvetot, Broutchoux... ) qui sont plus explicites sur leurs préférences idéologiques.

 

Mais en fait, il semble bien que par-delà l’idéologie anarchiste ou pas, le syndicalisme révolutionnaire a en fait développé des formes d’actions correspondant à la culture ouvrière de l’époque : ce que propose la CGT (action directe, grève expropriatrice...) correspond à la culture des travailleurs très qualifiés qu’elle syndique. Ainsi plutôt que de voir uniquement les courants idéologiques, il faut aussi s’interroger sur l’adéquation du syndicalisme avec la culture de la classe ouvrière.

 

Les paradoxes de la Charte

Jean-Marie Pernot (membre de l’Institut de Recherches Economiques et Sociales) met en évidence un paradoxe de la Charte : elle est très liée au syndicalisme de l’époque, et en même temps elle a connu une postérité considérable. Tous les courants issus de la CGT y font référence, et même d’autres courants (par exemple la CGC qui en 1944 y fait référence pour définir sa relation avec les partis...). Ainsi cinq thèmes de la Charte émergeront de manière récurrente dans les débats du mouvement ouvrier :

 

1/ "en dehors de toute école politique", aspect très différent du reste d’un syndicalisme européen où les syndicats sont souvent des émanations des partis sociaux-démocrates (2)

 

2/ la reconnaissance de la lutte des classes

 

3/ la liberté d’appartenance aux partis et la légitimité d’y militer (il n’y a pas de coupure totale)

 

4/ ne pas introduire dans le syndicat des choses extérieures à lui

 

5/ la notion de "double besogne", en liant la défense des intérêts quotidiens et l’émancipation intégrale des travailleurs ; cette thématique sera reprise à d’autres époques, sous des formes variées : ainsi le PCF qui organise les relations parti-syndicat autour de ces deux notions, le syndicalisme chrétien qui lui aussi – avec ses propres buts – avance des projets sociaux en lien avec ses revendications immédiates, ou encore la CFDT qui reprend cette "double besogne" en la résumant sous le concept d’autogestion.

 

Qu’est-ce qui contribue à cette postérité ? En premier lieu la formation du courant communiste après la révolution russe, sur le plan politique (scission de la SFIO) comme syndical (formation de la CGTU). La "bolchevisation" de la CGTU entraîne une résistance à la pression de l’Internationale Communiste qui forme des "noyaux communistes" dans les syndicats. En même temps la relation est compliquée entre PCF et CGTU, car la CGTU n’est pas toujours une courroie de transmission du parti (des dirigeants CGTU sont en effet tentés par faire l’inverse, en investissant le PCF pour le "redresser"). En tout cas, les dirigeants de la CGT réformiste (et plus tard de FO) condamnent cette imbrication entre parti et syndicat et font pour cela référence à la Charte d’Amiens . Cette référence sert de distinction par rapport aux communistes, la Charte est instrumentalisée comme élément de lutte politique contre l’influence du courant communiste.

 

Plus surprenant encore, la référence à la Charte dans d’autres courants. Ainsi le courant chrétien : le catholicisme social s’implante avec des partis forts en Allemagne et en Autriche ; en France, il n’y a pas de parti démocrate-chrétien fort, et lorsqu’il se forme avec le Mouvement Républicain Populaire, la CFTC à l’issue de son congrès de 1946 affirme sa coupure avec ce parti... en faisant référence à la Charte . La CFTC élabore un travail idéologique sur la Charte , et sa radicalisation après 1968 voit émerger la thématique de l’autogestion, dans laquelle le syndicalisme englobe les questions directement politiques. Ainsi la CFDT prétend-elle (frauduleusement !) reprendre le meilleur du syndicalisme révolutionnaire.

 

La Charte, symptôme d’une crise du syndicalisme révolutionnaire ?

A l’entrée du congrès d’Amiens, comme le relève un participant, plusieurs questions majeures ont été tranchées depuis quelques temps, comme par exemple celle de la grève générale. Si le débat revient, c’est que le courant syndicaliste révolutionnaire dominant est mis en cause. Cette crise s’aggravera : l’échec de la grève générale provoquera à terme une remise en cause rapide de la Charte , sans le dire ouvertement au début : une période de désarroi va survenir dans la CGT, les idées d’Amiens sont progressivement remises en cause et les années 1909-1912 vont être le moment d’un débat très nourri. La direction de la CGT martèlera la doctrine syndicaliste révolutionnaire, ce qui donnera lieu à une production littéraire importante (par exemple le roman de Pouget Comment nous ferons la révolution ). Ainsi, ce n’est pas forcément le parti socialiste SFIO qui pose le plus de problèmes, d’autant plus qu’il est divisé entre deux attitudes (les guesdistes d’une part, Jaurès d’autre part qui en parole affirme poursuivre les mêmes objectifs que les syndicalistes révolutionnaires). La crise vient du syndicalisme révolutionnaire lui-même, l’effritement de son projet préparant un alignement sur la SFIO en 1914 puis une remise en cause frontale de la Charte par les communistes après la Première Guerre Mondiale. Y compris les anarchistes se divisent par la suite : certains anarchistes -les fondateurs de la CGT-SR (3)- estime que la Charte a été impuissante à stopper la dérive réformiste de la CGT, et théorisent le passage de l’a-politisme (position de la Charte ) à l’anti-politique (c’est l’apparition officielle et théorisée de l’anarcho-syndicalisme). D’autres anarchistes au contraire, maintiennent la Charte pour préserver la perspective de l’unité ouvrière (la Charte a en effet permis la coexistence des différents courants du mouvement ouvrier dans la CGT) ; leurs positions, telles que la Charte de Lyon adoptée par la CGT-SR, manifesteront un mimétisme voire une nostalgie par rapport à celle d’Amiens.

 

Les références ultérieures à la Charte

Hervy, de l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT, se pose la question : y a-t-il des moments après 1906 qui porteraient l’empreinte de la Charte , ou un rapport de forces qui rappellerait cette situation ? Certains éléments historiques contiennent des signes forts de référence à la Charte dans les débats.

 

D’abord dès la mise en place de l’Internationale Communiste : ce sont les militants français qui demandent l’assouplissement des conditions d’adhésion en arguant des questions liées à l’indépendance syndicale. Ensuite au moment du Front Populaire : le Front Populaire ce ne sont pas seulement les congés payés, mais aussi une volonté de résistance au fascisme, une volonté d’alliance entre le monde intellectuel et le monde du travail ce qui impose de respecter une certaine dimension sociale... le Front Populaire c’est donc aussi la réunification de la CGT et l’affirmation de l’autonomie syndicale, un moment où le syndicalisme exige sa reconnaissance et l’obtient. Les débats sur la question de l’Etat porteront aussi la marque de la Charte : la CGTU communiste se méfie ainsi de l’Etat et s’oppose aux nationalisations, avant de changer de position en 1936 et de développer la notion de service public ; mais en 1939, Jouhaux scissionne la CGT en excluant non seulement les communistes, mais aussi tous ceux qui refusent la perspective d’un Etat fort (les exclus forgeront une "CGT-bis" avec des revendications très liées à la vie quotidienne des travailleurs). Le clivage sur la question de l’Etat va ainsi se poser ; par exemple le Manifeste des douze signé par des responsables CGT et CFTC en 1940, affirme que le syndicalisme doit participer à la construction de l’Etat, et les syndicalistes exilés à Londres vont développer le même point de vue. En revanche, les accords du Perreux en 1943 (4), ainsi que le Conseil National de la Résistance ne font pas apparaître fortement la notion d’Etat.

 

A la Libération, des questions soulevées par la Charte sont de retour. Ainsi, alors que les occupations d’usines lors du Front Populaire n’avaient pas pour but de les faire fonctionner (alors que la Charte précisait bien que le syndicat devait être l’outil d’organisation et de gestion de la société), à la Libération les choses sont différentes : il y a une mise sous séquestre des entreprises collaboratrices, et on reprend la production sous contrôle populaire. C’est la concrétisation de l’idée de grève générale, de prise des usines et de contrôle de la production par les travailleurs. Ces opérations d’autogestion de masse ont lieu dans des industries de pointe (métallurgie, énergie, aviation, textile, chimie...), les régions qui y échappent sont le Nord, les mines... Les débats de l’époque dans le mouvement ouvrier retrouvent une part de l’affrontement d’Amiens. Guy Hervy en conclue que la Charte est un révélateur de l’affrontement dans le mouvement ouvrier, elle matérialise un rapport de forces donné, elle est à la fois un point d’appui et quelque chose de "récupérable" pour certains courants du mouvement ouvrier dans la confrontation idéologique.

 

A la Libération toujours, De Gaulle doit tenir compte du CNR pour sa politique gouvernementale (ainsi s’explique la valorisation de la Révolution de 1789). La réponse de la bourgeoisie aux revendications ouvrières sera l’ordonnance sur les Comités d’Entreprise, rejetée par la CGT car elle ne procède pas à une reconnaissance de l’organisation syndicale, ni aux revendications de droits et de citoyenneté dans l’entreprise.

 

La Charte et le syndicalisme européen

Une question se pose : le même phénomène a-t-il eu lieu dans d’autres pays européens ? En Espagne la CNT se crée en 1910. Elle a des poins communs avec la CGT française, et d’ailleurs a initialement envisagé de s’appeler "CGT"... mais comme il n’y avait pas d’unité syndicale (du fait de la concurrence avec l’UGT liée au PS espagnol), il n’y avait donc pas besoin d’un document comme la Charte pour préserver idéologiquement la distinction entre réformistes et révolutionnaires ; la CNT peut en effet d’emblée s’affirmer comme anti-politique et anarcho-syndicaliste par contraste avec l’UGT. Mais les choses ne sont pas si simples : en 1927 une tendance de la CNT (les "trentistes") se forme pour critiquer l’insurrectionnalisme de cette dernière. En réaction se forme la Fédération Anarchiste Ibérique, qui se veut un outil de lutte contre la déviation supposée de la ligne syndicale : de fait on assiste à la mise en place d’un groupe politique constitué pour défendre une "ligne" syndicale... sinon il y a peu de traces de courants syndicaux proches.

 

Un débat a lieu dans la salle sur la question de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT, réunissant divers courants issus du syndicalisme révolutionnaire) formée en 1922, et de sa proximité avec la démarche de la Charte d’Amiens . Raphaël Romnée du Cercle d’Analyses Syndicalistes Révolutionnaires fait référence à la Charte de Berlin issue de la formation de l’AIT, Jean-Marie Pernot relève à ce sujet que si dans beaucoup de pays des courants syndicalistes révolutionnaires se maintiennent après la Première Guerre Mondiale, ils ne se trouvent pas au cœur du mouvement ouvrier, contrairement à la CGT française. De plus, relève Guillaume Davranche, l’AIT de 1922 se définit comme anarcho-syndicaliste et résolument contre les partis politiques ; ce ne sont pas les mêmes positions que celles du congrès d’Amiens.

 

D’une manière générale, il n’y a pas d’équivalent de la Charte française dans d’autres pays européens, car la relation entre le syndicat et le parti, et plus largement entre le syndical et le politique, est propre à ce pays. Ainsi en général c’est le modèle d’organisation de la Seconde Internationale (repris et durci ensuite par Lénine) qui domine, même si un débat sur la frontière entre le politique et le syndical existe quand même : ainsi le débat sur la grève générale dans le parti allemand, avec la position de Rosa Luxembourg qui est favorable à la grève générale contre la guerre (alors que les dirigeants syndicaux allemands sont les plus hostiles à la grève générale au sein du SPD). Les partis démocrates-chrétiens connaissent eux aussi ces débats (ainsi des syndicalistes qui sont "naturellement" candidats aux élections parlementaires). Disons-le clairement, postuler l’exceptionnalité de la démarche de la Charte d’Amiens semble réducteur, car la question de l’auto-organisation de la lutte, du passage des luttes économiques au projet de société, etc... ne trouve de facto pas de réponse dans les types d’organisation mis en place par les sociaux-démocrates, les léninistes, les staliniens...

 

Des questions encore actuelles

Des intervenants soulignent que l’on ne peut esquiver dans le débat la question des pratiques syndicales réelles, aussi bien pour la CGT de l’époque que pour le syndicalisme d’aujourd’hui. Les problèmes de démocratie, mandatement, congrès... ne vont pas de soi. Au-delà des textes, il y a la pratique. Ainsi, que se passait-il réellement dans les Bourses du travail à l’époque ? Jean-Marie Pernot insiste sur cet aspect en signalant que pour lui le critère principal est celui des pratiques syndicales et pas des étiquettes. Par exemple, Fernand Pelloutier met certes en place un bureau de placement ouvrier (échappant ainsi à l’emprise étatique et patronale, dans le droit fil de l’autonomie ouvrière), mais il reçoit une subvention pour cela... Le syndicalisme révolutionnaire charrie aussi ses illusions et ses réalités plus complexes que les discours. Y compris dans son fonctionnement démocratique : la règle du fonctionnement de la CGT d’alors c’est une organisation = une voix ; s’il y avait eu une répartition des délégués proportionnelle à la taille des syndicats, les syndicalistes révolutionnaires auraient sans doute été minoritaires (point contesté par Guillaume Davranche pour qui les syndicalistes révolutionnaires, s’ils n’étaient pas dominants dans toutes les fédérations de la CGT, étaient forts y compris dans des fédérations réformistes)... Il conclut en indiquant que le critère fondamental reste celui des pratiques, et qu’à cet égard la CGT de 1906 avait elle aussi des aspects contradictoires.

 

A propos de démocratie syndicale, il y a d’ailleurs un autre problème (toujours bien actuel !) qui est celui du mandatement. La logique un syndicat = une voix ne correspond pas seulement à une logique de calcul des mandats de congrès, mais aussi à la situation d’un syndicalisme en phase de construction avec des organisations très différentes : toutes les organisations doivent pouvoir s’exprimer (c’est par exemple le mode de fonctionnement de Solidaires aujourd’hui). C’est aussi une conception du syndicalisme : la "base" du syndicat n’est pas l’individu, mais le collectif syndical de base. Quoiqu’il en soit, y compris à cette époque le mandatement ne partait pas forcément de la "base"...

 

Raphaël Romnée intervient quant à lui sur le rapport aux institutions, en faisant le lien avec la situation actuelle. Au nom de quoi la CGT se disait-elle en-dehors des partis ? Au nom de ses pratiques réelles, où la classe ouvrière créait ses propres institutions et prenait ses affaires en main. L’autonomie ouvrière se comprend donc par rapport aux partis, mais aussi par rapport à l’Etat. Récemment un accord signé le 1er juin 2006 dans les PTT décrétait qu’il n’y avait plus qu’un droit syndical, celui pour les organisations qui font un score aux élections professionnelles : d’où retrait des panneaux syndicaux, locaux... pour les organisations qui ne s’y présentent pas. On est directement au cœur du sujet, le syndicat devant être conçu comme un regroupement de travailleurs qui doit opérer une rupture par rapport aux institutions étatiques.

 

Eh fin de compte, l’actualité de la Charte d’Amiens est une vraie question. Ainsi Laurent Esquerre d’Alternative Libertaire relève que la question des rapports entre politique et syndical se pose aussi en Allemagne, alors qu’on pensait les choses figées avec les rapports entre le SPD et la confédération des syndicats allemands (l’ADGB). Or aujourd’hui se développe une forte contestation de ce lien dans certains syndicats, du fait de certaines luttes récentes : ce mouvement pose la question de la satisfaction des revendications, mais aussi de la rupture avec le capitalisme. Autrement dit, même dans un pays considéré comme "l’anti-Charte d’Amiens", les thématiques portées par la Charte font débat !

 

Quentin DAUPHINÉ

 

Var

 

(1) En juin 1899, dans le contexte créé par l’Affaire Dreyfus, le socialiste Millerand participe à un gouvernement bourgeois de "défense de la République", ce qui crée une grande division dans le mouvement socialiste français entre partisans et adversaires de la participation gouvernementale.

 

(2) Ainsi la confédération syndicale allemande est-elle au départ la commission syndicale du parti social-démocrate, le SPD.

 

(3) En 1922 les dirigeants réformistes de la CGT organisent sa scission : il y aura la CGT réformiste et la CGTU (U pour Unitaire) révolutionnaire. En 1926, le courant anarcho-syndicaliste scissionne de cette dernière pour créer la CGT – Syndicaliste Révolutionnaire.

 

(4) Accords réunifiant la CGT.

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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 06:15

 

Article extrait du site internet d'Alternative Libertaire et concernant le forum débat organisé le 20 mai 2006 à Paris.

On consultera avec intérêt le lien suivant qui compile quelques interventions et études autour de La Charte et sa postérité: http://www.pelloutier.net/dossiers/cat.php?idcat=55.

Enfin, pour lire l'intégralité des débats et votes du congrès de la Cgt de 1906, les rapports officiels, forts instructifs, sont publiés sur le site de l'Institut d'Histoire Sociale Cgt (l'IHS).

 

 

 Samedi 20 mai, à l’occasion du centenaire de la Charte d’Amiens, Alternative libertaire organisait un forum « Syndicalisme et transformation sociale », autour de deux débats : un historique, un d’actualité. L’initiative a été un succès, puisque 150 personnes environ y ont participé sur l’ensemble de la journée.

 

Qu’a signifié la Charte d’Amiens pour le mouvement ouvrier français ? [1] Et que signifie-t-elle aujourd’hui ? Et d’abord, de quoi parle-t-on quand on évoque ce texte qui eut l’honneur de se voir gratifier de « Charte » - donc une « Constitution », presque un texte « sacré » ! - quelques années après son élaboration en 1906 au congrès CGT d’Amiens ?

 

Ce qui au départ n’était qu’une simple motion de mise au point sur les rapports entre syndicats et organisations politiques a été adopté par la confédération, sous l’impulsion des syndicalistes révolutionnaires qui pilotaient alors la CGT. Texte pragmatique, placé au service de l’action directe, il repose sur un postulat et une dialectique simples. Le postulat, c’est que pour éviter les guerres intestines, le syndicat doit rester indépendant des partis politiques. La dialectique, c’est la « double besogne » du syndicalisme : l’action revendicative immédiate (chère aux réformistes) nourrit le projet de renverser le capitalisme par la grève générale (thème cher aux révolutionnaires).

 

Le talon d’Achille de la Charte d’Amiens, et les années suivantes allait le montrer, est qu’elle pouvait être interprétée assez librement par les différentes parties, et que sa mise en application dépendait en réalité du rapport de forces entre réformistes et révolutionnaires.

 

C’est sur l’explication du contexte historique et des courants politiques s’affrontant à l’époque dans le mouvement ouvrier - pour lesquels ont pourrait s’amuser à trouver des correspondances au XXIe siècle -, que la journée a commencé.

 

Le débat historique

 

L’année précédant le congrès d’Amiens, et sous les auspices de la Seconde internationale, les cinq tendances socialistes qui jusqu’ici s’entredéchiraient se sont unifié(e)s et ont fondé le Parti socialiste section française de l’Internationale ouvrière (PS-SFIO). Dans cette SFIO cohabitent donc désormais cinq courants derrière leurs chefs de file respectifs : les « possibilistes » (réformistes les plus tièdes) de Paul Brousse ; les « blanquistes » fidèles à la figure du vieil émeutier Auguste Blanqui, derrière Édouard Vaillant ; les « allemanistes » (les plus ouvriéristes, les plus perméables aux idées libertaires également) de l’ancien communard Jean Allemane ; les « guesdistes » se réclamant avec rigidité de Karl Marx, derrière Jules Guesde ; le dernier courant est incarné par l’humanisme réformiste de Jean Jaurès, qui ne bénéficie pas de l’appui d’une tendance structurée, mais que son talent imposera peu à peu comme le leader naturel de la SFIO, au détriment des autres chefs.

 

De son côté la CGT, fondée en 1895, est dominée par trois grands courants, dont le principal est le courant syndicaliste révolutionnaire, fait d’une alliance entre anarchistes, allemanistes et blanquistes. Ce courant donne la primauté à l’action syndicale sur l’action parlementaire et est favorable au renversement du capitalisme par la grève générale. Les révolutionnaires dominent certaines des principales fédérations de la CGT (dans le Bâtiment, les Métaux, l’Horticulture, le Bijou…).

 

Le deuxième est le courant réformiste incarné par la fédération du Livre et celle des Cheminots, hostile à l’idée de grève générale.

 

Un troisième courant, plus marginal mais envahissant, est constitué par la fraction guesdiste qui dirige la fédération du Textile, avec Victor Renard. Les guesdistes sont hostiles à la grève générale et, s’ils n’osent pas militer ouvertement pour une subordination de la CGT à la SFIO, ils la souhaitent ardemment. Il est à noter qu’on trouve des affiliés à la SFIO dans chacun de ces trois courants ! Mais les guesdistes, par leur orthodoxie et leur arrogance caricaturales, font régulièrement l’unanimité contre eux [2]. Le congrès d’Amiens ne fera pas exception.

 

Au cours du premier débat, notre camarade Guillaume Davranche (AL Paris-Sud) a planté le décor de l’année 1906. D’une part, le 1er mai 1906, la CGT a échoué à lancer une grève générale pour l’obtention des huit heures de travail par jour. Les guesdistes pensent pouvoir s’appuyer sur les réformistes pour condamner cette « utopie anarchiste » et lui opposer le « réalisme » de l’action parlementaire. D’autre part, avec l’unification socialiste au sein de la SFIO, l’argument selon lequel le syndicat doit rester indépendant pour ne pas reproduire les divisions des socialistes peut sembler périmé. On peut noter l’analogie des débats d’hier et d’aujourd’hui : l’échec des luttes et le caractère novateur d’une possible « nouvelle gauche » justifieraient le dévoiement des mouvements sociaux vers l’action institutionnelle.

 

Mais la motion déposée par la fédération du Textile, qui proposait d’établir des rapports réguliers et officiels entre la CGT et la SFIO, allait au contraire provoquer l’irritation des congressistes. La contre-motion - qui deviendra la fameuse « Charte » -, présentée par les syndicalistes révolutionnaires, bénéficiera du ralliement des réformistes et recueillera la quasi-unanimité : 830 voix pour, 8 contre et 1 abstention.

 

Jean-Marie Pernot, chercheur à l’Institut de recherche économique et sociale (IRES), et par ailleurs organisateur du colloque universitaire qui se tiendra en octobre à Amiens 3, a ensuite proposé un développement sur la postérité de la Charte d’Amiens dans le syndicalisme français, quelles que soient ses évolutions ultérieures. Quand les réformistes n’en retiennent que la sacralisation de l’indépendance syndicale (comme à FO), les communistes ont fait une interprétation bien à eux de la « double besogne », en la traduisant en une répartition des rôles entre la CGT et le PCF. Enfin, la CFTC s’est sentie obligée, après-guerre, de réfléchir à la nature de ses liens avec le Mouvement républicain populaire (MRP, démocrate-chrétien).

 

Gérard Coste (AL Transcom) est revenu sur les trois idées fondamentales d’Amiens :

- l’unité ouvrière et syndicale : comment la faire, et comment la gérer ?

- le projet de société : le syndicalisme en a-t-il un ?

- la stratégie : le syndicalisme en a-t-il une pour parvenir à ce projet de société ? A chacune de ces trois questions, la CGT avait une réponse : l’indépendance, l’autogestion socialiste [3], la grève générale. Les syndicats, aujourd’hui, en ont-ils une ?

 

Guy Hervy, de l’Institut d’histoire sociale CGT (IHS-CGT) a, pour finir, exposé l’importance de l’héritage syndicaliste révolutionnaire et de la Charte d’Amiens dans la pratique contemporaine d’occupation et de reprise en main de l’outil de travail par les salarié(e)s. Sa conclusion sur le mouvement d’expropriation du patronat collabo et de contrôle ouvrier dans de nombreuses usines françaises en 1944-45, était aussi instructive qu’originale. Selon lui, les velléités autogestionnaires notables dans de nombreuses régions furent quasi inexistantes dans le Nord-Pas-de-Calais, fief du socialisme réformiste et guesdiste de jadis.

 

Réflexions nées du débat

 

Les interventions de la salle ont notamment porté sur le décalage qui peut exister entre le texte et la pratique, le texte étant d’autant plus sacralisé que la pratique s’en éloigne. Et, de fait, si la Charte d’Amiens est restée une référence jusqu’à nos jours, il est authentique que l’idée d’Amiens a été remise en cause dès 1908-1909, avec l’essoufflement de la stratégie « grève-généraliste ».

 

C’est parce qu’elle traversait une crise morale, de confiance en elle-même et dans l’action de la classe ouvrière que la CGT a, sans se l’avouer, progressivement infléchi son attitude envers le Parti socialiste. Rebutée par les calculs et les imprécations d’un Jules Guesde, elle se laissera amadouer par la faconde d’un Jean Jaurès. Plus fin que son ténébreux compère, Jaurès s’était empressé, après Amiens, de proclamer son attachement à l’indépendance syndicale, pour mieux désarmer les préventions des militant(e)s de la CGT. Cette rhétorique est aujourd’hui de mise pour tous les partis de gauche.

 

Sur cette question de l’autonomie du mouvement social et de l’indépendance, un point crucial fait souvent défaut dans la réflexion actuelle. Aujourd’hui, par le jeu du paritarisme et de la représentativité, les confédérations syndicales sont intégrées à l’appareil d’État, par la place que l’État leur réserve et leur dit d’occuper. Les thèmes, les rythmes des négociations sociales sont imposés par l’État et le Medef. L’Etat dit aux « partenaires sociaux » : « discutez de ce point et dans ces limites », ou consulte les syndicats pour la forme. Mais l’expression autonome des intérêts de classe à partir de la réalité du salariat n’est jamais le point de départ des négociations. Une façon de dire que la question de l’autonomie du mouvement social c’est aussi la question des rapports institutionnels avec l’Etat et le patronat.

 

L’actualité syndicaliste

 

L’exercice auquel le forum s’est essayé n’était pas facile. Ne pas faire une simple commémoration et essayer de montrer l’actualité des débats de 1906 dans les problématiques de 2006, le tout dans un cadre très ouvert. Ainsi AL avait fait le choix d’inviter des militant(e)s ayant des points de vue différents et même divergents sur la question. Six camarades avaient répondu à notre invitation, représentatif(ve)s de plusieurs courants syndicaux et politiques - AL, LCR, PCF, « gauche de la gauche », CNT, CGT, SUD, FSU. À notre regret il a manqué deux éléments à ce paysage : la FA et Force ouvrière.

 

Annick Coupé, de l’Union syndicale Solidaires, est intervenue sur la question des rapports entre partis politiques et mouvements sociaux. Elle a suggéré que la campagne contre le Traité constitutionnel européen (TCE) avait été un espace inédit de rencontre entre acteurs syndicaux, associatifs et politiques, et de « coélaboration » d’un projet antilibéral. Ainsi l’adoption d’une « Charte pour une alternative au libéralisme » [4], par les collectifs issus de la campagne contre le TCE, si elle ne constitue pas une « panacée », est un élément positif.

 

Sophie Zafari, de la FSU, a également évoqué l’exemple de la campagne contre le TCE, en invitant à renouveler le rapport entre syndicats et organisations politiques. Selon elle l’évolution de la société rend complexe l’identification des classes sociales. De même qu’il devient difficile selon elle de distinguer clairement le rôle respectif des partis politiques et des syndicats. La camarade a insisté sur l’indépendance de la FSU, constituée de courants venant du réformisme mais aussi du syndicalisme révolutionnaire, et a rappelé que la FSU avait contribué à la chute de plusieurs ministres socialistes, dont le tristement célèbre Claude Allègre.

 

Christian Mahieux, de la fédération SUD-Rail, a évoqué les difficultés de l’unité au plan national et international, dans le secteur du transport ferroviaire. SUD-Rail s’efforce de travailler de façon unitaire sur les deux tableaux. Au plan national, SUD-Rail a une politique d’unité avec les autres composantes (CGT, FO, FGAAC pour l’essentiel). Pour autant, « l’unité est un combat », et les implications internationales - dans ce secteur comme dans d’autres - sont omniprésentes. Ayant refusé d’approuver ses orientations, SUD-Rail est la seule fédération française à être restée à la porte de l’European Transport Federation (ETF), affiliée à la très libérale Confédération européenne des syndicats (CES).

 

Pour rompre son isolement au plan international, SUD-Rail construit donc un réseau syndical alternatif, avec d’autres fédérations ferroviaires venues de traditions syndicales diverses (anarcho-syndicalisme, syndicalisme révolutionnaire, « de base », « alternatif », etc.). Participent à ce réseau la CGT espagnole, la SAC suédoise, le SULT, la CUB et l’ORSA (trois fédérations italiennes), le LAB basque ou encore le RMT britannique. Ces différentes forces ont elles-mêmes un rapport très différent aux partis politiques. Par exemple le RMT a récemment rompu avec le Parti travailliste de Tony Blair… non pour revendiquer son indépendance, mais, dans une tradition très britannique, pour s’inféoder à un autre parti socialiste plus à gauche ! Le but de SUD-Rail est de réussir à mettre les travailleur(se)s en mouvement, que ce soit en travaillant avec des syndicats hostiles à la CES (au plan international) ou affiliés à la CES (au plan national).

 

Daniel Siegrist, de la fédération CGT-Banques, a expliqué le processus inédit de fusion, il y a deux ans, des fédérations CGT et CFDT dans le secteur bancaire. Après la trahison par la confédération CFDT des grèves de mai-juin 2003, la fédération des banques (oppositionnelle modérée) avait décidé la rupture. La perspective SUD ayant été abandonnée, c’est vers la CGT que les militant(e)s se sont tourné(e)s. La fédération CGT s’est donc autodissoute, et a été refondée en incorporant les syndicats venus de la CFDT. Evoquant la « vraie affaire Clearstream », le camarade a ensuite estimé nécessaire pour une fédération syndicale se revendiquant de la transformation sociale de réfléchir au rôle politique du secteur bancaire, peu médiatisé mais pourtant hautement stratégique dans le capitalisme.

 

Étienne Deschamps, de la CNT, a évoqué les pratiques de l’union locale CNT de Poitiers, qui tente de mettre en place une forme de « Bourse du travail » dans le secteur des services à domicile (assistantes maternelles, aides-ménagères, jardiniers, soutiens scolaire, gardes d’enfant, soutien informatique, personnes de compagnie, chauffeurs, cuisiniers, gouvernantes, secrétariat particulier…). Généralement les travailleur(se)s à domicile sont en relation avec la personne chez qui ils ou elles travaillent de trois manières. Soit il s’agit d’une relation « de gré à gré », dans laquelle la personne servie embauche directement l’employé(e). Soit l’employé(e) passe par un intermédiaire : une association ou une entreprise prestataire par exemple. L’enjeu de créer une « Bourse du travail » est de mutuelliser la recherche et la redistribution de l’emploi. Par ce biais d’une plate-forme de service, les salarié(e)s amenuisent la précarité du « gré à gré » tout en évitant la tutelle d’une association ou la ponction d’une entreprise.

 

Paul Degruelle, enfin, pour la fédération SUD-Étudiant, a parlé de la récente lutte contre la Loi d’égalité des chances, dont il a déploré que les médias et les organisations syndicales de salarié(e)s n’aient retenu que le CPE. Après avoir salué la mémoire des syndicalistes de 1906 Pouget, Monatte ou Delesalle, le camarade a brossé un tableau du syndicalisme étudiant d’aujourd’hui, et souligné l’importance de la dimension interprofessionnelle - mais aussi des valeurs anticapitalistes et autogestionnaires - pour une fédération comme SUD-Étudiant. Le camarade a conclu en espérant que les militant(e)s qui, cette année, ont vécu trois mois de lutte intense porteront davantage ces valeurs au sein de Solidaires.

 

Sachant que la campagne contre le Traité constitutionnel européen est le point d’appui de ceux et celles qui veulent une recomposition politique autour des « candidatures unitaires à gauche », une partie des interventions de la salle a rebondi sur la façon dont s’est faite cette campagne. Certains l’ont ressentie comme un « contre-modèle pour ce qui est des rapports entre partis et mouvement sociaux ». Les organisations syndicales auraient trop peu fait entendre un point de vue « de classe », s’alignant sur un contenu de la campagne trop « citoyen », principalement défini par la Fondation Copernic. Annick Coupé a contesté cette analyse, expliquant que Solidaires avait à cette occasion accompli un important travail théorique.

 

Notre camarade Thierry Renard (AL Transports-communications) a conclu sur la dangerosité du concept très en vogue de « coélaboration » politique entre partis, syndicats et associations. Si on fait les comptes, on comprend vite qu’il n’y aura pas de gagnant-gagnant. Selon lui, « la prétendue coélaboration (syndicats-partis- associations) pour un nouveau projet est en réalité la mise en place d’un groupe extérieur qui participe d’une nouvelle dépossession du débat démocratique interne aux organisations syndicales, et une soumission de ces organisations à des choix élaborés en dehors d’elles ». Cette « coélaboration » serait en réalité une opération dirigée vers les institutions étatiques et pas du tout un projet de transformation. On comprend très bien ce que des partis électoralistes ont à y gagner, mais pas du tout les mouvements sociaux. Selon notre camarade, ce qui menace aujourd’hui le mouvement syndical, c’est cette forme inédite de « dépossession ».

 

A l’approche de 2007, on a parfois l’impression que trop de militant(e)s des gauches syndicales ont moins la tête aux luttes qu’aux tractations pour la construction d’un petit courant électoral antilibéral à la gauche du PS. Dans ce contexte, le forum d’Alternative libertaire sur les cent ans de la Charte d’Amiens a pu jouer, nous l’espérons, un rôle de contrepoint idéologique, pour montrer qu’il y a bien un courant dans les mouvements sociaux qui refuse cette dérive. Comme l’a dit notre camarade sous forme de boutade : « Aujourd’hui, les communistes libertaires, dans le syndicalisme, cherchent en vain les partenaires allemanistes ou blanquistes avec qui défendre un syndicalisme indépendant et de transformation sociale ! »

 

Secrétariat de la branche Entreprises d’AL

Plus d’information sur la Charte d’Amiens

 

On peut aller sur : www.pelloutier.net. C’est actuellement un des meilleurs sites Web sur l’histoire de l’anarcho-syndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire, placé sous la figure tutélaire de l’anarchiste Fernand Pelloutier, secrétaire de la Fédération des Bourses du travail de 1895 à 1901, et un des « pères » du syndicalisme français. Réalisé par l’historien Anthony Lorry, il donne à lire de nombreux textes historiques, articles et correspondances introuvables ailleurs.

 

[1] Cette charte est consultable, entre autres, sur le site www.solidaires.org.

 

[2] Ce qui conduisait le secrétaire de la Fédération des Bourses du travail, Fernand Pelloutier, à dire ironiquement du parti guesdiste qu’« il faudrait l’inventer, s’il n’existait pas ».

 

[3] Nous signalons pas la même occasion le Colloque international à Amiens, jeudi 12 et vendredi 13 octobre 2006 : « Cent ans après la Charte d’Amiens : la notion d’indépendance syndicale face à la transformation des pouvoirs ». Notre camarade Thierry Renard y fera une intervention.

 

[4] Le terme « autogestion » est anachronique en 1906, mais il correspond bien à ce que définit la Charte d’Amiens : « Le syndicalisme […] considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale. » Rien à voir donc avec le socialisme d’Etat prôné par la SFIO.

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Published by Communistes libertaires de la CGT - dans Notre histoire
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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 06:25

 

Article paru sur le site Pelloutier.net.

 

Figures révolutionnaires

A propos d'un livre paru en 1909, Ces messieurs de la CGT, par Guillaume Davranche

 

 

 

En 1909 paraissait, aux éditions Ollendorff, Ces messieurs de la CGT, un livre à visée commerciale, mais qui représente un inestimable témoignage humain sur les syndicalistes révolutionnaires qui animèrent la confédération CGT au début du XXe siècle.

NB : Cet article est paru dans Débattre, n°18 (printemps 2005), la revue de réflexion d'Alternative libertaire

 

 

La présente chronique de livre est un peu particulière, puisqu’elle porte sur un ouvrage publié non pas il y a quelques mois, mais il y a presque cent ans, début 1909 exactement, et aujourd’hui quasiment introuvable. Abondamment cité dans le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français de Jean Maîtron, Ces Messieurs de la CGT (sous-titré Profils révolutionnaires), de Maurice Leclercq et E. Girod de Fléaux est un témoignage rare sur la personnalité et l’action des militant(e)s syndicalistes révolutionnaires du début du XXe siècle.

 

Maurice Leclercq et E. Girod de Fléaux sont deux affables journalistes bourgeois – je n’ai pu identifier dans quels titres ils officiaient – qui ont mené un assez long travail d’enquête sur les militant(e)s de la CGT, à Paris, en province, et dans plusieurs corporations. “ Les chefs de la Confédération générale du Travail n’ont jamais été présentés au public en tant qu’individus […], écrivent-ils dans la préface. Leurs personnalités sont intéressantes cependant. Ne sont-ils pas, eux tous, les têtes de ce quatrième état dont la poussée inquiète les sociologues et menace de submerger les institutions présentes ; les conducteurs de ces cohortes révolutionnaires qui montent à l’assaut de la société actuelle, […] et dont l’échec n’est point si certain que des gens sérieux ne supputent les chances de triomphe momentané de l’émeute. […] Il y aura encore des grèves générales et des journées sanglantes où la troupe devra faire usage de ses armes. Cela est certain. […] on doit se rendre compte que la lutte ne saurait se terminer que par l’écrasement de l’un des deux camps en présence : ce sera le grand soir, prélude des temps nouveaux, ou une réédition des journées de juin 1848 [1] dont la répression fut sans appel. […] Et il serait chimérique d’espérer une pacification, alors que tout, au contraire, tend à exaspérer cette lutte de classe. […] Les chefs de la Confédération générale du Travail appartiennent dès maintenant à l’histoire. Celle-ci les étiquettera "précurseurs" ou "dangereux illuminés", suivant la tournure que les choses auront prises. ”

 

Effrayer le bourgeois : telle est donc la motivation des auteurs, qui transparaît dans ces lignes. Et l’opération commerciale intervient à point nommé. La France a depuis quelques années les yeux rivés sur la montée de cette force nouvelle, devenue l’épicentre des grèves, manifestations et autres émeutes : la CGT. De la tentative de grève générale de 1906, pour l’instauration de la journée de huit heures, aux émeutes de Villeneuve-Saint-Georges en juillet 1908 – la rédaction du livre se fait alors que Pouget et Griffuelhes sont en prison pour ce motif –, en passant par la grève de l’électricité en 1907 qui a plongé Paris dans le noir, la CGT a épouvanté les beaux quartiers et réveillé le spectre de la Commune de 1871.

 

 

Vingt-et-un portraits

 

Maurice Leclercq et E. Girod de Fléaux sont certes hostiles au syndicalisme, mais leur travail

 

Victor Griffuelhes

témoigne d’une vraie analyse politique et humaine, qui s’efforce de démystifier la dangerosité de la CGT, et d’en déceler les failles – notamment en forçant le trait sur le heurt des ambitions personnelles des “ chefs syndicalistes ”, leurs travers velléitaires ou leur penchant supposé à se laisser corrompre.

 

Ces Messieurs de la CGT est divisé en deux parties. La première, “ Vie et psychologie des meneurs de la CGT ”, est faite d’hypothèses et de considérations générales sur les animateurs syndicalistes. La seconde, la plus longue, s’intitule “ Leurs personnes et leurs exploits ”, et brosse 21 portraits de figures militantes : vingt hommes et une femme.

 

En comparant les “ leaders d’hier ”, révolutionnaires de 1789 ou de 1848 (comme Blanqui [2] par exemple), qu’ils qualifient d’“ individualités exaspérées ” (p. 9), à ces militants d’un type nouveau, les deux observateurs estiment que les seconds ont ceci de nouveau qu’ils sont avant tout “ une émanation, le produit moral de leur parti ” (p. 11). Et ils y voient le principal danger, puisque leur élimination ne suffirait pas à entraver la marche en avant du syndicalisme, celui-ci engendrerait aussitôt leurs remplaçants.

 

Nos deux enquêteurs constatent ensuite que si, dans le socialisme parlementaire, “ les ouvriers qui parvinrent jusqu’aux hautes situations du parti sont une infime minorité, ceux-ci restent honnêtement en majorité à la Confédération générale du travail ” (p. 15). Hormis Émile Pouget (fils de notaire) ou Pierre Monatte (ancien professeur), la direction confédérale ne compte guère de “ déclassés ”, passé du camp de la bourgeoisie à celui du prolétariat, mais principalement d’anciens travailleurs manuels.

 

 

Dans la ruche de la Bourse du Travail

 

Deux chapitres sont ensuite particulièrement passionnants, “ Comment on devient secrétaire de syndicat ” (rédigé dans un style comparant l’organisation de la CGT à celle d’une armée), et “ La journée d’un meneur ”. “ Pour voir les chefs des troupes révolutionnaires dans leur toute-puissance, c’est à la Bourse du Travail qu’il faut aller […]. Alors, leur journée de travail finie, les syndiqués viennent à la Bourse, et c’est dans tout l’immeuble municipal des allées et venues continuelles, le bourdonnement d’une ruche […]. Coup d’œil pittoresque que donnent alors autant d’ouvriers aux costumes de travail, se pressant dans tous les couloirs, dans tous les escaliers. Les conversations fusent, on entend des éclats de voix. Toutes les corporations sont confondues ; la cotte bleue de l’électricien côtoie le large pantalon de velours du terrassier et la ceinture rouge du paveur. ” (p. 20-21)

 

 

Albert Lévy

Difficile pour un “ candidat meneur ”, d’après l’expression des auteurs, d’émerger de cette masse. “ C’est alors la nécessité de se signaler […] par quelque action méritoire particulière ; entendez par quelque sabotage ou par quelque violence, car les grèves sont ici la seule occasion possible à des gestes d’éclat. Pour avoir débauché une équipe, participé à l’organisation des patrouilles de surveillance contre les "renards", les "sarrasins" ou les "jaunes" […] ou encore en se distinguant dans les réunions corporatives de la section par des violences plus grandes de langage et des théories antimilitaristes plus exacerbées, le candidat meneur arrivera d’abord à se poser définitivement comme tel. Dans les réunions, on le nommera au bureau. Premier échelon où il continuera à se faire remarquer sans relâche par ses discours et par ses actes. ” (p. 23). Les auteurs décrivent ensuite une progression de carrière dans l’appareil toute faite d’intrigues et de coups bas. Ils donnent ainsi la clef de leur thèse centrale : les ambitions personnelles des uns et des autres seront le meilleur moyen de neutraliser la CGT.

 

 

La journée d’un meneur

 

Dans “ La journée d’un meneur ”, le livre brosse un portrait type du responsable CGT. “ Il vit en famille, quelque part, dans le Xe ou le XIe arrondissement [de Paris] presque tous, là où commence le populeux quartier de Belleville, dans des maisons d’ouvriers ou de contremaîtres. Ainsi sont-ils à proximité de la Bourse et de la Maison des fédérations [3] pour leur service, tout

 

Merrheim

en restant dans un milieu peuple, comme les convenances l’exigent d’eux. D’aucuns, qui sont garçons, vivent seuls. Et ceux-là, quand la police entend les arrêter, ce n’est pas chez eux mais à d’autres adresses connues, qu’elle les va chercher. ” (p. 30).

 

Et c’est entre la Bourse du Travail et l’immeuble confédéral que les responsables syndicaux partagent leur temps. Le matin à la Bourse du Travail, à l’administration du syndicat ou du bureau de placement gratuit. Puis rue de la Grange-aux-Belles (“ Tous les jours, de dix heures et demie à midi, la vie syndicaliste est concentrée dans l’immeuble de la Confédération générale du travail. ”). Puis dans diverses activités, réunions de quartiers, etc. Puis “ le coup de quatre heures les ramène tous à la Bourse du Travail. […] Pouget, Griffuelhes, Lévy […] abandonnent alors leurs bureaux de la Confédération pour venir se frotter à ce mouvement général. […] Et tout ce monde ne quitte guère la Bourse avant six ou sept heures. Si le meneur peut […] déjeuner tranquillement en famille, son repas du soir doit être plus hâtif. Il sait que dans les meetings et les réunions de la soirée on l’attend. […] Et, le repas sitôt fini, le voici parti pour L’Égalitaire de Montmartre, La Coopérative d’Asnières ou la Porte de Vanves ; trop heureux, si ce n’est qu’à la Bourse ou au Tivoli Waux-Hall ! Alors c’est la réunion publique ordinaire : les grands gestes, les larges éclats de voix, les coups de poing sur la table, les "serrons les coudes ! " lancés à pleins poumons, les "crimes du patronat" dénoncés par notre orateur, les "mensonges de la presse bourgeoise" qu’il anathémise férocement, tandis que les autres rédigent en catimini l’ordre du jour qu’il convient de faire voter à la fin, dans un charivari plus ou moins intense. ” (p. 33-35).

 

 

Les “ grands chefs ”

 

Le lecteur est à ce moment amené à s’interroger : “ Quoi, dira le lecteur, n’est-ce que cela ; et alors comment ces gens peuvent-ils constituer le redoutable péril social dont on nous

 

Georges Yvetot

menace ? ” (p. 36) Le chapitre “ La stratégie des grands chefs ” (Griffuelhes, Pouget, Merrheim, Yvetot, Lévy Luquet…) est là pour répondre à cette question.

 

Et pour ce faire, nos enquêteurs poussent la portail de l’immeuble confédéral, rue de la Grange-aux-Belles, sur lequel on apprend que se balançait à l’époque un écriteau : “ Ici, il y a des pièges à mouchards ! ”

 

Mais il n’est pas aisé d’obtenir une interview d’un dirigeant de la CGT ! “ Seule une carte d’adhérent au syndicat des reporters professionnels constitué depuis peu à la Bourse du Travail pourra lui servir de "sésame, ouvre-toi !" Ce syndicat a été un moyen ingénieux imaginé par les meneurs pour frapper d’une cotisation forcée, à leur profit, les journaux les plus bourgeois même. Douze francs par an, c’est le prix du droit à l’interview. ” (p. 38). Un sympathique racket dont on espère qu’il n’est pas simplement le produit de l’imagination des auteurs ! Leclercq et Girod de Fléaux se montrent en effet, dans ce chapitre, des plus spéculatifs ! Qu’on en juge par la façon dont ils s’épanchent sur le travail des “ grands chefs ”, dont ils retiennent essentiellement deux aspects.

 

En premier lieu la préméditation de “ ces grèves qui éclateront à l’improviste, bien que combinées de longue main ”. (p. 39). Et d’en détailler la méthode : “ Les mineurs de cette région étant en grève, on s’inquiétera, par exemple, de trouver dans leur voisinage, la corporation de verriers ou de métallurgistes dont la grève, parallèle mais indépendante, suscitée à point, permettra de généraliser et de prolonger l’agitation dans la contrée. Ce choix fait, il reste à provoquer la grève […]. Pour cela, la CGT possède, dressée sur les documents fournis par tous les syndicats adhérents, l’échelle comparative des salaires payés pour les mêmes travaux dans toutes les usines de chaque profession. Munis de ce document, les délégués […] auront tôt fait de soulever les travailleurs choisis, en leur représentant qu’on les vole : puisqu’à 200 lieues de là, à telle usine, en tel pays, pour un même labeur, leurs camarades sont payés 10 centimes plus cher […]. ” (p. 40).

 

En second lieu, le travail des “ grands chefs ” consiste en des “ travaux de plume ” pour la presse syndicale, socialiste ou bourgeoise. Il s’agit essentiellement de La Voix du Peuple, l’organe officiel de la CGT, fondé par Pouget en 1901, et du Mouvement socialiste où les

 

Alexandre Luquet

Griffuelhes, Merrheim, Lévy, publient de “ doctes études […] à côté des p. de M. Georges Sorel [4] sur la violence, cet évangile nouveau du syndicalisme révolutionnaire ”. (p. 41) Mais il s’agit également de la presse bourgeoise, dont il n’est pas rare qu’elle publie des “ tribunes ” des dirigeants de la CGT, et nos deux journalistes d’expliquer : “ En notre temps d’information à outrance, les seules choses qui existent pour le public sont celles dont parlent les journaux. Et plus que toute autre organisation, la CGT a besoin de cette réclame, son crédit reposant surtout sur la frayeur qu’elle inspire aux bourgeois. ” (p. 40).

 

Dans le chapitre “ Leurs grands congrès ”, Leclercq et Girod de Fléaux notent qu’à l’inverse des congrès de socialistes parlementaires, les clivages se font davantage sur des idées que sur des personnes : “ Chez ces [socialistes] parlementaires, les compétitions individuelles conservent une place que la Confédération générale du travail ignore. ” (p. 48) On peut apprécier dans le livre la pertinence des observations, et relever quelques anecdotes pittoresques au sujet de la couverture médiatique des congrès. Ainsi on apprend qu’il n’est pas rare qu’avant la date des débats, des congressistes se rendent “ dans les salles de rédaction hostiles, se proposant comme correspondant occasionnel pour rendre compte des travaux du congrès. […] "Comprenez : si vous envoyez quelqu’un, ça vous coûtera plus cher, et venant de chez vous on ne le laissera pas entrer ; tandis que moi…" Parfois le journal visité se laisse convaincre et le révolutionnaire accommodant y gagnera ce qui était le seul objet de son zèle : un permis de chemin de fer gratuit en première, et quelques louis de “ lignes ”, qui diminueront d’autant ses frais d’hôtel. […] Grâce à lui, un journal bourgeois de plus rendra compte des délibérations, en détail, et dans la note qu’il faut. ” (p. 48-49).

 

 

“ Envoyés spéciaux ”

 

Le chapitre “ Missi Dominici [5] ” nous en apprend de nouveau sur quelques pratiques intéressantes : “ Une grève éclate-t-elle, qui présente quelque importance régionale et à laquelle la CGT est intéressée […] ? Vite, un orateur du comité confédéral est dépêché sur les lieux, pour porter la bonne parole et attiser la grève. […] Comme chef de la confédération,

 

Amédée Bousquet

Griffuelhes tenait le record de ces voyages. […] Après lui, ce sont : Luquet, Pouget, Yvetot, Bousquet, Lévy et Merrheim qui marchèrent le plus. ” (p. 51). On apprend de nouveau que la débrouille est monnaie courante pour payer le train du délégué. “ Avec le soin de l’agitation, il assume un service de dépêches sur “ sa grève ” au journal ami, L’Humanité. Tous ceux-là qui voyagent le plus souvent, possèdent à l’état permanent des cartes de réduction télégraphique pour ce journal qui parfois, à ce titre très logique, leur procure aussi des permis. ” (p. 52)

 

Les deux journalistes apportent une information éclairante sur le statut de symbole du prolétariat que la CGT a acquis à cette époque. Selon eux, le délégué envoyé sur une grève a un rôle d’envergure, “ par la position qu’il occupe et le choc de l’ennemi qu’il subira le premier, [il] est susceptible d’influencer, par sa conduite, toute la suite de la campagne. […] sa venue a été connue par dépêche ; les journaux l’ont annoncé à l’avance. Des grévistes l’ont été cherché en cortège à la gare et c’est à leur tête, à côté de leur chef syndical, qu’il s’est rendu tout d’abord à la salle de grève pour y faire, dès le premier moment, un beau discours […]. Le missi dominici commencera par apporter aux grévistes "l’assurance de la solidarité ouvrière" et des sympathies du Paris ouvrier […]. ” (p. 54).

 

Le livre observe également que “ l’agitateur venu de Paris ne craindra pas de préconiser les cortèges dans la rue, d’y figurer lui-même et de prêcher la violence. Autant qu’il y participe, […] on peut être sûr que ces manifestations ne seront jamais très graves. Mais qu’elles aient lieu en son absence, […] il ne faut plus répondre de rien. Toutes les collisions sont possibles ; et si quelqu’une arrive, ce n’est plus que les grévistes auront dépassé le mot d’ordre qu’il leur donnait dans les réunions, mais bien que lui n’aura plus été là pour les empêcher de le réaliser. ” (p. 56). Une ligne que l’on pourrait qualifier de “ gauchiste ” en somme, même s’il faut prendre ces assertions de nos deux journalistes bourgeois avec toute la prudence de rigueur.

 

 

Derrière les barreaux

 

Car les militant(e)s de la CGT on bien payé de leur personne, passant plus qu’à leur tour par la case tribunaux et prisons, comme le reconnaissent Leclercq et Girod de Fléaux. Dans le chapitre “ La tribune et le risque de la cour d’assises ”, ils analysent la façon dont la CGT utilise les “ affaires ” dont elle est le centre pour porter un message révolutionnaire. “ Sont-ils plusieurs poursuivis à la fois pour délit d’opinion, une affiche antimilitariste par exemple […] ? Leur défense prend aussitôt l’allure épique d’un réquisitoire contre la société. Des témoins défilent, qui n’ont rien à voir avec l’affaire, mais sur lesquels on compte pour émouvoir MM. les jurés. […] Soigneusement, […] la salle est toujours garnie d’avance de "compagnons" prêts à applaudir au bon moment, alors qu’il convient. Et nous n’entendons parler ici que des procès de doctrine. Ceux se rapportant à des faits de grève sont pour l’ordinaire, plus agités encore. On fait alors défiler à la barre les parents et les amis des victime, s’il y en a eu. ” (p. 62) Les deux auteurs y voient aussi une façon de mesurer la détermination des militants : “ La Cour d’assises, pour la sincérité des meneurs révolutionnaires, peut être comparée à l’épreuve du feu des hérésiarques d’autrefois. ”

 

Un dernier chapitre, “ Leur examen de conscience ”, fait des hypothèses sur les pensées des “ grands chefs ”, alors qu’ils sont contraints à des “ loisirs forcés ” en prison, au moment où Leclercq et Girod de Fléaux mettent la dernière main à la leur ouvrage. Nul n’ignore que Pouget, Griffuelhes et Yvetot sous les verrous, Monatte en fuite, la responsabilité d’orchestrer la vie confédérale incombe quelques “ lieutenants ”, réformistes ou révolutionnaires, qui ne manqueront pas de se disputent la préséance.

 

Nos deux journalistes imaginent un Pouget toujours ardent, convaincu que “ avec la poussée de nos 500 000 adhérents derrière eux, […] la machine est lancée, la vitesse acquise, nous sommes certains que le mouvement continuera, que nos lieutenants sachent entraîner leurs

 

Emile Pouget

troupes ou qu’ils se laissent conduire par elles. […] Et ainsi en ira-t-il jusqu’à ce qu’à force de marcher, ils se trouvent brusquement mis en présence de l’obligation de tenter le grand coup. ” (p. 70). Ils estiment qu’au contraire d’un Pouget idéaliste et bardé d’esprit positif, Griffuelhes, l’homme d’appareil, doit nourrir quelques soucis au sujet de la “ relève ”. “ Je ne veux penser de mal d’aucun de nos collègues. Ce sont d’excellents garçons qui nous aident avec dévouement […]. Mais ils sont trop hommes de premier mouvement. Ils manquent de tactique. Combien de fois ne les ai-je point vu vouloir tout casser pour une petite difficulté rencontrée en cours de route ! […] ils risquent d’avoir des gestes trop vifs, ou trop brusques. Ils amèneront des scissions, et vont nous mettre dans des situations inextricables. Espérons que cela n’arrivera pas, car il serait vraiment dommage qu’ils viennent compromettre la moindre partie d’une œuvre qui nous a demandé dix ans d’effort. ” (p. 72-73)

 

 

Déclin du syndicalisme révolutionnaire

 

Les deux auteurs manquaient de perspicacité sur ce dernier point, car la suite des événements sera sans guère de rapport avec les réflexions qu’ils imputaient dans un sens à Pouget, dans l’autre à Griffuelhes. Le caractère des militants qui devaient leur succéder n’est pas en cause dans le déclin du syndicalisme révolutionnaire qui s’annonçait. Mais bien davantage les retournements politiques inattendus des uns et des autres entre 1909 et 1914.

 

L’emprisonnement des “ grands chefs ” allait donner l’occasion à certains syndicalistes de tenter un véritable putsch pour chasser les révolutionnaires de la direction confédérale. Qui étaient ces vaillants militants ? Pour certains, des réformistes téléguidés par la SFIO. Pour d’autres, des éléments instrumentalisés (Albert Lévy) voire corrompus (Jean Latapie) par le ministère de l’Intérieur. À l’occasion du congrès de Marseille, en octobre 1908, ceux-ci lanceront une véritable cabale contre Griffuelhes, l’accusant ouvertement de détournement de fonds dans l’affaire de l’achat d’un local confédéral.

 

Néanmoins, contre toute attente, le congrès de Marseille allait largement reconduire les thèses du syndicalisme révolutionnaire, aussi bien sur les questions d’orientation (par exemple la nécessité de la propagande antimilitariste et de la grève générale contre la guerre) que sur les questions d’organisation (maintien du vote par syndicat et non par adhérent, et nécessité de transformer les fédérations de métiers en fédérations d’industries).

 

Les congrès suivants lavèrent d’ailleurs Griffuelhes de tout soupçon. Néanmoins, le mal était fait, la crise de confiance installée, et le 2 février 1909, lassé des attaques personnelles, Victor Griffuelhes démissionnait, bientôt suivi d’autres militants prestigieux, comme Pouget et Pataud.

 

Après un court interlude, de février à juillet 1909, durant lequel le réformiste Louis Niel occupera le poste de secrétaire général de la CGT, c’est un anarchiste d’une trentaine d’années, Léon Jouhaux, qui sera élu à ce poste. Une génération s’effaçait, une autre s’affirmait, sur fond d’érosion du syndicalisme révolutionnaire. Ces Messieurs de la CGT, qui constitue un témoignage précieux, se situe à cette période charnière.

 

 

Guillaume Davranche

 

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1 La révolution de février 1848 instaura une IIe République riche des promesses d’un monde meilleur… et consacra le pouvoir de la bourgeoisie. En juin 1848, une insurrection ouvrière prétendit terminer la révolution et instaurer une république sociale. Le nouveau régime écrasa l’insurrection dans le sang.

 

2 Auguste Blanqui (1805-1881), grand révolutionnaire français de tendance socialiste autoritaire. Il pensait que la révolution pouvait être le fait d’un petit groupe déterminé opérant un coup d’État, instaurant une dictature révolutionnaire et réalisant le socialisme à coup de décrets.

 

3 Il s’agit de l’immeuble confédéral, rue de la Grange-aux-Belles.

 

4 Georges Sorel était un essayiste socialiste, qu’on pourrait qualifier de “ compagnon de route ” de la CGT. Il est notamment l’auteur des Réflexions sur la violence et a théorisé que la grève générale jouait pour le prolétariat et le syndicalisme un rôle de “ mythe social ” utile. Il méprisait les socialistes parlementaires contre lesquels il a écrit La Décomposition du marxisme. Griffuelhes se méfiait de cet intellectuel qui mythifiait trop la CGT à son goût.

 

5 Sous Charlemagne, les Missi Dominici (“ envoyés du maître ” en latin) étaient les agents de l’empereur auprès des grands féodaux locaux. Leur rôle de liaison était indispensable à la cohésion des différentes provinces de l’empire.

 

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Published by Communistes libertaires de la CGT - dans Notre histoire
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